30.06.2008

Today is THE day

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J'avais prévu une longue note sur Roald Dahl (que je publierai sans doute demain), mais je ne peux résister à l'envie de vous narrer la suite de mes péripéties estudiantines. Aujourd'hui, c'était clairement la journée de stress intense, celle où la pique d'angoisse peut atteindre des sommets incommensurables...
La Grande Période des Résultats.
Dans notre faculté, c'est toujours un peu galère: si à la base une heure est fixée de longue date, force est de constater que la plupart du temps, les notes sont affichées soit avant (et là, elles se retrouvent accompagnées des palpitations et des cris de panique de bien des gens, imaginez un peu : vous êtes parti(e)s faire du shopping pour vous détendre un brin, suivant les préceptes de Becky Bloomwood, la fameuse Shopaholic que tout le monde connaît, quand soudain votre portable sonne et une de vos collègues vous clame d'une voix hystérique que "ah y est ah y est c'est affiché", en plein magazin. Magazin qui se trouve à une heure de votre demeure. Situation on ne peut plus délicieuse), soit elles sont reculées à une date ultérieure sans aucune raison, juste parce que c'est comme ça et puis point barre.
Sans oublier que, le standard explosant, si on a la chance de tomber sur une personne travaillant à la scolarité, on a une forte probabilité de se faire insulter par la dite personne au bord de la dépression après avoir reçu 13000 coups de fil identiques.

Ce matin, j'avais pris la sévère décision de dormir jusqu'à 16h, fatidique limite à laquelle nous devions recevoir notre sésame pour les vacances, ou pour la case septembre (et ce sans transition, of course). Seulement voilà, je n'ai pas pu, vraiment, rester à paresser au-delà de 10h 30, tellement j'étais excitée. J'en faisais limite des bonds, type mouvements spasmodiques ( ce qui, pour quelqu'un qui compte diriger plus tard un établissement de santé, et supporter les responsabilités qui vont avec, est quand même légèrement inquiétant, nous sommes d'accord).
J'ai donc passé 5 heures mirifiques à rafraichir la page web des résultats comme une grosse geek attardée que je suis, m'accordant des pauses salvatrices toutes les 2 heures, à raison d'un thé, d'un Granola (et bonjour les capitons) et d'un passage éclair dans la salle de bains pour me rafraichir le visage. Jusqu'à cet instant où, enfin, ENFIN, ma démarche s'est avérée fructueuse.

Tout ce blablatage pour annoncer que c'est bon, j'ai réussi, j'avoue que c'est légèrement égocentrique...Mais ma plus grande fierté, celle qui va à mon humble avis me rendre heureuse pour des mois, c'est d'avoir eu un 16 (tain, un 16 quoi) dans une matière où, si vous avez bien suivi mes aventures ô combien fascinantes, le prof m'avait annoncé que je ne valais rien.
Une bonne nouvelle en entraînant une autre, j'ai également dans la foulée reçu des réponses positives de certaines facultés (en plus de celle de Paris qui reste mon choix premier), et ça met du baume au coeur. Mais pas n'importe quel baume cheap, oh que non.
Au moins du l'Occitane...

27.06.2008

Acceptée

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Voilà, le mot est tombé. Mais cette chute n'entraînera pas cette fois-ci de larmes et de crises d'angoisse pour l'avenir.
Mon entretien s'est donc bien passé, et mon épreuve (trois jours seulement après mes examens pour me remettre à niveau dans une matière que je ne connaissais pas bien) n'a pas été trop ratée.
Je continue mes études sur Paris...Et je suis tellement heureuse, si vous saviez. Maintenant, j'espère que j'ai validé mon année, et si la réponse est positive, je serais aux anges, et je pourrais enfin détendre mes muscles, crispés depuis des mois.
C'est une petite note toute courte et sans fioritures, mais dans ma tête joue du Debussy.

25.06.2008

Je suis une geek

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J’ai passé mon entretien hier…oui, j’avoue que comme introduction à un article se voulant résolument festif, il y a mieux, plus élégant, plus glamour, plus subtil ; annoncé de but en blanc de cette façon, cela fait au mieux décalé, au pire prétentieux. Cependant, j’avais envie de le dire, et c’est presque sorti tout seul, les touches de mon clavier défraîchi cliquetant nerveusement sous la pression de mes doigts agiles (agiles quand il s’agit d’écrire, parce qu’en ce qui concerne le piano, je n’ai jamais été une virtuose, à mon grand dam. Je laisse, à regrets, ma place à des amis plus brillants que moi, de ceux qui interprètent avec tant de passion Debussy que, même malgré moi, les larmes me montent aux yeux. Vieille sentimentale cachée, va)
Sur l’entretien en lui-même, je ne dirais pas grand-chose, étant par nature un brin superstitieuse (les échelles, les signes dans le ciel,  les horoscopes, toutes ces petites frivolités sans réel fondement autre que la croyance inébranlable de certaines personnes) ; j’ai peut être été un peu décontenancée quand, m’asseyant avec un soupçon de raideur sur une chaise inconfortable au possible, toute de neuf vêtue et arborant fièrement un sourire crâne que j’étais bien loin d’éprouver intérieurement, mon interlocuteur a commencé à me poser des questions ne portant aucunement sur l’actualité, mais sur moi-même (et là, ça faisait belle lurette qu’on ne m’avait pas regardée comme un être humain, mais comme un simple juke box capable, sitôt le bon bouton pressé, de réciter des pans entiers de cours et de discourir sans fin sur la politique, la culture juridique et les réformes de retraites). Fondamentalement, je ne pense pas que l’oral se soit mal passé, mais je n’en préjugerais pas (gardons nous des conclusions hâtives et de la chute qui peut s’ensuivre).

Aujourd’hui, alors que la chaleur commence déjà à se faire sentir, chape d’air pesante aux relents d’un été tardif, alors que je profite avec un sentiment indescriptible de bonheur ronronnant de mon ventilateur ultra perfectionné (en fait à dire vrai c’est une colonne d’air, assez haute, qui tourne sur elle-même et dont on peut régler le souffle à intervalles réguliers, pour une durée précise, et d’une intensité modulable, un vrai bijou), j’ai bien envie de vous parler d’une de mes grandes passions secrètes, dont je n’avais encore pas fait état sur mon blog.
 Je ne sais pas si vous l’avez remarqué (appel flagrant à votre assiduité, oui c’est un peu lamentable cette auto congratulation, je suis d’accord), mais je suis une fille très excessive : il m’arrive souvent d’être prise de grands élans d’amour pour certaines œuvres (romans, poèmes, peinture, et que sais je encore) ou pour l’Histoire de certains pays (pendant fort longtemps, élans canalisés sur la Chine Impériale et la Russie) ; dans ces cas-là je deviens très vite infernale, entraînée malgré moi dans un accès de boulimie, dévorant tout ce qui s’apparente de près ou de loin à l’objet de mon affection immodérée du moment, forçant mes amis, qui en général ne m’ont rien demandé, à courir les anciennes librairies, à acheter des manuels obscurs ou à passer des journées entières ne nez collé sur les vitrines d’un musée quelconque…
Avant que vous ne me posiez la question, oui, je suis pareille dans mes études.
Maintenant vous comprenez pourquoi je vais finir seule dans mon appartement avec mon chat/rat/chinchilla, appartement dont j’aurais pris la peine au préalable de tapisser les murs d’objets hétéroclites.
C’est comme ça, et cet état de fait ne me dérange pas plus que ça (s’il y a un secteur dans lequel mes grands mouvements de cœur se font rarement sentir, c’est bien celui du couple. Je suis super mal faite dans ma tête, je pense sincèrement qu’il me manque certains gènes, ceux qui font en sorte que la solitude s’accompagne d’un vibrant sentiment de culpabilité, et qui forcent toute fille de ma connaissance à se mettre en quête d’un partenaire après un laps de temps relativement écourté. Passons sur l’étrangeté de ma condition humaine, ce n’est pas le sujet du jour- mais oui, c’est intéressant aussi. Je suis casse-pieds à souhait, mais pleine de surprises – admirez le sens du compliment matinal, je crois que ma méthode « voir confiance en soi » porte finalement ses fruits)

L’une de mes obsessions majeures a de quoi surprendre, au premier instant : je ne suis jamais aussi heureuse que quand je parviens à dénicher, après des recherches minutieuses et parfois un brin fastidieuses, des anciens jeux sur PC. En général, les jeux sont une caste de produits résolument typés masculins ; combien de filles se plaignent du fait que leur conjoint adoré les délaisse au moment même d’un dîner romantique avec chandelles, musiques et affriolante tenue, pour aller s’enfermer, un casque sur les oreilles, dans un monde virtuel dont elles ne comprennent pas l’utilité ? Et bien moi, je suis pareil, en pire.
Cependant dans ma névrose compulsive, je fais des choix drastiques : je déteste foncièrement les jeux d’action, ceux-là même où il s’agit de canarder un peu tout ce qui bouge, de tuer des singes qui n’ont rien fait à personne, d’escalader des montagnes en s’escrimant sur son joystick comme si sa vie en dépendait (et de fait, la vie du personnage oui, mais telle n’est pas la question), même si le scénario suit derrière, je n’aime pas ça, pour la simple et bonne raison qu’étant stressée de nature, ça me rend rapidement hystérique. De même, je goûte fort peu les jeux de rôles, avec les quêtes et tout ce qui va avec, parce qu’il y a des combats avec des points en temps limité….Non, loin de moi tout ses substituts de virilité ou ces défouloirs gratuits et vaguement sadiques.
Ce que j’apprécie par-dessus tout, c’est les jeux d’aventure à l’ancienne…Il fut un temps où ils pullulaient littéralement dans les boutiques spécialisées, alliant des histoires bien écrites, bien pensées, à des énigmes titillant agréablement les neurones épuisées par une journée de dur labeur, un humour souvent omniprésent et des graphismes en 2D à couper le souffle. Voilà une illustration pour l’exemple :

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A présent, les gens confondent sans discernement aucun l’aventure et le mouvement, on va même jusqu’à me proclamer fièrement que « Lara Croft, si si, c’est bien un jeu d’aventure », ce qui fait hurler intérieurement (et parfois je l’avoue, extérieurement) la puriste que je suis. Un peu comme notre chère Lili qui ne peut entendre parler de vintage à tout bout de champ quand les vêtements en question sont tout sauf du vintage ; l’abus de langage m’énerve assez aisément.
Mais alors, qu’est ce que les « vrais » jeux d’aventure, me demanderez-vous, les yeux écarquillés de surprise sur cette dernière affirmation vaguement prétentieuse ?
Laissez-moi vous conter cette merveilleuse et fascinante histoire du jeu PC, vécue de l’intérieur par l’enfant que j’ai été, et l’adulte que je suis devenue (malgré les années, toujours aussi passionnée).

Mon père travaille dans l’informatique, et ce depuis toujours. Eternel perfectionniste, éternelle admiration pour les complexités des anciennes machines, les rouages subtils des ordinateurs et leur incroyable propension à se renouveler sans cesse, à se livrer des défis et à les résoudre ; technologie arachnéenne, mouvante, dont les mues successives sont autant de jalons dans l’histoire de la science…Il n’a jamais eu de difficultés à parler de son travail, à transmettre sa passion pour l’informatique, et je l’écoutais, petite, avec adoration. Dans son ancien bureau, à présent transformé en chambre, toute de boiseries revêtue, pour la plus jeune de mes sœurs, trônait, tel un seigneur régnant sans partage sur ses apanages, une antique machine au ronronnement chuintant, un peu pataude, mais ô combien attendrissante : l’ancêtre du PC. Bientôt suivi par un TO9, vieille usine à circuits usés, mais qui apportait, avec son lot de nouveautés, la possibilité pour toute la famille, et en particulier la toute petite gamine que j’étais, de jouer…Une game boy géante avant l’heure, peut être est ce pour ça que les consoles ne m’ont jamais attirée.
J’ai le culte de l’ancien, la folie du bon vieux PC familial (à présent, nous tombons tous d’accord sur ce point, ultra perfectionné), celui qui peut à la fois me laisser la place d’écrire, d’écouter de la musique et d’installer des logiciels. Instrument de travail, souvent ; compagnon ludique, toujours.

Sur ce TO9 dont le souvenir reste encore très présent dans mon esprit, j’ai passé des matinées entières, défiant ma sœur au tennis, défiant l’ordinateur lui-même aux échecs, et…Et parcourant avec délices mes tout premiers jeux d’aventure, aux graphismes désuets, pixellisés, aux personnages dont les mouvements hésitants semblaient au diapason de mes découvertes successives, aux musiques faites de bips bips assourdissants, mais qui me paraissaient alors le comble d’une symphonie savamment orchestrée. Cela ressemblait en gros à ça :

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  Si vous ne ressentez rien devant cette image un peu laide, aux teintes criardes, ce n’est pas vraiment grave, et je ne vous en voudrais pas. : le ressenti peut se raconter, se partager, mais rien ne remplacera jamais l’expérience. Quant à moi, lorsque mes yeux se posent sur cette illustration, j’ai une foule de petits détails du passé se bousculant dans ma tête et bourdonnant à mes oreilles. Nostalgique ?
Un peu, c’est vrai.
Mais laissez-moi continuer à vous narrer mes premiers pas dans le degré ultérieur de la sophistication.

Bientôt, le T09, rassurante lourdeur aux contours peu maniables, a fait place à d’autres ordinateurs, atterrissant dans la salle commune des enfants pour notre plus grande joie, tandis que, dans sa pièce aux portes souvent fermées, mon père se livrait à des activités incompréhensibles, et pour ce que nous en savions, infiniment délicates, ce genre d’illicite qui donne aussitôt envie de coller son œil sur un trou de serrure ou de, par un incroyable jeu de sort, se retrouver métamorphosée en insecte minuscule aux yeux ouverts sur un monde de richesses et d’aventures promises…L’installation d’une nouvelle sorte de jeux, ceux qui allaient finalement bouleverser le petit monde des prétendus « geeks », bien que cette expression soit un anachronisme flagrant : la pure aventure sur grand écran. La technologie suivant les pérégrinations hasardeuses, souvent audacieuses, des informaticiens de l’époque, l’animation se fit plus douce, plus touchante, les couleurs travaillées en un rendu de toute beauté, les décors dessinés à la main gagnant en profondeur, en immersion dans le détail, la démarche et les actions des héros plus pointilleuses, plus souples…Et les scénarios fleurissant sous des formes diverses, variées, mais toujours plus poussés, créant non plus un simple divertissement bon enfant, mais une véritable et enthousiasmante promenade au cœur de l’imaginaire.
Je me revois encore, assise aux côtés de mon père, avançant avec lui dans cet univers nouveau, déconcertant, souvent très féerique et décalé ; une transition toute en finesse de mes livres de contes à la possibilité d’interagir enfin avec les personnages fantasmés. Au tout début, il y eut ma découverte des Lucasarts, et de l’excellente série des Monkey Island. Demandez à n’importe quel connaisseur de jeux PC, de ceux qui se souviennent de la grande époque, de l’âge d’Or, de l’aventure : il peut vous en parler pendant des heures. Je ne serais pas aussi disserte, ne voulant pas abuser de mon temps ni de la place sur cet article, craignant de ne pas avoir ensuite la possibilité de discourir sur d’autres univers tout aussi attractifs, mais croyez-moi, ce n’est pas l’envie qui m’en manque.

Monkey Island, véritable épopée au sein du petit monde des ordinateurs, saga comptant jusqu’à présent 4 épisodes, narre l’histoire d’un jeune apprenti pirate à la maladresse légendaire, et au nom immonde, Guybrush Treepwood, obligé de subir maintes épreuves toutes plus délirantes les unes que les autres pour accéder enfin au rang de pirate chevronné, mais ayant le malheur de tomber amoureux du gouverneur de l’île de Mêlée (celle des corsaires et mercenaires tout en poils, en jambes de bois et en chapeaux usés) , femme de poigne bien plus brillante que lui, et de s’attirer les foudres de son soupirant en chef, l’effroyable pirate Lechuck, sanguinaire brute aux étranges pouvoirs…Le synopsis étant posé, notre héros se voit embarqué dans des aventures rocambolesques, bourrées d’inventivité et d’idées tordues, de magie et de tours ridicules, de dialogues à forte teneur en humour concentré et d’énigmes toujours plus folles ; d’île en île, de pays en pays et de décors en décors, on sourit, on s’amuse à voir évoluer cette pauvre lavette de Guybrush, à le diriger…
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(vous constaterez au passage la flagrante évolution graphique entre le 2 et le 3...C'est fou, n'est ce pas? En 5 ans de temps...)

Le jeu d’aventures pur et dur, c’est un jeu qui peut vous laisser bloqué pendant des heures sur la résolution d’un passage, mais qui ne vous fera jamais mourir par l’apparition inopinée d’un vieux monstre puant alors que vous étiez en plein sommeil dans un donjon. Il n’y a pas d’actions au sens propre du terme, pas de combats à grands renforts de moulinets d’épée et de haches ou tout autre instrument coupant bordé de sang ; c’est un voyage au centre d’un monde, sans précipitation, sans heurts, sans crainte névrotique de se faire attaquer par derrière.
C’est un peu comme un film, au scénario rarement décevant au demeurant, dont vous incarnez le personnage principal, d’explorations en explorations, de mondes en mondes.

J’ai une prédilection toute particulière pour ceux qui proposent un univers enchanté, vous voyez ce que je veux dire ? Un monde où l’imagination n’est pas un défaut, où le rêve crée à volonté, riche en surprises et en émotions…Un monde qui fait écho à mes souvenirs d’enfance, un peu comme d’autres séries, King Quest (quêtes étranges d’une famille de rois et de reines, entourée d’une galerie de personnages secondaires finement croqués, où on rencontre pêle-mêle un peuple habitant les nuages, où on aide la Bête à rencontrer sa Bête, où une jeune fille, gracieuse joueuse de harpe, se retrouve métamorphosée en saule pleureur…)

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Ou encore les 3 volets des Legend of Kyrandia, microcosme de notre société transposée en un monde fantaisiste, qui n’est pas sans rappeler le très joli livre de Michael Ende, « L’Histoire sans Fin »

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Puis les mentalités ont commencé à évoluer, les castes se sont créées, reléguant un peu rapidement, en quelques années trop vite écoulées, l’aventure dans un recoin sombre et poussiéreux des boutiques, au profit des jeux de rôles plus lucratifs, ou des jeux à mi chemin entre ancienne tradition et renouveau d’action (Lara Croft et succédanés en première ligne) ; la production, s’adaptant par principe à la fluctuation des demandes, a peu à peu abandonné la création de ces séries, ou de leur style même, laissant pour compte bon nombre d’addicts, comme moi, se retrouvant mal dans les propositions actuelles, entre des World of Warcraft guerriers et des sanglantes confrontations entre univers…
Quelques perles surnagent cependant dans cet océan de désertion massive, perles sur lesquelles je me jette la plupart du temps, après avoir comparé les différents avis sur des sites spécialisés et choisi de détourner l’argent durement engrangé pour cette moelleuse crème de corps : je pourrais en citer bon nombre, mais je préfère m’attarder sur les titres qui m’ont réellement touchée.
Bien sûr, ils n’ont plus grand-chose à voir avec les anciens jeux que j’affectionnais tant : les graphismes sont à présent solidement ancrés dans la 3D, le plus souvent générés par une animation informatique très pointue (et lâchons le mot, très belle) ; les musiques accompagnant les tribulations du joueur derrière son écran, et du personnage au travers de l’écran, contribuent à tisser ce lien tacite entre spectateur et acteur, enjolivant chaque scène d’une teinte mélancolique ou burlesque, très loin des bips bips et des thèmes ressassés des premiers titres…Le plus souvent, elles sont l’œuvre de compositeurs, et peuvent même être écoutées à part du jeu lui-même, continuant cette immersion de l’irréel dans le réel, à moins que ce ne soit l’inverse. Vous savez, la notion de frontière est parfois très fine, même obsolète, dans ce type de jeux.

Le premier de la liste se nomme Sybéria, et propose de suivre le périple d’une jeune avocate, à la recherche de l’héritier présumé d’une fabrique d’automates, enfui depuis longtemps aux confins de la Sibérie. Traversant des lieux baroques dont le souffle éternellement rétro, résolument nostalgique, incroyablement humain la déconcerte, notre héroïne finit par se laisser envoûter par son voyage, et abandonne peu à peu ses certitudes sur la vie trépidante qu’elle peut mener, les choses essentielles de l’existence, qui ne le sont pas tant que ça. Voyage initiatique à travers la neige, le froid et le vrai, voyage psychologique, dont elle ne sortira pas indemne. Une parenthèse de poésie, de délicatesse, sublimée par les décors signés Benoît Sokal, immense dessinateur au trait fin, étrange, qui me fait parfois penser à Burton…Les automates s’animent, jouent du violon, l’archet fièrement posé sur l’instrument en bois, et le jeu prend tout son sens.

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Le second, mon préféré à ce jour, s’intitule The Longest Journey. Sur une trame somme toute relativement classique (deux univers fondamentaux, le scientifique Stark, froid et moderne, et Arcadia où vit encore la magie inhérente à tout mythe, jusqu’alors en parfaite harmonie, commencent à se phagocyter mutuellement), le scénario s’étend et creuse en détail une histoire éminemment complexe, aux rebondissements inattendus, dans laquelle April Ryan, le personnage principal, joue un rôle fondamental, sans le savoir…Par respect pour ceux ou celles qui comptent se l’offrir, ou se renseigner davantage sur le sujet, je ne dévoilerais pas ici les clés de l’intrigue ; par contre, je peux vous assurer que, si vous aimez rêver, vous évader, vous serez servis. J’ai rarement été aussi émue par un jeu, rarement aussi déboussolée devant la richesse thématique, la richesse visuelle, l’incroyable sensation de toucher de près la perfection, qu’en installant, un beau matin, il y a de ça presque 10 ans, cet opus sur le PC familial.

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Comment dire ensuite qu’un ordinateur n’a pas d’âme ?

20.06.2008

Haute tension

Je ne suis pas très présente en ce moment; en réalité je plonge et je nage à travers dossiers, stress et anxiété, en plein milieu de cette époque bénie où tout étudiant se vend aux universités en espérant décrocher l'année suivante.
Je viens d'apprendre que j'étais convoquée mardi, donc admissible...Connaissant comme vous commencez à me connaitre, je panique actuellement sur les vêtements à porter, les questions qui vont m'être posées et l'éventualité d'une bonne coupe de cheveux au préalable.

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13.06.2008

De grandes espérances

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J’ai achevé mes oraux hier, dans la joie, la bonne humeur et la convivialité.
Bon, d’accord, vous pouvez d’emblée ôter de ma phrase précédente les trois derniers superlatifs, il s’agissait d’une tentative éhontée de détournement de conversation, de manipulation mentale et d’auto-persuasion (qui n’a même pas fonctionné un quart de seconde pour moi, je tiens à le préciser). Sur les coups de 21heures avant-hier soir, j’ai pris la décision saugrenue d’imprimer les numéros de salle et de jurys alors que j’étais sans l’ombre d’une hésitation censée les connaître depuis belle lurette, étant donné que, pour parachever mon portrait de névrosée psychotique, je me connecte sur le site de la fac 4 fois par jour ; bien m’en a pris.
Oui, parce que dans cette tête bourrée à en exploser de dates, d’arrêts et de plans de droit international public, j’avais mélangé mes deux dernières matières.
Conclusion, je me suis retrouvée dans la douloureuse situation, que je ne souhaite évidemment à personne, même pas à mon ennemie jurée Sophie (je peux bien vous donner son petit nom, elle ne lira jamais ce blog, étant bien trop occupée à lisser son impeccable casque dont jamais un seul cheveu ne dépasse- tendance playmobil, je me suis toujours demandée si quand elle tournait la tête, sa chevelure bougeait de plus d’un millimètre, enfin bref, fiou que je suis médisante mais ça fait franchement du bien), de devoir me présenter le matin à une épreuve que j’avais planifiée pour l’après midi, ce qui me laissait un temps de pause agréable et bénéfique pour relire mes fiches (autant le dire, je n’avais pas spécialement bien travaillé cette partie du cours, vu la longueur et la densité des autres matières, notamment droit de la santé publique, mais là je m’égare gravement sur la parenthèse dans la parenthèse donc je vais me calmer). Après une explosion en sanglots parfaitement justifiée et une crise de nerfs devant l’ampleur de la tâche et le peu de temps qui m’était imparti pour la mettre en pratique, j’ai décidé d’aller me coucher, parce que je sentais que la dépression me guettait, galopante et furieusement échevelée dans mon esprit passablement dérangé.

Hier matin, ce fut folklorique.

Personne, je dis bien personne, ne voulait passer à l’oral. Nous étions une dizaine à nous regarder, l’œillade vengeresse et la moue larmoyante, en attendant que l’un se décide à y aller, nous laissant encore 5 minutes pendant lesquelles nous avions la prétention d’engouffrer une matière de plus de 200 pages. Si vous êtes fortes en calcul, vous vous rendrez aisément compte que la probabilité que ce projet se réalise concrètement avoisine les 0%. Si vous n’êtes pas fortes en calcul, vous arriverez au même résultat en mettant en corrélation votre connaissance de l’âme humaine, des effets du stress et des nuits de 3 heures.
Bon, je ne suis pas tombée sur quelque chose d’infaisable, mais bien sûr j’ai oublié la moitié de ce que je devais dire et j’ai même sorti une énormité indigne de ma personne, censée tout de même avoir derrière elle 4 années de droit, dont une en droit public, dont un semestre en droit international, qui plus est choisi comme matière fondamentale. N’importe quoi, je me serais donné des tartes en sortant.
Puis ce furent les 4 heures qui rentrent directement dans mon palmarès des pires heures de mon existence : affalée dans un escalier à peu près vide d’étudiants nerveux, riant stupidement sous leurs cernes mauves, j’ai relu passionnément une autre matière, que j’étais censée connaître sur le bout des doigts : Pourquoi, me direz-vous ? Mais parce que non seulement je l’avais fichée depuis 2 semaines, mais qu’en plus j’avais été chercher quelques rapports de Commissions sur le sujet, lus consciencieusement et annotés, et que j’avais ensuite appris tout ceci par cœur 3 fois de suite.
 Et bien non.
Arrivée dans la salle comme une âme en peine, les tempes bourdonnantes sous le flot de quelques pensées erratiques et le cœur apparemment accroché à un tambour automatique vu sa propension à faire absolument n’importe quoi, je tire un sujet, le scrute puis regarde ma prof d’un air béat et ravi, vu la teneur du dit sujet, que je maîtrisais parfaitement. Je prends une feuille de brouillon, m’installe confortablement et là.
 Et là rien du tout.
Rien ne ressortait. Ni mes connaissances, ni les dates, ni le plan général du cours. Le blanc total, aussi aveuglant que celui de la page vierge devant moi, rendu plus pénible par la péroraison de la jeune candidate avant moi, qui déblatérait son cours avec un sens consommé du détail, et même parfois du suspense (va-t-elle sortir la bonne loi ? et oui, elle sort la bonne loi. Cette garce, quoi)
Mon tour arrive, je me lève aussi pesamment que je m’étais assise, quelques minutes auparavant, avec légèreté, dignité et grâce, je claque le peu de choses qui me restaient dans la tête (et autant vous dire que j’ai un attrait naturel pour les détails sans intérêts aucun, étrangement ce sont des choses que je retiens bien), et je m’excuse auprès de la prof avec un magistral «  Et c’est tout. Je suis désolée, vraiment, mais je ne me souviens de rien d’autre. »
J’avais envie de pleurer, et en même temps j’étais tellement crevée, déconnectée de la réalité et du monde extérieur, genre cauchemar devenu palpable et prenant ses aises dans ma vie déjà bien misérable, que je ne savais même plus si je rêvais ou si tout ça m’arrivait vraiment. La prof a été absolument adorable, me posant des questions sur mon état de fatigue (« c’est votre dernier oral ? ça se voit… »), sur la façon dont j’avais travaillé la matière, j’en profite pour lui expliquer que c’est justement des pans de cours que j’ai approfondis, et heureusement elle me demande de lui parler de choses dont pour le coup je me souvenais (avec quelques hésitations néanmoins), elle me reprend un peu, je dérive sur d’autres sujets.
Elle finit par me dire que mon début était calamiteux, mais que le reste a bien compensé, avec une phrase de fin qui me restera longtemps en tête « ça ira ». Je pense donc qu’elle me mettra la moyenne, ce qui est peu glorieux vu le temps passé, vissée sur ma chaise, à me réciter toutes les parties de son cours, mais qui rattrape un peu le reste.

Déçue donc de mes performances, et de l’abattage qu’on nous demande, cette course de fond que réussissent certains étudiants sans doute moins travailleurs, mais plus sereins, et dans laquelle s’embourbent d’autres personnes comme moi. Je ne suis pas sûre que la sélection soit juste, et justifiée, que les oraux soient un mode de contrôle des connaissances reflétant réellement le niveau, et je me demande pourquoi en droit public, ça ne se passe pas comme chez nos amis privatistes, à savoir un oral et le reste à l’écrit…

Enfin, tout ça pour vous dire que je compte faire, à l’avenir, des articles un peu plus gais, en attendant le résultat de tout ça, en croisant les doigts pour ne pas avoir le rattrapage et accéder enfin au sésame du M2 de santé.
Ah, et je sais ça n'a rien à voir avec mes jérémiades précédentes, mais après avoir lu l'article de Princesse Audrey (je suis nulle dans les links je n'ai jamais compris comment ça fonctionnait, mais si le coeur vous en dit, son blog est référencé sur la colonne de droite) sur son chaton, j'ai rêvé à maintes reprises que j'étais, moi aussi, l'heureuse propriétaire d'un animal de compagnie...C'est fou ce que ça peut me manquer (avant j'avais un cochon d'Inde. On ne rit pas dans le fond, il était absolument adorable, me suivait partout comme un chien, et il se plaisait tellement en ma compagnie qu'il a vécu 8 belles années, ce qui, pour un si petit animal, est en soi un exploit); j'adorerais avoir un petit rongeur (j'ai une passion démentielle pour les rongeurs, genre lapins ou chinchillas, que voulez vous chacun son trip), ou un chaton ragdoll (les plus tendres des félins).
Et ne me dites pas que je ferais mieux de me trouver un mâle. Merci bien, j'ai déjà tenté l'expérience, ça ne me dit pas vraiment, surtout en ce moment.

10.06.2008

Totalement hors de tout

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Comme vous vous en doutez, je suis plongée dans les affres des examens. Je n’ai jamais autant stressé de ma vie, les oraux cette année sont une hécatombe ; pas une seule personne de ma connaissance qui n’ait pas versé une larme, entre des sujets qui ne font pas partie du cours mais qu’on nous impose quand même (une horreur), des professeurs épuisés ou lassés de la « nullité » des étudiants et ces nuits blanches…
Parfois je n’arrive même pas à trouver le sommeil, alors je regarde se lever le soleil, rayon par rayon, les yeux grands ouverts, la paupière tressautant de panique et quelques mouvements compulsifs agitant ce corps inerte qui ne me semble même plus faire partie intégrante de ma personne.
Parfois je fais le tour du cadran perchée sur une chaise qui finit par en devenir inconfortable, devant des cours dont les lignes se mélangent, se confondent et se brouillent ; la vie tout autour de moi prend des allures de course erratique, les gens s’agitent, rient, vivent, dans un déluge de sons et d’images, alors que mon univers se résume à un bureau, une fenêtre aux vitres fades et une hantise qui grimpe, d’heure en heure, jusqu’à la nausée.
Quelques rares moments de pause, tout de même : la lecture de vos blogs, que je continue assidûment pour me rappeler qu’il y a un ailleurs, et les coups de fils d’amis tout aussi harassés, nerveux et malades…Ah, me sentir moins seule…
J’ai hâte que le temps reprenne un cours normal.

25.05.2008

Falaise

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Tu n’as jamais été la plus douce de la Terre, parce que la douceur, tu la juges un brin désuète, trop sentimentale, et de la sentimentalité à la mièvrerie, il n’y a souvent qu’un pas, que d’autres franchissent allègrement, mais que toi, tu ne feras jamais. Un peu comme moi, en fait. Ou peut être est ce que nos ressemblances, si fragiles de prime abord, se rongent plus solidement en nous, insidieuses, racines suintantes de mots brisés et d’escarmouches futiles, qu’on ne le croit.
Peut être aussi qu’à force de se sourire en face d’un miroir, la glace, aux contours mousseux des pluies de mon hiver, ne nous renvoie plus que les échos des fossettes que nous partageons, sans vraiment s’en rendre compte.
Mais je connais chacun de tes gestes, chacun de tes regards, chacune des expressions qui glissent sur ton visage éternellement jeune, dans ces iris verts que je t’ai toujours enviés, et le froissement des paupières aux membranes translucides, quand quelque chose t’atteint, et te meurtrit sourdement, sans qu’il n’y paraisse jamais rien.
Mon roc, aussi solide que coupante, les arêtes qui tranchent dans le vif et blessent, quand on tente de s’y accrocher, pour ne pas se noyer, et l’eau qui monte, et monte toujours, l’écume aveuglante et salée. Les aspérités font mal, parce qu’elles déchirent les illusions et les trames de soie des rêveries trop délicates, mais elles servent aussi, parce qu’elles sont les prises où le corps peut s’ancrer.
Tes mots, durs, forment des jalons qui m’ont parfois empêchée de tomber.

Beaucoup de souffrances, et beaucoup de passé, qui s’entremêlent en toi, tissent un cocon de fer où tu t’es débattue, fière silhouette, menue jusqu’à l’inconscience, l’insoupçonnable, l’impardonnable. Cette immense terreur lorsque je t’ai vue pleurer, pour la première fois.
Parce que ça pleure, les gens comme toi ?
Tes larmes m’ont fait grandir, plus que ne l’avaient jamais fait tes sourires.
Parce que ça s’érode, une falaise ?
Oui, mais les falaises sont des équilibres chancelants, au bord du rien, des funambules de terre aux senteurs d’herbe détrempée, qui jonglent avec le vide, qui se dressent aux vents qui les giflent, mais dont les dernières fleurs, parfois, frémissent sous les morsures du temps, de l’absence, et de l’amour.

Parce que je t’aime malgré tout.
 Ce n’est pas tant mon reflet que j’aime en toi, mais c’est ce qui nous différencie, les bras qui, loin de toute littérature rose et poudrée, ne forment ni un refuge ouaté, ni une parenthèse en sursis, mais sont là, tout simplement, et le seront toujours. Et peu m’importe que les mains soient un peu sèches, les caresses un peu hésitantes, les mouvements qui n’osent pas, ou osent si peu, les paroles amères et les vérités difficiles à manier, les maladresses et les remords.
Il y a juste ton nez qui se fronce, ou cette légère pulsation sur ta tempe droite, là où le noir de tes cheveux rejoint en accroche coeur une petite veine bleutée, et les quelques rides éparses autour des yeux comme des chemins de tes rires hauts perchés, et je me sens heureuse.

Alors oui c’est commercial, et tu t’en moques, parce que tu n’es pas comme toutes ces mères pour qui certains jours sont sacrés, et leur oubli impardonnable ; parce que ça ne signifie rien, ni pour toi, ni pour moi. Mais je voulais juste le noter, dans un coin de mon esprit.
Parce que je n’ai jamais encore rencontré quelqu’un que j’aime comme toi.
Même si je ne le dis pas.

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20.05.2008

Le sens du contact

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Le toucher.
L’un de nos cinq sens, celui qui fait partie inhérente de la nature humaine ; la preuve d’une interaction sociale primaire, de la caresse en ailes fugaces à la gifle retentissante, de l’émotion indicible des premières fois au contact épidermique de deux êtres. L’appréhension d’un univers de plus en plus concret, solidement ancré dans la réalité, dans nos veines et nos esprits, dans nos corps et notre compréhension du monde. Palpable jusqu’à l’infiniment impalpable, dont on ne parle jamais. Ou dont on parle moins.
L’un des cinq sens qui me fait cruellement défaut, en réalité. Cruellement, parce qu’il me coupe souvent de ce qui m’entoure, dans une gangue de velours un peu élimé, qui se resserre, et se resserre si vite, que j’en perds aisément le souffle, le rythme et la respiration, entrecoupée et sourde.

Nous vivons dans le tactile, il est inutile de le nier. Les barrières des siècles passés, les corsets inconfortables compressant les corps et les pensées vagabondes dans des cercles de fer ciselés, les conventions sociales d’un autre temps, se sont amenuisées jusqu’à n’être plus qu’un vain drapeau aux contours flous que l’on agite de temps en temps, par crainte de sombrer dans le n’importe quoi. Les gens se câlinent, s’embrassent, se congratulent, s’enferment dans des étreintes excluant le reste du monde, créant une bulle cristalline entre deux mains aux doigts enlacés. La tendresse passe souvent par ce qui est visible, et ostensiblement visible.

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Pourquoi je vous parle de tout ça, me demanderez-vous ?
Tout simplement parce que, il faut bien me l’avouer, je ne suis pas de ce genre là.
Et parfois, je me sens complètement, totalement, irrémédiablement différente.
Je déteste que l’on me touche. J’irais même jusqu’à dire que je l’ai en horreur, et cette haine se déclare autant pour les minauderies agaçantes des copines qui tortillent mon corsage ou mes cheveux aux embrassades de soirée…Ou aux petits amis envahissants qui vous prennent la main tout le temps, ne peuvent pas s’empêcher de vous tripoter ou de passer un bras autour de vous, d’affirmer leur possession ou de vous prouver qu’ils vous aiment, ou pensent à vous, bref la panoplie habituelle des histoires d’amour.
Ce n’est pas que je sois snob, élitiste, je crois même en être très loin.
Mais j’ai beaucoup de mal avec les bisous, les roucoulades, les manifestations d’affection. Le toucher, les yeux de chair d’un aveugle, les parois d’une caverne que l’on sent à travers la paume de ses mains, n’est pas mon sens de prédilection.
Je ne suis pas une fille très tendre, en réalité. J’en suis doublement consciente, d’ailleurs ; j’aime à penser que, peu à peu, je m’apprivoise et me découvre, apprends à m’apprendre, suivant l’enseignement d’illustres philosophes antiques souvent centrés sur le moi intérieur dans l’optique (écartée de tout nombrilisme) de mieux percevoir le monde à travers un regard décillé…Je connais mes défauts, et je les assume, je les mets en scène avec autant de bonheur, si ce n’est plus, que mes propres qualités. Et si j’avais la prétention de m’illusionner sur moi-même, mes amourettes, et les quelques représentants de la race masculine ayant jalonné mon existence, auraient  tôt fait de me remettre sur la voie.

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On me reproche cette insatiable froideur apparente, cette insensibilité notoire, ce rejet quasi perpétuelle de toute marque d’attention et de contacts ; on me dit impalpable, difficile à cerner, étrange. On m’a même surnommée « l’anguille » il y a quelques années, celle qui glisse entre les mains et s’enfuit dans un chuintement ténu, celle que l’on croit tenir mais qui s’évade, le serpent ne cessant de muer et de semer ses anciennes peaux comme autant d’expériences achevées, les écailles adoucies sous la morsure d’un sang qui ne se réchauffe jamais.
Jusqu’à ce que je cesse brutalement de rechercher une histoire qui, de toute évidence, finira mal, filament acéré reliant deux personnes en opposition perpétuelle.
Et quelque part, cela me blesse un peu, bien que je fasse semblant de n’en être pas touchée, puisque c’est bien connu, rien ne peut m’atteindre. Je me tais, et je fais comme si, mais ce comme si obstrue parfois ma gorge et prend de l’ampleur jusqu’à finalement meurtrir mes lèvres, où les mots se nécrosent et la parole s’éteint, de crainte de donner raison à ceux qui finalement, ne me comprennent pas si bien que ça.

C’est ce constat amer que pour bien des gens, la tendresse et l’amour passent automatiquement par des codes perpétuellement réutilisés, des feuillets maculés de traces de doigts, de modes d’emploi comme si chaque personne réagissait de façon Pavlovienne à des stimuli quelconques, qui m’a inspiré ce petit billet un peu mélancolique.
Le toucher est un sens, mais l’esprit, s’il n’est pas catalogué comme le fondateur de toute relation humaine, en est pour moi le fil directeur, le marionnettiste dont dépendent tous les autres.
Et j’en ai un peu assez que, sous le fallacieux prétexte que je ne suis pas tendre, on en conclut benoitement que je suis inhumaine.

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19.05.2008

L'Enfer personnel: breveté Elea

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Et voilà, cela fait bien longtemps que je n’ai pas posté d’articles relatant les péripéties de ma vie trépidante (je voulais dire fascinante mais c’est malheureusement copyright Penelope), ni répondu à vos commentaires, ni écrit sur vos blogs respectifs (que je lis toujours, ceci étant. Cela m’apaise, et franchement en ce moment j’en ai bien besoin)
Bien sûr comme je vous l’avais déjà énoncé, cet état de fait (j’emploie des termes juridiques dont, sans m’en rendre forcément compte au premier abord, je parsème absolument tout ce que j’écris en ce moment, ce qui devrait vous mettre la puce à l’oreille) se résume à deux choses : examens imminents d’une part, et dossiers à remplir de l’autre.
Je ne sais pas si vous êtes vous aussi (et là je vous bénirais, parce que nous pourrions pleurnicher ensemble sur l’incroyable complexité de la chose, qui au surplus se révèle infiniment pénible) plongées dans les affres des inscriptions de master 2 (je ne vais pas faire la difficile, je vous autorise même à ne pas demander un M2 de droit), mais les Dieux de l’Olympe me sont témoins que j’ai failli craquer plus d’une fois au cours de ce long, trèèèès long, week end, émaillés de réflexions de mes parents sur le pourquoi du comment du financement de mon départ pour des facs aussi lointaines que Montpellier et Toulouse.

Pourquoi, oh mais pourquoi,  vous demandez-vous à la lecture de ces quelques mots si judicieusement employés pour vous donner envie de lire la suite (parce que l’autosatisfaction est la pierre angulaire de ma future réussite et de ma prise de confiance en mon moi intérieur des plus florissants et schizophrénique) ?
Parce que, par crainte de me voir refusée dans toutes les facs de Paris consécutivement à un dossier plus que moyen (j’ai l’espoir tout de même que, venant d’une université plutôt cotée, les responsables des formations se rendent compte qu’entre des notes excellentes dans une fac quelconque et des résultats limites dans une autre, en général surtout connue pour la difficulté de ses examens et la sévérité de ses professeurs, il n’y a pas une si grande différence), je postule absolument partout. Je veux dire par là, dans toute la France.
Et oui.
Oui mais voilà, faire plus de 15 dossiers quand on est par ailleurs sur le point de passer son premier examen du second semestre, avec du recul ce n’est pas le choix le plus judicieux pour lequel j’ai opté. Ainsi samedi, je me suis retrouvée dans la douloureuse situation de devoir jongler entre le tas de photocopies de diplômes en tout genre, de carte d’identité et de que sais je encore, mes classeurs de fiches et ma panique à l’idée que je ne disposais pas de tous les éléments pour finir mes dossiers. Or, et là je reconnais le sadisme latent de l’administration, sur chaque feuille d’inscription se retrouve notée en rouge et soulignée 12 fois la diabolique phrase du « toute demande non assortie des documents annexes ne sera pas EXAMINEE ».
Le rêve parfait pour toute névrosée.
Parfait pour moi, oui, surtout.

Surtout qu’aucune fac, bien sûr, ne demande les mêmes choses.
Donc, vous imaginez aisément le tableau des plus délicieux : l’une exigeant une préinscription sur le net avec un numéro de candidature et tout le fatras derrière (ça devient plus intéressant quand, en plein milieu de la dite préinscription, votre Wifi vous laisse abominablement tomber sans préavis), l’autre des formats d’enveloppe dont jamais de ma vie je n’avais entendu parler, avec qui plus est des timbres bizarres (2.97 euros, pas 3, hein ?), une troisième vos notes de toutes les années post bac (et comme j’ai effectivement débuté d’autres études avant le droit, non diplômantes puis que la première année n’était qu’une préparation de concours, il va falloir que j’aille chercher un relevé de notes du concours précité à l’autre bout de Paris, en espérant qu’ils l’ait conservé), la quatrième un extrait d’acte de naissance (et pour quoi faire, Grands Dieux ??)…

J’ai bien dû vérifier 10 fois chaque dossier, compter le nombre d’enveloppes requises, les chèques et le montant, ma lettre de motivation (que j’ai pris le soin, contrairement à des amies dont je tairais le nom, de personnaliser pour chaque demande, si possible avec le nom des responsables de la formation proposée) ; j’en étais presque réduite à rouvrir le dossier une fois scellé, me retournant dans mon lit en psychotant allègrement sur comment j’allais me débrouiller si mon ancienne fac n’avait plus de traces de mon passage, sur quel sujet j’allais tomber pour l’examen de droit constitutionnel et si j’allais suivre la tendance du moment, à savoir la hausse subliminale de mes notes alors que, étrangement, j’avais moins travaillé que les autres fois.

Ma note est un brin confuse et j’en suis bien consciente. Mais finalement, elle reflète fort bien mon état d’esprit actuel.
La dernière fois que j’ai eu un ami au téléphone je n’ai fait que parler de mes études pendant une demi heure, avant de me souvenir que l’ami en question n’était pas en droit et donc par extension qu’il se moquait un peu du projet Balladur et de la réforme constitutionnelle, de la jurisprudence de la cour de Cassation concernant le droit à la concurrence et de la philosophie tirée de Montesquieu.
La preuve que c’est un véritable ami ?
Il ne m’a même pas fait remarqué à quel point j’étais pénible. Et ça, ça mérite toute mon affection.
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30.04.2008

Et s'écrire, un peu...(partie 3 des réponses)

Je prends 5 minutes pour vous poster mon article, encore plus long, mais que cela ne devienne pas une habitude, nom d’une grenade ! (j’adore ce genre d’expressions totalement burlesques, j’ai surtout pensé à la grenade parce qu’entre nous, je me boirais bien un Diabolo grenadine maintenant) :suite de notre Trivial Pursuit Bloguesque (on pourra dire que je vous ai tenus en haleine –ou alors perdus dans ma jungle de mots) ; comme ça fait tout de même plusieurs pages, cela vous laissera quelque chose à lire pendant que je serais enfouie la tête la première dans les contrats administratifs. Je me déculpabilise comme je peux.
Je vous annonce fièrement, au passage, parce que je ressens ce besoin fondamental de vous raconter mes exploits, que ma lettre de motivation commence à prendre bonne tournure. Croisons les doigts.

Pour Lauren  d’abord, parce qu’elle a besoin de se détendre après les piaillements de sa nièce pantalonophobe ;)
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* Les 5 pires films que j’ai été voir 
Ils font partie d’un tout ; dans le mot pire il n’y a pas forcément ceux que j’ai foncièrement détestés, mais aussi ceux qui m’ont déçue, en qui j’avais mis de grandes espérances et qui n’ont pas tenu, à mon sens, la distance. C’est la raison de l’apparente hétérogénéité de cette liste.

- Il y en a un qui me vient tout de suite à l’esprit : Matrix Revolutions
 Dans mes connaissances, j’ai pas mal de passionnés de fantastique (entre autres choses) et il faut bien avouer que Matrix, ça a eu un impact incroyable chez tout ce petit monde, sonnant un peu comme l’âge d’or, le renouvellement du film de SF (là je parle pour ceux qui n’auraient pas vu, ou eu la possibilité de voir, l’excellent « Dark City », sur lequel Matrix a bien pompé comme il faut, et qui, dans l’effervescence du moment, est passé complètement inaperçu)
J’ai rarement vu un film aussi prétentieux, qui se donne des airs sans en avoir ni la contenance ni le fond ; je ne suis pas amatrice des films didactiques dans lesquels les chemins de pensées sont totalement linéaires, au contraire. Mais force est de constater que dans cet opus (une saga qui aurait largement mérité de s’achever au premier épisode) des tas de pistes sont lancées n’importe comment sans une once, un semblant de réponse, juste pour faire genre « nous sommes des intellectuels et nous pouvons discourir sur le sens du monde mais bon pas trop quand même »
On se croirait dans un sketch des Inconnus, les effets spéciaux (d’accord, je reconnais que c’est bien fait) en plus.

Et que dire de cette histoire d’amour complètement crétine qui vient parasiter l’ensemble du film, déjà bien mauvais, avec des dialogues ultra poussifs, des acteurs au bord de la dépression et une mythique scène de fin pendant laquelle j’ai nerveusement gloussé, m’attirant les foudres d’un ami à ma droite, alors que Trinity agonise pendant de longues minutes intenables tout en tenant quand même à dire à Neo qu’elle veut lui dire ce qu’il fallait qu’elle lui dise mais qu’elle n’avait pas eu le temps de lui dire (mais tu vas crever, oui ?!)

- Même registre, mais se prenant moins au sérieux quand même : les 4 Fantastiques
Déjà d’un, je n’ai fondamentalement rien contre le physique de Jessica Alba, mais je trouve totalement tordue l’idée consistant à métamorphoser une jolie femme typée latino méditerranéenne en blonde aux lentilles bleues absolument immondes, qui lui donnent au final un air d’extraterrestre des années post « Les Innocents » (transposition du Tour d’Ecrou, version futuriste un rien Kitsch). Ensuite, c’est mal joué. Oui, surtout à cause de Jessica Alba, qui est très mignonne certes (sauf dans le film en question) mais semble visiblement incapable d’aligner plus de 3 expressions faciales sur l’ensemble de sa carrière. Enfin, c’est super cliché, typiquement le genre de films dont tu sais le début, la fin, le milieu, avec un héros super brillant mais comme par hasard  totalement nul dans les relations sociales, une héroïne à la Smallville qui va se consoler en s’encanaillant dans les bras du vil gros méchant de l’histoire que dès le début, tu te doutes qu’il va mal finir, un « bogosse » prétentieux et charmeur à souhait, un scénario cousu de fil blanc et des scènes d’humour pendant lesquelles nos personnages tentent désespérément de faire sourire le spectateur transi d’ennui.

- Irréversible. En même temps, j’étais prévenue, n’est ce pas.
Je n’ai rien à dire sur ce film, n’ayant pas encore compris, à ce stade de ma réflexion, pourquoi j’étais allée le voir chez un copain, alors que j’aurais mille fois mieux fait de rester chez moi sous la couette à visionner « 10 bonnes raisons de te larguer ». Peut être que je voulais jouer mon intello de service et gravement me la raconter en cherchant du symbolisme dans des images atroces, juste pour me démarquer du commun des mortels.
 On était nombreux d’ailleurs à cette soirée, tout le monde a souhaité arrêter le film.

- Orgueil et Préjugés version Keira Knightley
Bon, c’est un fait, je n’aime pas miss Knightley. Elle passe son temps à minauder dans ses films, avec sa simili moue craquante que moi je trouve juste horripilante, mais passons. En lui-même, même si le film n’est pas non plus un chef d’œuvre, loin s’en faut, il n’est pas trop mal. Mais il souffre terriblement de la comparaison, inévitable, avec la série de la BBC mit Colin Firth et Jennifer Ehle.
Académique, linéaire, occultant toute l’ironie sous jacente aux romans de Austen pour ne se concentrer que sur le traitement des images (par ailleurs très belles) et de l’histoire d’amour, un peu trop modernisée à mon goût (et depuis quand Lizzie vit elle près d’une porcherie ? Qu’est ce que c’est que cette vision de l’Angleterre, censée être bucolique et qui souvent dans le film n’est que crasseuse ? Et depuis quand aussi on oublie les convenances au point de se donner rendez vous dans une chambre en chemise de nuit et sortir toute seule au petit matin ?)
Je vous accorde que je suis un brin tatillonne, mais j’ai été vraiment déçue de ce film vu que tout le monde s’extasiait devant : il n’a ni la beauté émotionnelle d’un « Raison et Sentiments « d’Ang Lee, ni le panache et la subtilité du téléfilm de la BBC.

- Troie, Wolfgang Peterson
Une adaptation ratée de la Guerre de Troie, avec son quota de cuisses masculines, d’émulations viriles, de prisonnières captives et d’actrices blondes. La moindre des choses, quand on a la prétention de faire un film sur un tel monument, c’est de se renseigner un petit peu sur les différents éléments du dit passage ; nul n’est non plus obligé, si la lecture lui insupporte, de se dévorer la totalité de l’Iliade et l'Odyssée, on peut aussi se référer à l’agréable roman de Marion Zimmer Bradley, « la Trahison des Dieux », incursion de la dame dans les mythes grecs, délaissant pour un temps les Celtes et leurs secrets.
Le must ? Il manque carrément Cassandre.
Là aussi, ça se passe de commentaires.


* Les 6 livres que je n’ai pas aimés

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  - Kim, Rudyard Kipling
Je l’ai lu très jeune, depuis je n’ai pas osé le reprendre, mais à l’époque il m’était littéralement tombé des mains. Je n’ai pas de souvenirs plus précis, juste que ma lecture avait été laborieuse, pénible, et m’avait un peu essoufflée.

- 7 jours pour une éternité, Marc Levy
J’ai plusieurs fois essayé de lire les romans de cet auteur : autant le dire tout de suite, j’ai horreur de ce genre de lectures, cela ne me correspond pas du tout. La forme est simpliste, je me suis souvent dit que c’était peut être  une méthode plus facile pour transmettre de l’émotion, beaucoup d’écrivains l’ont d’ailleurs utilisée à bon escient, mais avec lui rien à faire ; les mots se suivent et forment une guirlande terne, vaguement nauséeuse même parfois, il navigue toujours entre deux clichés et trouve rarement le sentiment juste à exprimer : consensuel et convenu. Autant « et si c’était vrai » pouvait se révéler plein de fraîcheur, à défaut d’originalité, autant ce titre m’a laissée écoeurée de tant de vacuité.

- La Terre, Emile Zola
Zola est un de mes écrivains préférés ; j’admire tout autant son opiniâtreté à tisser des histoires qui, à l’époque, faisaient grincer des dents la bourgeoisie et la critique, que son  habileté, rarement égalée de nos jours, à faire naître la beauté et la grâce d’horreurs, de faits divers et de personnages troublés. Ses descriptions de Paris, volontairement touffues et étouffantes, m’ont souvent happée comme de l’intérieur, les portraits de héros voués aux affres de la noirceur et de la déchéance me fascinent, à l’instar des romans, à présent quelque peu boudés, d’Eugène Sue, sur qui a largement copié Hugo pour rédiger les Misérables.
Seulement la Terre m’a laissé un goût amer dans la bouche, une vague impression de malaise ; certaines scènes m’ont semblé outrancières, l’inceste régnant dans les milieux paysans, la crasse et la boue qui s’en dégageaient, l’instinct purement fauve, bestial, des hommes envers la chair, ce rapport constant à Gaïa et au sexe…Le thème du roman est magnifiquement traité, mais dérangeant.

- Le cercle magique, Katherine Neville
Un must du genre, d’élogieuses critiques, pas d’idées préconçues sur les achats que je devais faire, et cette envie de découvrir un nouvel écrivain, m’ont conduite à me procurer ce livre qui était tellement ridicule (avec des rebondissements en veux tu en voilà erratiques à souhait), mal écrit et inintéressant que je ne m’en souviens même pas. J’ai lutté je crois pour l’achever, et pourtant la lecture je suis en général très preneuse, c’est dire.

- Le Mystère des Dieux, Bernard Werber
Il fut un temps où j’aimais Bernard Werber.
Beaucoup s’écriaient au scandale parce qu’il faisait de la vulgarisation pseudo scientifique, mais il faut reconnaître à son cycle des « Fourmis » (sauf les derniers tomes, et voilà ce que c’est que de tirer sur la corde) une certaine portée ; ce n’était pas si mal écrit, quelques passages étaient même très beaux (par ailleurs je venais de voir Microsmos, ça a peut être joué, qui sait), l’histoire en elle-même de cette guerre de Sécession entre modernité et âge ancien via des insectes recelait suffisamment d’originalité pour m’accrocher ; « Les Thanatonautes » a achevé de me convaincre. Si ce n’