05.03.2008
Beaucoup de bruit pour rien

Voilà, c’est fini.
Comment ça, quoi donc ?
Mais mon concours, bien sûr, ce fameux concours avec lequel je bassine mon monde depuis près de un an, le bienheureux concours pour lequel je me suis préparée, entre deux dissertations sur la légitimité du conseil constitutionnel et un mémoire sur le droit naturel, entre un exposé sur la notation des fonctionnaires et un compte rendu du rapport Picq. Entre une crise de larmes intempestive et une soudaine envie de meurtre à l’égard de toute personne ayant la gracieuse idée de me suggérer de prendre un peu de temps pour souffler.
En fait, c’est même achevé depuis lundi soir, alors que je rentrais péniblement, traînant des pieds sur mes escarpins avachis « spécial examen- pour-ne-pas-souffrir-de-la-voûte-plantaire-en-plein-milieu-d’une-rédaction », accompagnée de mon visage tiré par les nuits d’insomnies précédentes et par la tension intérieure qui nouait chacun de mes muscles, cette tension fébrile qui se contracte et se décontracte en moi comme si un serpent venimeux étalait ses anneaux à l’intérieur de mon corps, tout en n’oubliant pas, au passage, de me mordre deux ou trois fois, là où c’est tendre.
Là où ça peut faire mal.
Est-ce que j’ai réussi les épreuves ?
Franchement, je ne saurais quoi dire. Et pour que l’on en arrive au stade où je n’ai même plus envie d’en parler, il faut le faire, parce que dans le genre mère jacasse pour ne rien dire, j’ai toujours été championne.
Disons que je ne m’attendais pas du tout au sujet proposé, est ce que c’est suffisamment explicite, comme réponse ?
Après avoir travaillé d’arrache pied sur les nouvelles réformes administratives, la place réaccordée au processus de décentralisation ( oui je sais, ça vous gonfle sans doute, et peut être même avez-vous déjà arrêté votre lecture de cet article, mais vous voyez, ça c’est ma vie, donc je ne peux pas, résolument je ne peux pas, ne pas en parler sur mon blog), avoir lu (et retenu) des centaines de citations tirées de la presse, concernant nos chers hommes politiques, épluché le rapport Balladur, annoté tous les changements proposés à notre Constitution, fait des corrélations avec les institutions de nos voisins européens, avoir furieusement relevé toutes les incidences du droit extérieur sur notre système français, jusqu’à en arriver au stade où un classeur ne suffisait plus à contenir mes fiches et, lâchons le mot, le fruit de mes cogitations perpétuelles et frénétiques…
Après tant de temps, et tant de soirées non vécues, d’amis non vus, de sourires non rendus, d’actes manqués dont le souvenir me hante et me déchire…
Je suis tombée sur un sujet on ne peut plus bateau que j’aurais pu faire en deuxième année, les doigts dans le nez, les pieds au mur, la tête dans mon thé du matin (christmas tee, avec des écorces d’oranges et une odeur de pain d’épice mêlée à la senteur douce de fruits confits)
Un sujet qui n’avait absolument rien à voir avec l’actualité juridique, politique, de notre pays.
Un sujet qui ne demandait même pas de réfléchir sur l’intérêt éventuel des réformes envisagées, sur la façon dont on pourrait enrayer les problèmes récurrents de notre Etat.
Un sujet que je n’avais pas revu du tout, dont il me restait quelques vagues souvenirs épars, insuffisants, médiocres, et qui se réduisaient peu à peu dans mon esprit comme une peau de chagrin Balzacienne. (peut être que ça ne se dit pas, mais je m’en fiche un peu, et même beaucoup)
J’ai cru que j’étais en plein rêve.
Sauf que ce cauchemar, c’était la réalité, que j’avais bien les fesses vissées sur une chaise en bois inconfortable au possible, j’étais accoudée à une de ces tables qui tanguent sans arrêt d’un côté comme de l’autre par un vice de fabrication horripilant, j’étais entourée du bruit entêtant de stylos accrochant le papier et dérapant, parfois, sur la feuille dans un crissement sourd.
J’ai demandé si je pouvais changer d’option, là, tout de suite, parce que le sujet ne m’allait pas, parce que moi ce que j’avais étudié ça n’avait rien à voir, et parce que bon sang, tout ça pour ça… j’ai mis dans l’embarras les surveillants alors qu’au fond de moi, je savais, pertinemment, que ce n’était pas possible. J’ai regardé autour de moi, les autres sujets qui me faisaient de l’œil, qui m’attiraient avec leurs promesses illicites, les autres candidats qui composaient, des candidats moins âgés que moi, au cursus universitaire moins rempli (et pour cause, je passais un concours pour entrer dans un cycle de sciences politiques alors que, pour être honnête, je suis déjà dans ce même cycle, mais en droit public, pour tout dire, droit public avec des matières d’institutions politiques), qui souriaient ou annotaient, tournant les pages, retournant sans doute leurs savantes élucubrations dans leur tête, alors que la mienne était vide, vide, vide…
Je suis sortie au bout d’une heure et demi, l’épreuve durant 4 heures.
J’ai tenu la tête haute toute la journée, passant les autres épreuves, faisant de mon mieux pour oublier la vision atroce de cette copie que je venais de rendre, qui ne reflétait en rien, ni mon niveau de droit, ni mon niveau de langage, ni les connaissances si durement acquises.
Mais le soir venu, quand je suis rentrée chez moi, après avoir vainement tenté de canaliser mon chagrin à grand renfort de tartines de St Moret (petit péché mignon, comme pour d’autres le chocolat), et de non moins tartinage de corps à l’aide d’un beurre à l’odeur sucrée de fraise (The Body Shop), un thé fumant déposé sur ma table de nuit, vibrant parfois au rythme de mon téléphone portable, au rythme des questions inquiètes ou joyeuses de mes amis à qui je n’avais pas envie de parler, assise devant mon ordinateur sur l’écran duquel se déversait une quelconque comédie sentimentale dont les images ne formaient qu’un joli patchwork de couleurs éclatantes, aux silhouettes imprécises, j’ai fondu en larmes.
Rabattu ma couette sur moi, allongé ma tête sur l’oreiller duveteux et frais.
Et pleuré...

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19.02.2008
La fac, ses joies et ses rencontres kafkaïennes
Je sais, je sais.
Vous allez vous dire que ce n’est que ma deuxième note, et que déjà je me laisse aller à cette facilité déconcertante qui consiste à critiquer mon prochain autant que faire se peut. Partir de cette constatation pour me travestir en vieille fille acariâtre et dénuée de tout amour pour autrui ne demandera ensuite qu’un effet minime d’imagination, que je vous accorde d’ailleurs volontiers.
Parce que c’est tout à fait vrai, j’ai un sens critique assez développé. La critique de mentalités s’entend, vous pourriez bien vous vêtir d’une robe de bure et sortir les cheveux gras et coiffés à la Selma Blair, pour ce que ça me fait.
On a tous nos défauts.
Non, en fait, pour dire les choses telles qu’elles sont, certaines manies chez mes consoeurs et confrères m’exaspèrent au plus haut point et font irrémédiablement ressortir ce qu’il y a de pire en moi : l’ironie mordante dont, malgré des années de psychanalyse envers moi-même, je n’ai pu me défaire (et dont la teneur augmente d’année en année, je le crains)
Bref, plantons le décor de cette scène mirobolante, afin d’en arriver tout de même au profond contenu de cet article intellectuel.
Nous sommes un beau vendredi de février, il est 9h 30. Dans les couloirs étriqués de ma fac, où les couleurs défraîchies côtoient le sol en simili parquet mis à mal par des milliers de pas épuisés d’étudiants en proie à des tentatives de suicide diverses et variées, une nuée de jeunes personnes, toutes plus frénétiques les unes que les autres, révisent pour une dernière fois leurs cours, dans un envol de feuilles et de fiches, les mains tremblantes et le cœur au bord des lèvres. De temps à autre, l’une des portes menant, il faut bien le croire, à une séance de torture délectable qui consiste à faire passer l’étudiant devant un examinateur déjà las, s’ouvre et laisse passer le visage tiré d’un garçon aux yeux tristes, ou les dernières larmes d’une fille, qui, sous sa frange, murmure que « pourtant elle savait, pourtant elle savait »
Ce qui est communément connu sous le terme d’examen oral, en somme.
Les minutes défilent sous mon regard, les mots tentent une dernière fois de s’ancrer dans ma mémoire déjà saturée de dates et d’arrêts, les couleurs trop vives de mes feuillets m’agressent la rétine, et je verse tout doucement dans un état proche de l’autocannibalisme, quand ELLE arrive.

Elle, c’est le prototype parfait de la bourgeoise prétentieuse qui forme (ou croit former, la pauvre enfant) le gratin de notre bien aimée faculté de droit : elle peut être brune, ou blonde (surtout pas rousse cela détonne beaucoup trop dans le paysage uniformisé des chevelures féminines), grande ou petite, ronde ou mince (en général elle est mince étant donné qu’elle fond en larmes si par malheur 1 elle est obligée de déjeuner à la cafétéria des prolétaires et 2 qu’il n’y a plus que des pommes GOLDEN (au lieu des Grany bien moins caloriques à ses yeux) dans le rayon hautement rentable des fruits et légumes de la dite cafétéria, à qui cela ne semble pas poser de problèmes de conscience de faire payer 2 euros la pomme et 10 centimes la fourchette en plastique pour manger dignement leurs immondes salades)
Elle se reconnaît pourtant aisément, précédée de son air hautain proprement exaspérant, d’une démarche empruntée, je le jurerais, aux mannequins des derniers défilés, et d’une répugnance visible à s’asseoir sur une des chaises gracieusement mises à notre disposition dans le couloir aux teintes maladives.
Je tiens d’emblée à préciser que ce n’est pas la jalousie qui dicte mes mots, mais un sentiment tout à fait humain de lassitude extrême, que vous allez vite comprendre.
Appelons-là Lorianne (ancien nom maudit pour des raisons que peut être un jour je vous expliquerais).
Lorianne donc, qui n’est convoquée qu’à 11h mais qui devait sans doute en avoir plus qu’assez de se réciter ses fiches par cœur à elle-même (les joies de la conversation solitaire ayant tout de même ses limites), décide de faire profiter de ses cogitations intellectuelles aux pauvres personnes qui, par malheur, sont à ses côtés. Oubliant que, dans des moments de stress dont les pics sont bien capables de nous faire grimper au lustre (enfin aux néons, vous avez compris l’analogie), l’être humain est au summum de ses capacités misanthropes, elle n’a de cesse d’interroger les étudiants sortant de la salle d’examen de façon saugrenue, et que je trouve pour ma part extrêmement déplacée, dans la mesure où dès qu’elle entend l’intitulé de leurs questions elle se met aussitôt, les yeux dans le vague, à régurgiter des pans entiers de son cours tout en, et tout ça dans le même temps, esquissant un sourire sournois et une remarque qui ne l’est pas moins, du genre « ah mais comment c’était facile, j’aurais su par cœur ! » ou « ah oui il fallait dire...* s’ensuit un affligeant monologue de quelques minutes* quel sujet sympa ».
Alors que la personne en face d’elle vient bien de préciser qu’elle avait lamentablement échoué et que le jury lui avait bien fait comprendre qu’il/elle ne méritait pas sa glorieuse place dans notre monde non moins glorieux.
Je ne sais pas pour vous, mais j’ai tendance à trouver ça d’une mesquinerie effroyable. Et pourtant je ne suis pas une tendre, mais bon, j’ai encore quelques notions de compassion ( amis Rousseauistes, je vous salue)
Après une demi heure de ce traitement intensif qui lasserait la patience de n’importe quel être normalement constitué, et qui d’ailleurs a épuisé la mienne depuis belle lurette (je n’en ai jamais eu des tonnes, en même temps), je ne peux contenir plus longtemps ma langue (connue pour être, dans certains moments, d’une acidité que je suis la première à déplorer) et lui demande, dans un silence pesant, si elle va se décider à se taire ou si on va devoir encore supporter ses élucubrations matinales de très mauvais effet. Là-dessus notre Lorianne, quelque peu décontenancée mais toujours confiante en la noblesse de ses sentiments, rétorque, avec toujours plaqué sur ses lèvres ce sourire horripilant :
« je comprends, je comprends…Je ne voulais pas vous stresser, tous…c’est vrai que les gens souvent n’aiment pas passer après moi, ils ont peur d’être défavorisés »
Je vous laisse savourer cette délicieuse preuve d’un narcissisme pathologique, je fus moi-même partagée entre une irrépressible envie de lui claquer le beignet d’une phrase bien sentie, et une tendance à penser qu’elle était ironique, et que ce n’était que du second degré…Avant que j’ai pu me décider sur le visage à adopter, mon nom a résonné dans le couloir, et j’ai rassemblé mes affaires éparses pour me présenter devant le jury.
Avec cette certitude de plus en plus ancrée en moi.
Ma fac est un repère de futurs cas sociopathes.
Kafkaïen, je vous dis.

09:15 Publié dans Pourquoi je déteste (rayez la mention inutile) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note















































