03.07.2008

Sur une aile

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Je vous transmets ici une petite nouvelle que j'avais écrite, il y a de ça un an, voulant illustrer le spleen d'une jeune femme carriériste, matérialiste, oubliant pour un moment ce qu'elle est, ce qu'elle aspire à devenir, ou ce qu'elle joue à être, oscillant entre visions, réalités et folie. A la base, il s'agissait d'un projet, qui n'a malheureusement pas abouti...Mais aujourd'hui, en réécoutant l'un de mes morceaux préférés, j'y ai soudain repensé.

Voilà donc mon récit, et la musique pour l'accompagner: Le titre de la chanson est "10 000 Miles".

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Envie de tout cet air autour de moi, des murmures du rien, du chuchotement indécent du sol, de là où on ne verrait plus grand-chose. Peut être quelques silhouettes, prismes sans grande importance aux couleurs mélangées, ces teintes violentes s’estompant en aquarelles diluées. Une peinture mouvante.
Mais, si je m’aventure encore plus haut, là où personne n’a jamais été, la peinture glissante se solidifie, comme la cire d’une bougie dont la flamme s’essouffle, des coulures blanches à l’odeur de fumée.
Oui.
Déjà, la peinture coule en filaments bien dérisoires, sous mes yeux embués, ces yeux qui piquent, brûlent, qui trahissent l’apesanteur, la distance, et l’oubli de tout.
Je crois que je pleure.
Je ne saurais vraiment dire si c’est de joie, de tristesse, ou d’un peu des deux.
Quand les émotions sont aussi profondes, ancrés en l’esprit aussi bien que dans le cœur, battant à l’unisson des veines, des muscles et de la peau, à quoi bon les analyser ? Cloîtrer les pensées dans les mots, c’est aussi les fragiliser, car délicates par essence, elles fondent et s’infiltrent entre les mains, là, dans les petites failles des paumes.
Et elles se perdent.
Et nous nous perdons toujours un peu, à vouloir toujours les retenir.
De là où je m’imagine être, il n’y a que cette caresse de plumes inventives, cette mélopée sourde du vent, ce chant étrange aux sons disparates : je pourrais nommer les choses, je pourrais dire que ce sont des nuages, discourir de leur composition, de la façon dont parfois, ils déversent toute la colère tremblante d’un ciel maussade ; je pourrais parler du soleil qui s’absente parfois au détour cotonneux d’oiseaux qui s’attardent, des variations infinies de ce qui m’entoure, du bleu étrangement rosé de l’aube, mais je ne le ferais pas.

J’espère que vous ne m’en voudrez pas, mais j’ai tellement parlé, jadis, et même encore hier, et même encore tout à l’heure, que j’en presque eu l’illusion que sans la parole, sans les noms croissants en intensité et en valeur, des mots comme on aligne des chiffres, je n’existerais plus vraiment.

Pendant cette réunion…Je pense qu’il s’agissait bien de ça, mais j’ai du mal à coordonner ma pensée, et mes idées se brouillent en une danse pénible, heurtée, sèche.

Les visages se tournaient vers moi, rides nouvelles sous la pression du quotidien, sillons rugueux au creux des yeux, regards tremblants d’impatience, chevelures soigneusement lissées. Luisant sous les néons abrupts de cette salle enfumée, trop petite pour toute cette attente, pour toutes ces questions, pour toute cette vie palpitante en vain, alors que doucement elle se passait, alors que doucement elle mourrait, dans les cahiers de charge et de gestion, dans les réveils matinaux, les cheveux épars sur l’oreiller, les rêves s’écartant peu à peu, dans les costumes taillés sur mesure et les tailleurs sombres, crus.
Sans demi-teinte, sans nuances.
Dans les moments non partagés, les cœurs aussi serrés que nos bureaux, déposés les uns sur les autres, sans espace, vous pensez, sans allées où engager sa conscience, où ranger sa respiration. L’imagination déchirée par nos crayons de papier trop bien taillés, aux bouts écorchant nos dernières illusions.
Des tableaux vides, où se tortillent, absurdes, de vagues tâches d’une couleur fade.
La perfection.
L’imperfection de la perfection, la poussière qui a tout fait chavirer.

Cette marée de figures grotesques, m’observant sans jamais m’avoir vue. Cette marée sans vagues, sans ressac, cette réunion qui n’en finissait pas, et ces bouches cruelles. Je n’avais jamais remarqué, que mon monde était aussi cruel.
Alors j’ai eu peur, brutalement, de leur ressembler. D’un coup. Comme ça. Sans explications, parce que je ne suis pas sûre que l’on puisse donner un sens à la vie, la vie qui bouillonne et part en tout sens, qu’on le souhaite, ou non.
Il y avait des rideaux, dans cette pièce emplie de notre silence, de nos odeurs échauffées, de la senteur fauve du cuir et la douceur moite du linge fraîchement repassé ; il y avait des rideaux verts, parfaitement accordés à la moquette usée, foulée des centaines de fois, et dont on pouvait voir, par endroits, la trame effilochée. Il y avait des rideaux à la fenêtre, alors que le jour se levait, comme pour oublier qu’un ailleurs nous dépassait, nous, condamnés aux lumières artificielles, aux murs beiges, et aux feuilles couvertes de statistiques.
Alors je les ai tirés.
Juste pour voir.
Juste pour apprendre à regarder.

Vous savez, j’ai souvent songé, plus jeune, aux autres vies qui se déroulent autour de moi, et j’ai parfois essayé d’y participer, du mieux que je le pouvais. Je me suis amusée, j’ai ri, j’ai parlé, j’ai tournoyé sur moi-même, sur ce manège interne, sur le rien.
Mais, quand la porte se refermait, que l’infime rayon d’une lumière factice venait s’éteindre à mes pieds, déformant mon ombre au sol, l’étirant en silence sur les murs de ma chambre, je me détestais d’être si faible. Dans la vitre faiblement teintée de ma fenêtre, donnant sur le monde que je venais de quitter, je surprenais mon reflet, et, j’avais beau rapprocher mon visage du verre, comme pour effleurer de mon mieux cet écho de moi-même, cette image amplifiée, enveloppe de sang et de sentiments, je ne m’en sentais pas plus proche.
Je n’y rencontrais que le souffle ténu de ma propre respiration.
Dans la vitre, enfermée en un univers de mensonges et de faux semblants, je souriais.
En vérité, j’aurais voulu la détruire, briser le silence, cogner mes points jusqu’à les faire saigner, et, sur les morceaux de verre épars, ajouter un peu de couleurs à mes joues.
A mon âme.

Ce qu'il y avait derrière les rideaux et leur tissu bon marché retombant en plis disgracieux autour de la vitre?
Il y avait...

Plumes salies par les intempéries, corps malingres sous le duvet, des oiseaux migrateurs s’envolaient. Le soleil tâtonnait encore, hésitant entre le crépuscule et le lever franc, les rayons fragiles, à peine esquissés, et pourtant ils volaient déjà ; comme si le temps n’avait pas de prise sur eux ; impavides créatures insignifiantes ; gracieuses fragilités ô combien importantes, soudain, à mes yeux.
A travers la vitre, je les ai imaginés.
Je les ai dessinés dans mes souvenirs, piochant une illustration après l’autre, bâtissant cet édifice complexe de rêveries liquides.

Et puis je me suis imaginée avec eux.
Comme si je ne devais jamais retourner ailleurs.

Vous me voyez, maintenant ?
Je vole.
Est ce que j'existe?

02.06.2008

Droit, mariage et tracasseries

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Comme beaucoup d’entre vous le savent déjà, l’annulation récente d’un mariage par le TGI de Lille, en raison de la non virginité de la femme, fait actuellement grand bruit. Les politiciens s’affrontent, cœurs en bandoulière, épithètes malsonnantes et débats enflammés, les juristes se lancent à la tête des faits de jurisprudence plus ou moins d’actualité ; et moi je m’interroge.
 Je ne suis pas une spécialiste du droit civil, n’étant pas de formation privatiste de base, mais bien publiciste, et je m’y connais sans l’ombre d’un doute bien mieux en théorie de l’Etat, contentieux constitutionnel et droit public de l’économie qu’en droit matrimonial; cependant, je ne pense pas que ce soit une tare irrémédiable qui doit à tout prix m’empêcher de réfléchir par moi-même.

En effet, si juridiquement, et je dis bien juridiquement parlant, à savoir nonobstant mes propres convictions et mes propres idéaux, on considère que le mariage est un contrat, alors on peut se référer à l’article 180 du code civil, indiquant que « s’il y a eu erreur dans la personne, ou sur des qualités essentielles de la personne, l’autre époux peut demander la nullité du mariage ». C’est donc une réponse qui parait totalement fondée en droit, mais appelle, en filigrane, à une redéfinition des termes de « qualité essentielle ». Dans le code, ces quelques mots recouvrent une kyrielle de situations diverses et variées, comme l’ignorance d’une liaison antérieure susceptible d’être reconduite par la suite, le mensonge sur l’aptitude du conjoint à avoir des relations sexuelles normales (avec toute la latitude offerte par l’éventail grand ouvert de la « normalité) ou sur son intégrité mentale. Mais rien à propos de la virginité.
Est-ce que les « qualités essentielles » prises en considération dans cet arrêt doivent être déterminées de façon drastique, en les énumérant dans un code (ce qui me parait complètement improbable), doivent elles au contraire varier en fonction des attentes et des ressentis de chaque individu (ou de sa religion, bref, vous avez compris l’idée générale)? Mais dans ce cas-là, ne serait il pas bon, malgré tout, de leur imposer quelques limites, de crainte que cet arrêt n’ouvre la porte à des dérives complètement ahurissantes sur les dites qualités essentielles ? Et de crainte que l’on en arrive à détourner habilement les droits inhérents à la personne humaine, sous couvert d’une libéralité de principe, d’une subjectivité infinie ?

Une foule de questions se détachent de l’arrêt, et posent encore de nombreux jalons dans l’étude d’un droit qui ne cesse de se mouvoir, de changer et de muer (reprenant en cela la célèbre formule de Royer-Collard « les Constitutions ne sont point des tentes dressées pour le sommeil » ; à fortiori, le droit non plus)

14.05.2008

De la mode, des rêves et du rien

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Je pense l’avoir déjà fait remarqué au cours de mes divers articles sur ce blog, mais je ne peux résister à l’envie de vous en reparler (j’ai des côtés quelque peu monomaniaques, autant l’avouer tout de suite, et cet auto diagnostic me satisfait grandement par ailleurs, tant je parviens, par un détour spirituel alambiqué, à m’illusionner en pensant que cela fait partie de mon charme. On fait ce qu’on peut avec ce qu’on a, n’est ce pas) : j’ai une immense passion pour la littérature fantasque.

Je n’utilise que rarement le terme « fantastique » ou même « fantasy », si ce n’est en les auréolant d’un nominatif plus élaboré, tant ils me semblent à la fois réducteurs et peu explicites ; on associe bien souvent la fantasy au merveilleux pour enfants, aux guerres sanguinaires entre races étrangères, aux oreilles pointues et aux canines surdéveloppées, sur fond de clichés éculés jusqu’à la trame, aux relents Tolkienesques plus ou moins assumés. De même, le fantastique fait aussitôt songer à du King (l’horrifique penchant un brin malsain qui gouverne nos nuits les plus hantées, l’imagerie débordante de descriptions tournant, dans ses derniers romans, au grandiloquent réchauffé, mais qu’importe, l’efficacité avant tout), à du Anne Rice, bref on ne sait pas trop où caser certains récits qui, aussitôt qu’ils apparaissent prédisposés à inclure dans leurs mots soigneusement déliés d’encre des révoltes d’imagination ou d’étrange, se voient cloitrés dans des tiroirs huilés où viennent périr  petit à petit les plus grandes traces de leur originalité. La science fiction a rarement meilleure presse, dernier refuge des rêveurs de notre monde, incursion faible, fragile, dans le sérieux et le compliqué d’une littérature de divertissement, de romans écornés décryptés par une troupe d’adolescents prépubères à lunettes près de leur ordinateur ronronnant faiblement ; le bastion des geeks, la flamme des timides, le refus des autres d’un conventionnel de bon aloi.

J’aime le fantasque parce qu’il est tout, tout en étant rien. Parce qu’il se joue des codes, des lois et des règles, parce qu’il s’émancipe des principes établis d’une conclusion, d’une fin et d’un début de roman, d’histoire et d’existence ; parce que l’imagination n’est pas, et n’a jamais été, la parenthèse délicate de personnalités en retrait, mais le moteur d’un univers qui sinon, tournerait fatalement à vide, arcanes après arcanes, rouages enchevêtrés perclus des rhumatismes ronflants de notre époque, mousse verdâtre et moisissures recouvrant d’années en années nos petites pensées étriquées, dans cet immense sommeil des consciences et de l’esprit. J
’aime ce qui me pousse à réfléchir, à penser par moi-même, à me poser en questionnements successifs, ce qui renverse les schémas pour en bâtir de nouveaux. J’aime être surprise.

Je ne suis jamais autant déçue que quand un auteur, dès lors qu’il acquière une certaine notoriété, se met en tête de nous inculquer ses méthodes de travail, brisant le lien tacite tissé entre lui et chaque lecteur, ce lien fait d’émotions indicibles et d’un travail d’analyse qui nous est propre, parce qu’il décode son univers, qu’il en tend les clés comme il le ferait d’une vieille masure abandonnée, brutalement prise dans la lumière brutale de réverbères trop puissants , les zones d’ombre, propices à l’émerveillement à l’enthousiasme délirant des interprétations et des songes langoureux, balayées en quelques minutes ; pire encore, fleurissent actuellement sur le marché des manuels d’écriture, souvent rédigés par les mêmes illustres romanciers, aux titres racoleurs qui me font souvent fuir, tels que «  Comment écrire de la fantasy », « comment être publié dans le milieu adéquat », « mes secrets d’écrivain » et autres joyeusetés du même acabit. Et encore, je ne parle pas des mêmes ouvrages des maisons d’éditions spécialisées, titillant la pensée, existant en chaque lecteur un tant soit peu investi, d’être un jour reconnu, sous l’appellation sordide « devenez les auteurs de demain ».

Auteurs…Mais auteurs de quoi ?

Pas n’importe quel auteur, oh que non. Pas auteurs de nos mondes assumés, d’univers flamboyants et de nuits volontairement elliptiques, de glaces intemporelles où surnagent en contrebas des silhouettes troubles. Auteurs de règles bien appliquées, d’une frénésie de mots contrebalancée par l’idéal d’un lectorat boulimique, sans distinction entre élégance, recherche et sensations ?
Encadrer l’irréel par le réel, avouez qu’il y a de quoi frémir.
S’il existait des codes aussi savants, des plans qu’il faut théoriser puis mettre en pratique, tout le monde pourrait écrire du fantasque, du baroque, certes, et cela contribuerait peut être à renforcer la contemplation narcissique de notre intelligence humaine. Mais comme le dirait Tocqueville, avec une justesse d’analyse que je lui envierais toujours un peu, se ravaler tous au même niveau,  c’est éteindre toute flamme qui pourrait surélever le débat, ou son alter égo négative, et plonger dans les méandres de la médiocrité, mais d’une médiocrité voulue, souhaitée. C’est un peu tous nous condamner au consensualisme primaire.
On ne peut pas prétendre comprendre la façon d’écrire de quelqu’un comme une équation mathématique : ce n’est qu’une vaste fumisterie commerciale, et, au pire, un mensonge sordide dont nous ne sortirons jamais vainqueurs.
Tout le monde peut écrire, mais tout le monde ne peut pas le faire bien.
Et qu’est ce que ce bien, si ce n’est notre propre accointance avec l’auteur, la mise en commun de pensées et de sensations, ce bien qui sera différent pour chacun, parce que, tout bêtement, personne ne nous ressemble et qu’heureusement encore, nous ne ressemblons à personne.

Le concept de masse se répand comme une trainée de poudre facile à enflammer, éclairant quelque temps des chemins aux dalles disjointes d’avoir été tant traversées,  mais il est aisé à contrebalancer, si on s’en donne les moyens.
Imaginer que l’on puisse croire à l’imitation sans surprise de quelques auteurs, afin de devenir célèbre, d’acquérir aisément une petite auréole de gloire bien ternie par le manque d’audace et d’innovation, c’est une poudre de perlimpinpin qui ne devrait en aucun cas tromper  une personne avertie.
C’est aussi, et en cela apparait beaucoup plus pernicieux, prendre le lectorat pour des imbéciles notoires, prêts à engloutir voracement sans une once du recul préalable à la compréhension  d’un texte, des mots et des phrases, des phases d’action trépidantes aux descriptions formatées, des combats sanglants aux éternelles amours sous la lune…Bien sûr, on pourrait me reprocher ce plaidoyer aux atours élitistes, mais je n’ai jamais pu comprendre le plaisir que l’on pouvait éprouver à faciliter la tâche au lecteur, lui dicter, avec le maximum de jalons, la route et l’émotion à surmonter à certains moments cruciaux.
La littérature est un art, et comme tout art elle doit entraîner critiques, discussions et échanges d’idées, paroles vibrantes et sensibilité à fleur de peau. Je la vois mal cloitrée entre des barrières solides que quelques écrivaillons du dimanche et éditeurs peu scrupuleux auraient fait grandir comme du lierre étouffant toute créativité.
On respire mal sous le conditionnement interne d’univers engloutis, nécrosés avant même d’avoir pu s’exprimer et dérouler leurs racines profondes.

Tout comme les manuels à l’usage des futurs prix Hugo et Nebula  (« comment attirer le lecteur dans un monde crédible que l’on aura envie d’explorer », quelle plaisanterie), il n’y a rien de plus horripilant, à mon sens, que les adaptations cinématographiques, à la sauvette, de romans « fantastiques » ayant fait leur preuve dans le box office des lecteurs assoiffés. Je ne dis pas qu’elles sont toutes mauvaises, et je suis assez bonne cliente de ce type de films, ne serait ce que par amour de la contradiction ; mais force est de constater que, comme dans le domaine littéraire, on ne prend que rarement en compte les histoires complexes et enrichissantes, préférant à la complication des récits simples (sinon simplistes) et surtout répondant à des codes précis sans lesquels on présuppose que le spectateur crétin aura tôt fait de se perdre. Ou alors, pour prendre l’exemple récent des très bons romans (ce n’est qu’une approche subjective de la chose, vous avez parfaitement le droit de ne pas être d’accord avec moi, bien au contraire j’aime beaucoup débattre ;)) de Philip Pulmann, on en ôte soigneusement tout embellissement culturel, toute profondeur sous jacente, comme d’atours somptueux mais diablement encombrants, pour n’en tirer qu’une substance d’émerveillement pictural aux pages vidées, et vides.
La mode, éternel recommencement, éternel questionnement, a fait sortir la fantasy de l’anonymat des Conan, des cuisses musclées et des donzelles à sauver de dragons vengeurs : de série B, nous passons aux films, mais il ne faut pas de longues séances temporelles pour se rendre compte que le fond n’en a pas changé d’un iota : et je trouve ça terriblement triste.
Triste de donner ainsi les parfaites réponses, et qui plus est positives, aux détracteurs de l’imaginaire prétendant qu’il n’est en réalité qu’un échappatoire grandiloquent et naïf à notre monde désenchanté, une approche sommaire de quelques enfants attardés.
Triste de constater que la conformité prime aussi dans ce domaine, qui devrait, et surtout celui là, privilégier l’air frais et les envolées nouvelles de rêves sans cesse réitérés, sans cesse différents.

Et de constater que notre fantastique à la française, sauf quelques trop rares exceptions, s’englue inexorablement dans le rien. Nietzsche prétendait que l’on ne peut se sortir de la déprime du genre humain que par l’art, que par l’élan individuel vers un au-delà d’images, de sons et de couleurs.
Seulement si cet au-delà s’enferme lui aussi dans les limites déjà apposées autour du « réel », je vois difficilement la sortie de la Caverne…

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04.05.2008

Des mots de Fille

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Je n’ai pas encore compris d’où était venu le souci de connexion (mais d’après Lili, cela n’est pas arrivé qu’à moi donc j’en déduis que pour une fois il n’est pas la conséquence de ma maîtrise approximative des codes informatiques, de mes tâtonnements pour booter en DOS et autres subtilités que je teste régulièrement sans avoir reçu une formation appropriée en la matière. Oui, je sais ; des fois je cherche vraiment les ennuis)
En tout cas c’est réparé, l’Olympe en soit louée. Non pas que j’ai le temps à proprement parler de discutailler à tout va, mais ne plus pouvoir répondre, échanger des idées, et tout ce qui s’ensuit fatalement, me manquait un peu : le sevrage brutal étant certes une manière de voir les choses, mais je préfère encore ma méthode (ralentir un peu le rythme de mes fracassantes, que dis-je, percutantes, incursions dans le phénomène bloguesque, sans totalement lever le pied).

Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler des rapports que l’on peut entretenir avec l’écriture, ciblant le sujet sur un thème particulier : les femmes. Non pas les femmes en tant que sujets ou muses de littéraires chevronnés, mais celles qui prennent la plume et rédigent, d’une écriture un peu ronde, ou au contraire sèche, nerveuse, les points solidement marqués d’une main ferme, qui ne tremble pas, les contours trahissant parfois une fragilité dissimulée, un arrondi irrégulier, une consonne un peu fêlée…Bien sûr, vous vous doutez que ce sujet n’est pas anodin, je n’ai jamais caché l’amour immodéré que j’éprouve pour tout ce qui touche, de près ou de loin, aux livres, aux histoires, aux contes surannés, falbalas et soieries fines, aux contes modernes, fleurs et mousses sous le bitume, silhouettes d’acier et immeubles en contrebas, aux personnages que l’on dévoile en dessous, à la chair même qui transparaît entre les lignes. J’en ai d’ailleurs longuement discuté avec un ami, il y a quelques jours, et une de ses réflexions, au détour de notre dialogue, m’est longtemps restée en tête : nous étions en train de parler du style inhérent à tout récit, qu’il soit de science fiction ou plus réaliste, de Paul Auster et de Neil Gaiman, de Tanith Lee et de Albert Cohen, des nouvelles que nous écrivions ou que nous avions dans l’idée d’écrire un jour, puis brutalement, sans crier gare, voilà qu’il m’annonce la chose suivante (sans mépris aucun, notez le bien, il s’agit juste de l’expression concrète d’un ressenti dont il voulait me faire part)

«  Tu as une écriture de fille, tu sais. »

Sans doute en corrélation avec ce que je venais d’énoncer, à savoir que les récits d’un de nos amis communs, bourrés d’inventivité, d’originalité, me semblaient toutefois un peu inaboutis, me laissaient un goût étrange, une sensation d’insatiabilité, parce qu’ils me paraissaient arides. Les mots justes, mais froidement scientifiques, étalés sur le papier avec cette touche d’intelligence diffuse, subtile, qui en font tout le charme, mais des mots tout de même.

J’en suis venue à la conclusion, en réfléchissant quelques secondes, que je suis souvent plus touchée, en effet, par les romans féminins. Non pas, comme il pourrait immédiatement venir à l’esprit, parce qu’ils me parlent plus, que j’imagine être l’interlocutrice privilégiée d’une femme, qu’il s’installe une connivence, une complicité, entre le lecteur et l’écrivain (cela arrive, à mon sens, dans tous les bons romans). Mais peut être parce qu’ils font souvent la part belle aux errances de leurs personnages, à leurs pensées profondes ; introspectifs dans l’âme, ils n’hésitent pas à tracer des portraits amers, douloureux, ou au contraire suaves, des images en demi teinte, des zones d’ombres sinueuses qui se détachent de l’histoire initiale pour créer un tout, un peu confus, un peu étrange : l’immense passion d’une Emily Brontë, l’immense talent de tisseuse d’une Lea Silhol, les mots qui se perdent, se dévident, se délient et finalement enserrent les sens, les jeux de phrases et l’emphase, l’alcôve et le marbre…Je n’aime rien tant que ces « clairs de femme », ces moments qui illuminent, de l’intérieur, les ramifications sourdes et complexes de notre univers : peut être les femmes ont elle plus de facilité à fonctionner sur l’émotion, une facilité qui a souvent été, d’ailleurs, raillée ; est ce un mal que de fonctionner encore sur le ressenti et sur l’être, dans un monde qui amplifie, chaque jour, les qualités d’analyses politiques et juridiques, le synthétique ? Est-ce qu’on peut véritablement croire diriger les êtres, sans les connaître, sans en comprendre les rouages obscurs et les voiles indistincts, une base de psychologie élémentaire qui vient s’agrandir, de jour en jour ? Et peut on acquérir cette compréhension des autres, si on ne se comprend pas soi-même ?

J’aime lire, et j’admire souvent les capacités de réflexion de certains auteurs au style épuré, les idées folles d’un Richard Matheson ou le sens du réalisme de Camus ; mais j’aime plus encore les auteurs qui, délaissant les codes de la bienséance ou du neutre, écrivent de l’âme, et s’écrivent aussi eux-mêmes. Comme le disait Nietzsche, « Ecris avec ton sang, et tu verras que le sang est esprit »

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14.04.2008

Sous leurs regards

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J’avais envie de vous écrire une petite note sur l’un de mes souvenirs d’enfance, particulièrement vivace encore dans mon esprit survolté de ces derniers jours (je suis en train de verser peu à peu dans le culte des années de préadolescence, on ne se rend compte qu’avec du recul que cette période, qui semble s’éterniser alors sur de longs mois d’attente fiévreuse, est en réalité l’une des plus douces, et les plus éphémères, de l’existence), mais depuis ce week end j’ai beaucoup repensé à une conversation que j’ai eue avec une amie mercredi dernier.
Ce mercredi en question, je n’avais pas cours le matin, et mon amie non plus (enfin, à la base si, mais certains cours de droit privé sont tellement barbants qu’elle n’y va pas, de toute façon cette fille étant brillante par nature, elle récolte toujours une mention quoi qu’il arrive. Je pourrais la détester, mais son caractère étant en parfaite osmose avec le mien, elle est profondément inhaïssable- oui je me prends pour Boris Vian, j’invente de nouveaux mots-, vous saisissez ?), nous en avons donc profité pour longer en long et en large la rue de Rennes (surtout une parapharmacie absolument démente dans laquelle j’ai trouvé des merveilles, mais nous y reviendrons un autre jour je n’ai pas le temps de vous décrire ce que j’ai acheté, et ce n’est pas le sujet de cet article, non mais), pour prendre un café alors que le printemps s’installait doucement sur Paris, et discourir sur le monde, ses vastes questionnements et sa non moins vaste vacuité.

Je vous présente succinctement mon amie : comme je l’ai déjà laissé entendre, elle est intelligente, de cette intelligence qui ne se targue pas, comme beaucoup de personnes prétentieuses que je suis obligée de côtoyer, de connaître le Monde, tout Magritte et Machiavel, toutes les œuvres à la mode et la saveur incontestable des grands classiques, une intelligence instinctive qui ne se confond pas, et ne se confondra jamais, avec la culture…Tout être sensé étant par essence, selon moi, capable de comprendre que si la culture est un vecteur aléatoire de réflexions pertinentes, elle est aussi trop souvent la preuve vivante d’un vernis social qui se boursoufle de sa propre importance. Mon amie n’est pas qu’intelligente et vive d’esprit, elle a aussi un sens de l’humour, à la fois cynique et subtil, auquel j’adhère tout à fait : elle n’a crainte ni de heurter la sensibilité mal placée de gens trop enchaînés dans leurs croyances surannées, ni de l’auto dérision en toutes circonstances ; elle parle fort, avec les mains, elle sourit souvent, et éclate de rire, de ce rire haut et profond qui ne passe jamais inaperçu ; elle est d’ailleurs suffisamment fine pour s’amuser, parfois, à passer pour ce qu’elle n’est pas, une snobinarde aux montures sévèrement placées sur le nez comme une parenthèse glaciale à la fantaisie, ou une banlieusarde traînant les pieds, au langage châtié et aux tics hilarants.
C’est une fille que je connais maintenant depuis 3 ans, mais qui est devenue en peu de temps un point d’ancrage dans ma vie, là où certaines personnes mettraient tant de temps à me cerner, à me comprendre, et à soulever les multiples voiles qui masquent ce que je suis, elle a su, en peu de mois, en peu de mots, me percevoir et me toucher, là où souvent je me cuirasse et disparaît derrière une vitre de glace que je m’efforce chaque jour un peu plus de consolider…Sous ses airs fanfarons et ses répliques acides, elle est d’une patience et d’une empathie qui ferait rougir plus d’une personne, de honte, d’envie…
Souvent nous nous asseyons à une terrasse, ou dans un parc, et nous refaisons le monde, nos vies, nous suivons le cheminement sinueux de nos existences et tentons d’en défaire les nœuds, de caresser du doigt cette fragilité, un peu tremblante, qui est l’apanage de tout être humain ; je l’aime aussi pour ça, parce qu’elle est le genre de filles avec qui on peut parler de tout, de choses futiles, de rouges à lèvres et des nouvelles tendances, des people et de leurs extravagances, de l’univers et de ses folies, et de nous.

Seulement voilà, mon amie possède ce que beaucoup considèrent comme un défaut de fabrication, comme si nous étions tous condamnés à nous mouler dans les mêmes normes de fonctionnement et de formes, internes comme externes, rivés à nos marteaux et à nos clous, comblant les failles comme autant de faiblesses à masquer à tout prix, peu important la douleur, les larmes et le sang : mon amie est obèse.

Pas obèse dans le sens genre « je fais du 40 oh Grands Dieux pourquoi moi ? », vraiment obèse. Ce mot contre lequel on nous met sévèrement en garde, surtout depuis quelques mois, via des spots publicitaires dont je ne remets pas en cause le bien fondé, mais qui instillent souvent un relent de culpabilité tenace, ce mot qui fait peur, cette affreuse voyelle première semblant comme un cri de désespoir, ce O mal placé, ce n’est pas juste un concept pour elle, c’est son quotidien.
Et vous n’imaginez pas le regard que les gens posent sur elle, en permanence…
Elle, qui refuse de ne porter toujours que du noir et qui se permet souvent des éclats de couleurs vivaces, et gais, un soupçon de mauve jamais vulgaire, une tonalité de rose poudré, elle qui parfois se permet de grignoter un éclair au chocolat, là, tout de suite, un après-midi de shopping et le bruit incessant de Paris affaiblis sous la devanture d’un café chic, elle est la proie de haussements de sourcils oppressants, de coups d’œil appuyés, de remarques à mi-voix et de sourires entendus.

J’ai l’impression que les gens, après une adolescence tumultueuse, stagnent lamentablement au stade de pré adultes sans jamais y parvenir, perdus dans leurs illusions de grandeur décrépie et de maturité nécrosée avant même d’en arriver à son terme.
Les gens ne savent rien d’elle, ni de la moue qui parfois serre ses lèvres quand elle surprend, malgré ses sourires fiers, les yeux qui l’observent sans complaisance aucune.
Ni du combat acharné qu’elle mène contre ce corps qui la trahit, contre ses fonctions vitales qui ne répondent plus, contre ce cœur qui bat, bat sans relâche, mais s’essouffle au creux de sa main comme un oiseau blessé dont les ailes battent la mesure de son agonie.
Ni de l’opération de la dernière chance qu’elle va subir, bientôt, après des mois d’examens douloureux et contraignants, ni de la peur qui voile sa voix puissante, au détour d’un mot plus fragile qu’un autre, ni de mes promesses de l’appeler tous les jours, d’aller la voir dès que ce sera possible, ni de sa force et de son courage.

Les personnes comme elle sont rares ; il est effrayant de constater qu’ils tendent même à peu à peu disparaître, et que bientôt, dans ce monde que nous avons crée de toutes pièces et dont les règles finissent par nous échapper, la norme, ce sera ces bouches riantes d’incompréhension malsaine, de préjugés archaïques, et ces yeux tous semblables, nébuleux et aveugles.
Théâtre de l’infini, le rideau ourlé de leurs mesquines paroles, aux franges suintantes, aux plis alourdis par des « il vaut mieux » ; acteurs passifs de leur propre imbécillité.

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05.04.2008

De l'art du monochrome

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« Il y a peu de différence entre un homme et un autre, mais c'est cette différence qui est tout. » William James.

Toute petite, j’étais une grande rêveuse ; perdue au centre de pages toujours plus lourdes, chargées des songes d’adultes et des images enfantines, d’illustrations nerveuses ou de contours sucrés, au cœur des mots et des lettres qui me fascinaient, par leur lente et incertaine association, chemin de croix aux douleurs fugaces, mais à l’histoire réelle.
J’aimais, enfant, inventer des univers qui n’appartiendraient qu’à moi, des mondes dont les horizons ne seraient pas étriqués dans des conventions sociales rancies, aux senteurs inconnues et aux silhouettes diaphanes, souples et sinueuses. Des contes de fées aux jardins de silence, des bois enchantés aux nervures profondes d’arbres vibrants sous des brises contraires, des paroles qui ne sauraient être prononcées, ralenties au coin des lèvres, mais toujours si virulentes, dans leur muette contemplation. Des fontaines jaillissantes de rires d’enfants.

J’ai grandi, depuis, mais sur ce point là je n’ai pas changé.
Je déteste toujours autant me sentir prisonnière, de quelque chose ou de quelqu’un, des modèles qu’on nous impose et des routes qu’on nous inflige comme de sérieuses et solennelles figures inconscientes du fait qu’un monde sans imagination est un être inabouti, bancal, auquel il manquera toujours une jambe pour avancer, ou des paumes à tendre.


Mon monde est brutalité ténébreuse, landes battues par des rafales de souffles d’air et de pluie fine, de soleil maladif, et de froid intense. Les hivers sont longs, une éternité de jours, une éternité de rêves éveillés, et le printemps ne s’attarde presque jamais ; à peine les premières fleurs sauvages ont elle déployé leurs pétales délicats que le givre les recouvre d’un fin lacis bleuté, emprisonnant leur fragrance montant vers le ciel en volutes indécises et éteintes, déjà, avant d’avoir pu atteindre le ciel gris. Il en est des herbes sauvages, de la ronce et de l’épine, comme des habitants de notre univers moderne : stoppés dans leur croissance, gelés jusqu’à l’outrance, ils portent des masques d’été, des couleurs chamarrées, des rouges flamboyants et des jaunes d’or, pour se rappeler qu’ils ont existé.
Comme moi.
Mon monde est un vibrant chant d’adieu à la réalité humaine, une ode à la passion dévorante et aux feux éternels, un ballet de masques effilochés, de bois de santal et de rites étranges, sous les étoiles transparaissant entre les nuages cotonneux, et nous dansons entrelacés en conjurant le sort, les démons et notre propre fragilité.


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Evidemment, conjuguer cet insatiable appétit pour les songes crépusculaires et mes obligations (que je hais ce terme, devoir, parce que finalement je ne sais pas si je le dois à moi, ou aux autres) « normales », à savoir travailler ardemment pour intégrer ou du moins ressentir l’éphémère impression de faire partie d’un tout « adulte », via des examens, des concours, une future maison où meubler mes silences, où ranger mes colères et oublier, sur les contours d’un escalier ancien, un peu de moi-même, un travail à fournir, et peut être, si j’ai de la chance, un coin de terrain où faire pousser, pêle mêle, tout ce qui voudra y germer, ne se fait pas sans heurts et sans difficultés. Parfois l’envie me prend, sur ces copies rébarbatives où le rouge domine, comme une brusque parenthèse, sur le bleu éteint, sur les ratures un peu baveuses d’un stylo vengeur, sur les terminaisons hâtives d’un professeur à l’esprit solidement juridique, mais tristement pesant dans sa toute considération matérielle, d’apposer un sourire, un coin de rêve, et, de phrases courtes et simplistes, rallonger le trait de la plume, et disserter.

« Ne dissertez pas, n’allez pas si loin, restez dans les faits »

Je n’ai jamais foncièrement eu la fibre pratique, et je crois que je ne l’aurais jamais.
J’ai du mal à contenir mes mots, à les enrober de cette précision sévère, à les faire entrer dans un carcan qui les étouffe et leur chant d’agonie m’épuise. Autant dire que je peux faire du très bon, comme du très mauvais, tout dépend de l’état d’esprit de mon correcteur, par exemple.

Mon parcours est à l’instar de ce que je suis fondamentalement : chaotique. Au sommet, ou aux confins du rien, jamais de demi-mesure, jamais de teintes effacées, toujours cette nette préférence pour la glace, le givre, ou la chaleur, en alternance, parfois mêlées, pour mon plus grand bonheur, et le désespoir de ceux qui m’entourent.
Et les songes qui nimbent le tout d’une auréole baroque, sans cesse en mouvement, une enveloppe de chair translucide aux remous internes, rarement placide, et rarement calme.

J’ai ainsi toujours eu du mal à concevoir comment on pouvait se contenter d’exister, de paraître vivre quand le sens même de tant de choses nous échappent. Se nourrir d’ombres, être ceux que l’on frôle, qui enivrent et qui surprennent, qui sont aimés avec ferveur, mais dont le cœur ne s’est jamais éveillé ; traverser une autoroute où tous se bousculent, mais où tout est stérile…N’avoir qu’une imagination avortée, un fragile fragment de notre âme sans couleurs.
La vie en monochrome.
Quelle que soit la teinte, avouez que de voir la même toute sa vie a de quoi déprimer sérieusement.

C’est peut être pour cette raison que j’envie ses artistes qui savent vivre de leur esprit, de ce qui mûrit et embellit en eux, et qui ne craignent pas, quitte à en subir les moqueries ou les incompréhensions, de les exposer ensuite aux yeux du monde. Encore est ce une façon d’imaginer l’univers et d’en détourner les fières arcanes insensibles, les machineries aux rouages grinçants où sombrent l’élan, la ferveur et l’esprit.
C’est peut être pour cette raison que je suis parfois si profondément immature, d’un certain côté.
Mais j’aime mon immaturité.
Et mes nuageries liquides.

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03.04.2008

Le jour où l'Héroïne rencontra Mister Big

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C’est une constante dans la vie d’une fille, d’une femme, d’une épouse, d’une amante ou d’une mère. Même pour qui ne croit guère en la fatalité, les sceptiques, les audacieuses, et les repenties de l’amour, celles qui jurent que cette fois-ci, on ne les y reprendra plus…Des corbeaux au pelage féminin, aux parfums chatoyants et aux larmes faciles.
Tout le monde, à l’instar de Carrie, l’étendard vibrant de ces dernières années, a connu son mister Big.
Sauf que parfois, le Mister Big en question, par une triste ironie du sort ou un penchant certain pour le sadisme latent, se mue, au fur et à mesure des semaines et du temps qui s’écoule, en un Mister Too Much.

Mon Mister Big, si tant est qu’il m’ait appartenu un jour, ce dont je doute fortement, n’étant pas de celles qui s’imaginent que les êtres humains, à fortiori les hommes, sont des choses fongibles, interchangeables et monnayables (je sais, mais que voulez-vous, je ne vis pas avec mon temps), mon Mister Big, donc, était un vrai modèle du genre. Une référence en la matière du grand n’importe quoi névrotique.
Je ne sais pas si je dois être fière d’avoir participé à sa transformation, tel un papillon de nuit particulièrement vorace, ou parce qu’il me permet aujourd’hui de me gausser allègrement sur mon blog de la fragilité psychotique de la gent masculine.
Ou bien, peut être, un peu triste en y resongeant.

Bref, tout cela mérite et demande explications.
Quand même, je ne peux me contenter d’énoncer de telles énormités pour les laisser retomber ensuite en un soufflet de mots des plus délectables, mais avec un arrière goût d’inachevé, point nenni. Alors allons y (j’adore utiliser la première personne du pluriel et vous associer, ô lecteurs, à mes pérégrinations intellectuelles ; cela renforce le côté communautaire et communautariste dont traitait, il y a quelque temps, Petite Marquise)
Pour plus de clarté et de précision dans le portait (vitriolé) de cette douce et affable personne, j’emploierai le présent dans la suite de cet article, histoire que les descriptions paraissent plus vivantes et que vous puissiez vous esbaudir sur mon sens consommé du détail qui tue. Ne me remerciez pas, c’est un plaisir toujours renouvelé.

Mister Big est blond. Jaloux de sa chevelure qu’il s’imagine divine (ou, peut être, prévoyant quant à la calamité future qui guette bon nombre de ses congénères, à savoir la calvitie précoce faisant d’emblée perdre quelques points sur l’échelle du sex appeal, même avec un gel douche et un déo Axe), il l’arrose copieusement de divers produits destinés à la lustrer ; sur ce je ne peux rien dire, étant donné ma condition de femme, je possède moi aussi mon quota de sottises shampouinesques …Sauf que quelque chose nous sépare, quelque chose qui devient très rapidement on ne peut plus pénible (et risible, mais n’allons pas trop vite) : le fameux et fatidique « ne touche pas à mes cheveux une fois qu’ils sont peignés »
Oui, Mister Big est aussi un grand amateur du gel spécial Mâle Viril, qui fait censément ressortir ses bouclettes ou la brillance naturelle de son opulente crinière.
Même si par ailleurs, comme toute œuvre d’art digne de porter ce titre, il ne faut surtout pas ne serait ce que l’effleurer, et se contenter d’admirer avec ses yeux (si possible énamourés)
Ca tombe bien, je ne suis pas du genre tactile. 
Mais enfin, vous avouerez que ça jette un froid, quand même.

Mister Big est un puits de science. J’admets sans réserve aucune que c’est une de ces qualités qui, en général, m’attirent, bien plus qu’un physique avantageux (éphémère, et souvent vecteur d’un nombrilisme aigu, du genre à se sentir obligé de tester son pouvoir de séduction sur ce qui ressemble le plus, de près ou de loin, à une Femme).
Sauf que, tel le puits bien nommé que je viens de citer, Mister Big est une profonde cavité sombre où résonnent par intermittence ses propres rodomontades en tout genre. Car il n’y a rien que Mister Big aime tant, que de s’écouter discourir, dialoguer avec lui-même, en somme user de ce bon vieux prétexte théâtral qui s’appelle en langage courant un monologue. En réalité dans une relation quelle qu’elle soit, ce qu’il recherche n’est pas vraiment une bouche pour lui répondre, mais bien une oreille solitaire dans laquelle déverser ses réflexions, sa journée de travail et sa vision du monde. Peu importe l’opinion de la personne en face de lui, tant qu’il peut à loisir user de la fonctionnalité « ouïe » en omettant lentement mais sûrement la faculté de l’autre à lui parler en retour.
Mister Big n’a évidemment rien compris aux relations sociales, et possède un univers ou du moins un brouillon d’univers manichéen dans lequel la bilatéralité a peu à peu disparu au profit du linéaire crétin.

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Mister Big est d’une atroce mauvaise foi. D’après mes connaissances relatives en la nature masculine, il semble que ce défaut soit monnaie courante, d’ailleurs je confesse, sereinement, que j’en suis tout autant victime, en général j’ai horreur d’avoir tort (même quand, reconnaissons le, j’AI tort. Je n’ai jamais prétendu avoir un caractère des plus faciles, en même temps)…Mais chez Mister Big, cette incroyable facilité à démontrer à son adversaire, via d’épuisantes joutes verbales stériles, qu’il est dans son bon droit, prend une tournure quasi schizophrénique : il n’hésite ainsi pas à détourner la conversation et à l’amener sur des terrains glissants qui vont, en toute connaissance de cause, les mener tout deux droit dans le mur avec pertes et fracas.
Par malheur pour cette adorable personne, habituée à une certaine forme de lâcheté (ou de sagesse, je suis encore partagée sur la question) féminine, je lâche très rarement prise. Et je peux devenir terriblement venimeuse, qui plus est.
ô Joie de la vie à deux, je ne le répèterais jamais assez.

Mister Big est irrémédiablement immature. Sous le couvert des grands classiques dont il se plait à décortiquer les principes, les tenants, et les aboutissants, comme si la littérature était toujours une affaire de raisonnement et, jamais, ô grand jamais, une histoire de ressenti et d’émotions, il reste ancré dans une adolescence à rallonge dont les principales preuves résident dans son incapacité notoire à construire une amitié durable, un amour non bancal, à faire des concessions qui sont, selon de nombreux auteurs, la pierre angulaire des relations réussies. Oh que non. Boudeur jusqu’à l’extrême, chevalier de l’absolu en tout, il traverse de grandes crises passionnelles et de sourds et silencieux passages à vide, et n’admet en aucun cas que la parole, parfois, ça peut aider. Considérant, toujours dans une optique Caliméresque, que le monde entier lui en veut et est totalement incapable de percevoir la profondeur et l’éclat de son génie, il tourne ainsi le dos à tous et préfère à une franche discussion un regard sournois vaguement mesquin, suivi d’un haussement d’épaules fataliste.
Après, essayer d’être gentille, quand ce n’est pas franchement le fond de votre propre caractère vous semble une corvée interminable, j’irais même jusqu’à dire avilissante ; comme une aumône jetée aux ronces, en somme.

Mais le pire chez Mister Big, ce qui motive finalement l’écriture de cet article (outre le fait avéré que vous écrire me détend et que ça me manquait, et oui, on s’habitue vite à ces relations de blogosphère, microcosme de notre société), c’est sa facilité à porter un masque. D’un certain point de vue, tout le monde se voile partiellement, taisant et conservant jalousement le détail de son caractère dans un but qui m’a toujours un peu échappé, si ce n’est la crainte tangible de périr seuls, mangés par ses chats de gouttière ou ses labradors affamés, crainte qui m’effleure parfois mais ne me fait guère reculer sur mon célibat voulu, souhaité, et soigneusement cajolé. Mais certaines personnes sont passées maîtresses dans l’art du tissu opaque, celui qui déforme les traits du visage comme ceux de l’âme, et dresse un portrait flatteur, mais lacunaire, de la personnalité.
Puis, quand le rideau se soulève, ramenant entre ses plis lourds et usés des moutons de poussière, comme autant de failles, de faiblesse et, disons le honnêtement, d’insondables défauts, c’est toujours en entraînant une crise violente d’allergie rédhibitoire.

Le jour où j’ai rencontré Mister Big, j’aurais mieux fait de tourner les talons et de l’abandonner à lui-même. Narcisse des temps modernes, au miroir figé en une caricature flatteuse.
Je ne suis même pas persuadée que cela ne lui aurait pas plu, en fait…
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22.03.2008

Ivresse des Hauteurs


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Au sommet de tout, on raconte que l’on ressent les choses d’une façon différente, plus grande, libérée des contraintes matérielles de l’espace, du temps, des choses et de la pesanteur de l’être. Peut être est ce du au souffle de l’air qui nous enveloppe comme une seconde peau, une mue suintante de nos peurs et de nos angoisses, quand plus rien n’existe d’autre que le silence. Peut être est ce du à cette vision insensée d’un monde en contrebas, aux personnes qui s’y agitent en un bien mélancolique sentiment de vie, des moulinets de bras et des flots de paroles comme autant de caricatures surannées, ce théâtre burlesque où les sons s’entremêlent et se perdent dans la brise ouatée, ces demeures aux fondations d’argile, les murs rêches sous la caresse de milliers de mains, les frontières solides, folles, que les hommes se fixent à eux-mêmes, de crainte de découvrir en eux des recoins assombris, des souvenirs enfouis, et des rêves froissés…
On raconte bien des choses, bien des histoires, mais les mots seront toujours incapables de décrire avec précision les émotions qui envahissent et saturent l’esprit, les larmes qui montent aux yeux et brouillent la vue, les paupières s’abaissant et l’aveuglement volontaire, l’odeur entêtante des fleurs asséchées par le soleil ou de la terre grasse et humide…

Il m’arrive de voir défiler en une ronde solitaire et silencieuse, toutes ces images que je m’imagine, comme si elles étaient réelles, comme si, en tendant ma main, je pourrais sonder leur éphémère beauté, leur infinie laideur, des illustrations bâties au creux des contes, au détour des pages froissées, au hasard de photographies aux couleurs fanées, le sépia et le mauve délavé, un soleil déclinant sur une neige mourante.

Il y a des instants où, bravant cette peur insensée du vide qui m’a toujours empêchée de gravir les échelons de la vie, mes pas ancrés sur le velours sali d’un palier étroit, je voudrais au contraire m’y élancer, oublier les attaches qui meurtrissent ma peau et soulèvent en boucliers opaques mes craintes enfantines, et partir… Aller là où personne ne m’attend, et où je n’attends personne, inconnue des autres et peut-être, de moi aussi. Voyager dans des endroits si reculés que les seuls sons que je pourrais entendre, qui monteraient à mes sens et m’enivreraient, un peu, si peu, seraient les battements de mon cœur, le sang qui circule et se renouvelle, le bruissement langoureux des veines.
Une parcelle d’existence, un rien.
Evadée des murmures incessants, la trame nocturne des réverbères, clins d’œil lumineux dans les villes surmenées, éclairant la tristesse sourde et la fébrilité d’actes quotidiens qui n’ont de sens que celui que nous leur donnons, les fenêtres aux yeux épuisées et les portes muettes, et de tout ce bruit…
Ce bruit rassurant qui nous accompagne depuis toujours, les rires et les larmes, les cris et les sanglots, les disputes et les soupirs, lents, saccadés, sous le martèlement de l’acier trempé, des dalles disjointes et du béton, ce bruit qui, annihilant tous les autres, nous rend sourds, insidieusement, froidement, jusqu’à ce qu’abrutis et  sans âme, nous nous mettions à sourire, et à l’aimer, et à l’accueillir, et à le rechercher à tout moment, à tout instant, dans un rythme trépidant, nerveux et vain.

Libérée.
Déposée au sommet d’une falaise, le visage fragile creusé par le vent, le froid et la vivacité de l’air, contemplant la brume qui s’élève et nimbe chaque contour d’une douceur toute nouvelle, dureté de la pierre et moiteur de l’herbe.
Perdue dans l’ivresse d’un ailleurs qui ne m’appartient pas, mais que je pourrais faire mien.
Perdue dans l’ivresse des Hauteurs.

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11.03.2008

La Ritournelle des Mains Levées

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Je n’ai pas la moindre intention de faire brutalement basculer ce blog dans une politique de bas étage, un semblant de civisme accroché au coin des lèvres et les idées, par nature virevoltantes, enchaînées, bien cadrées sur mon écran.
Confortablement installée au creux de mon lit, la couette rabattue sur les pieds…

Mais, depuis quelques jours, que ce soit dans ma fac où les discussions s’enveniment d’autant plus aisément que l’on y côtoie des férus de science politique, défendant leur point de vue avec un sens consommé du détail journalistique en vogue (et de la mauvaise foi, parfois…On est avocat, ou on ne l’est pas) ; ou que ce soit sur le net, vecteur, comme chacun le sait, de l’expansion de tout et de n’importe quoi, du dernier des faits divers à l’information la plus partiale, on assiste à un véritable phénomène, qui peut se résumer en une phrase toute simple.

« Peut on refuser une poignée de main, quand cette main tendue est celle d’un Président ? »

Etrangement, malgré l’évidente clarté de l’interrogation, elle n’en demeure pas moins la pierre angulaire d’un certain nombre de sottises énoncées comme des faits avérés, si l’on arrive toutefois à passer outre le fanatisme récurrent qui se distille au travers des réponses ( je ne vise absolument aucun bord politique, entendons-nous bien. La ferveur extatique mal dosée existe malheureusement de droite, comme de gauche)

Nonobstant (oui, j’adore ce mot là aussi…Je le case dans chacune de mes dissertations, je suis attachée à son côté résolument snob. A chacun ses petites manies, que voulez-vous) le fait que je trouve désopilant le fait de monter en épingle des faits qui font partie intégrante de la vie politique (à savoir, les rebuffades en tout genre, et de tout temps. Rebuffade de conviction, rebuffade de contestation, ou simple désillusion…), j’ai pour ma part toujours pensé qu’il y avait, dans la politique, dans LE politique, quelque chose qui ressemble fort, si ce n’est à un dynamisme ampoulé, du moins à la dignité inhérente au statut de celui qui l’exerce.
De là à dire qu’il faille absolument accepter la main du dit chef de l’Etat, ce serait aller trop vite en besogne, et faire des raccourcis faciles.

Bien au contraire.
Je suis intimement convaincue que dédaigner une poignée de main n’est pas le signe d’une impolitesse confinant à l’impertinence ostentatoire, de même qu’un manque flagrant d’éducation « citoyenne » (ah, le bon mot bien galvaudé, dont on se sert de façon ronflante sans en connaître le sens…) ou d’une bêtise crasse.
Bien sûr, je ne traite pas là des personnes qui n’ont d’autre souci que de se montrer en spectacle pour amuser la galerie ; je parle du sens profond du refus, de celui qui se rattache à ce qu’on pense, à ce qu’on est, à ce qu’on représente, comme une façon détournée d’afficher son mécontentement : le président des Français n’est pas, malgré ce que je peux en lire, le président de tous les Français, mais celui de la majorité.
La Président n’est pas l’Homme, mais l’Homme de l’Etat. D’accord.
 Mais,  si je poursuis mon raisonnement, selon le rapport du Comité Balladur concernant les révisions éventuelles de notre Constitution, il va « définir la politique de la Nation » (nouvel article 5) : lorsque l’on est investi d’une telle fonction, celle de dresser le plan d’un programme de renouvellement ou de remise en forme de l’Etat, il faut forcément s’attendre à ne pas être suivi de tous, et par tout le monde.
Or, à part le référendum (rarement utilisé, et de toute façon assez peu revendiqué par les français –pour s’en convaincre il n’y a qu’à se rappeler le taux d’absentéisme de 70% lors de la question du quinquennat-), les élections du dit Président, les élections législatives de notre bien aimé Parlement censé nous représenter (ce cher Rousseau se retournerait dans sa tombe) et quelques sondages d’opinions sur la couleur de la nouvelle robe de la Première dame de France, les Français ont quand même assez peu de moyens mis à leur disposition pour exprimer de façon significative, leur(s) opinion(s).

Se détourner de la main tendue, le symbole des doigts qui s’agitent en vain, c’est encore une façon de se faire entendre. Et, de vous à moi, en demeurant objective, je ne trouve pas que ce soit la pire.
Encore a-t-elle le mérite de se faire sans violence...

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08.03.2008

La dialectique destructrice de la modernité

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« l’Histoire est une fable, et les hommes modernes, s’ils n’ont pas de meilleure espérance à se proposer, devront entrer dans leur futur sans bagages et les yeux ouverts, comme les morts dans leur néant » Françoise Chandernagor

Dans notre univers moderne, de cette modernité dont on nous rabat les oreilles constamment, que ce soit sur la formation datée de notre bien aimée constitution (« les constitutions ne sont point des tentes dressées pour le sommeil », Royer Collard)  vilipendée dans les discours publics alambiqués où vient poindre, en filigrane, un profond désir de renouvellement intrinsèque au caractère frondeur de nos politiciens, ou sur les comportements que l’on se doit de suivre, un peu fiévreusement, et avec autant de conviction si possible, pour être accepté dans ce tout social qui nous annihile forcément un peu, j’ai parfois du mal à m’y retrouver.
A m’y reconnaître.

J’éprouve souvent cette sensation de nager à contre-courant, ou de ne pas nager du tout, en réalité. Face à cette masse de gens qui s’agitent en tout sens pour se donner l’illusion d’exister, j’ai souvent préféré le stoïcisme, le calme,…Je ne dirais pas le silence, de crainte que vous n’en arriviez à la triste conclusion que je suis un peu cinglée (enfin, pour être tout à fait honnête, claire et transparente, je pense que ce digne jugement sans concession, si vous êtes encore sur ce blog, vous l’avez émis depuis belle lurette).
 Je dois être un peu schizo.
Parce que quand on me côtoie de l’extérieur, on s’imagine tout de suite que je suis une fille un peu folle, capable de tous les extrêmes, sauter d’un ponton escarpé d’une petite plage perdue d’Espagne, droit dans la mer ; la première à plaisanter, à tourner la vie, ma vie, et celle des autres, en dérision. Boute-en-train, si je puis dire (de toute façon je me le permets quand bien même vous trouveriez cette expression datée et fadasse. J’adore employer des adjectifs moyen-âgeux, ça permet de briser la solennité de certains instants pendant lesquels on a tendance à se rengorger fièrement)
Et bien en fait, non.
Il y a  beaucoup de choses qui me rendent perplexe, qui m’intriguent, alors j’utilise l’humour, un peu cynique, un peu tordu, que j’affectionne pour appréhender ces dites choses. Notre soit disant modernité, par exemple.

Le fait qu’on doive à tout prix s’afficher pour faire In, à la limite de l’auto contemplation béate et totalement nombriliste…Les fringues qu’il faut porter comme on endosse des armes, un bouclier bien dérisoire de tissus et d’accessoires, en amazones aguerries de la mode attitude, ce ne sont finalement que des manifestations extérieures de sentiments bien plus profonds, internes, solidement ancrés en nous…Conditionnés, même.

La modernité, c’est vivre en accéléré, de vivre comme on respire, avec un besoin vital de sans cesse renouveler son oxygène, de crainte de sombrer dans une monotonie désuète. C’est de participer activement au monde qui nous entoure en une seconde peau sociale, de se constituer agent intégral et intégrateur du quotidien, d’être a