02.07.2008
Quand un Géant parle aux enfants...

Bon, ce n’est pas particulièrement la crainte de vous ennuyer (quoique si je continue dans ma monomanie, cela risque fort d’arriver assez rapidement) mais il serait de bon ton, à présent que mes obsessions étudiantes sont achevées dans la plus parfaite béatitude nombriliste, que je recentre un peu mes articles…Avant de transformer ce blog, espace de discussion et de convivialité, en une chronique de mes aventureuses réunions de master (à titre indicatif, hier je me suis retrouvée, en bonne stressée qui se respecte, dans une assemblée qui ne me concernait en aucune façon, juste parce que j’avais la crainte, ancrée au coin de la tête type petite voix aigre trottant dans mon esprit d’un pas alerte, qu’on me prenne ma place en M2…Je sais, c’est pitoyable. Pour une fois, je vous autorise même à sourire. Et votre sourire a de fortes chances de s’agrandir quand vous saurez que, prise d’une angoisse frénétique d’arriver en retard, ce que je ne supporte pas, je suis partie 4heures en avance, affrontant le soleil de plomb, les problèmes de trains et les soupirs de mes voisins de transport. Un jour il va falloir que j’entame une psychothérapie, quand même. Mais là n’est pas la question, non mais).
J’ai donc très envie de vous parler d’un auteur qui me tient particulièrement à cœur, aujourd’hui comme hier, l’un des tout premiers romanciers à avoir fait chavirer mon enfance dans des univers délirants dont la tendresse, sans mièvrerie, n’est jamais exclue. Un auteur dont je relis les œuvres avec une grande délectation, surtout en période de stress, retrouvant sur les pages un peu usées, les lettres effacées sous la pression des mains de 3 fillettes et de leurs tartines à la confiture de fraise (j’adore partager mes livres, mes sœurs en ont donc allègrement profité), des échos de mots, de ceux qui ramènent aussitôt quelques années en arrière, dans cet étrange tourbillon de phrases et d’émotions indicibles.
Un géant s’adressant aux enfants, pliant sa longue silhouette devant les visages juvéniles et réjouis, jusqu’à se confondre parfois avec eux.
J’ai nommé le très célèbre Roald Dahl.
Mon but n’étant pas de faire un topic sur sa vie, ses déboires et autres particularités inhérentes à l’existence humaine, étant donné le nombre hallucinant de biographies en tout genre et de sites lui étant totalement consacrés (sans oublier Wikipédia notre amie à tous, qui entre nous dit parfois de sacrées énormités, mais bon passons), je préfère me concentrer sur son écriture particulière, le rapport profond qui l’unit au domaine de l’enfance et du souvenir, bref, sur un ressenti qui m’est propre, afin de ne pas verser dans l’encyclopédisme (entre nous, je sais ça n’a aucun rapport, mais j’adore ce terme, très chic…Quand on le prononce, on se retrouve aussitôt catapulté dans un monde parallèle, plein de personnes bourgeoises, de coupes de champagne et de petits fours, mais là je sens que je m’égare grandement), encyclopédisme donc, disais-je, qui ne serait pas sans rappeler les cours particulièrement pénibles d’une vieille prof de français rébarbative à moustache (et là , si vous osez m’accuser d’exagérer le trait, je vous rétorquerais que cette digne personne existe réellement, et qu’elle ne s’arrange guère avec les années. Plus étroit d’esprit, je crois que le modèle n’existe pas).
J’aime sincèrement Roald Dahl ; je l’aime parce qu’il fait partie de ces auteurs, relativement peu nombreux, qui savent s’adresser à un jeune public sans verser aussitôt dans une mélasse de bon ton, de bons sentiments et de niaiseries étoilées sur fond de guimauve. Ses héros sont souvent les représentations littéraires des enfants, de leurs petites manies, de leurs fantasmes (« James et la Grosse Pêche » par exemple, étudie sans en avoir l’air la fascination que peut éprouver un enfant devant le monde des insectes, méconnu, et pourtant intensément attirant…Qui n’est jamais resté bouche bée devant l’activité fiévreuse d’une fourmilière, ou parti dans une trépidante chasse aux papillons, filet au vent et sourire de contentement esquissé comme un remerciement au temps, ou à l’été ?), de leurs espérances et de leur curiosité, toujours ; le propre des œuvres de cet écrivain, c’est de réveiller l’instinct primaire de la curiosité la plus élémentaire chez ses lecteurs, cette curiosité que l’on oublie ou que l’on bride adulte, mais qui, quelques années auparavant, nous poussait à nous émerveiller devant tout, et n’importe quoi, à poser la fatidique question du « pourquoi ».

Et il le fait avec un sens inné de la fantaisie, de la fantaisie la plus débridée, sans pesantes frontières matérielles : ses personnages évoluent dans un univers aux frontières troubles, mouvantes, souvent surprenantes ; la surprise dans la littérature enfantine emplie de poncifs éculés jusqu’à la trame, nous conviendrons que c’est tout de même assez rare. Tour à tour volontiers cynique, voire cruel (les enfants châtiés de « Charlie et la Chocolaterie » en sont un exemple frappant, tout comme les descriptions volontairement provocantes du dîner de chair fraîche des abominables géants dans « le BGG », ou encore la terreur engendrée par « les deux gredins », étrangement dévoreurs d’oiseaux- faut il y voir là un symbole de la perte de liberté, notion souvent associée aux animaux volants, comme l’avait fait avant lui Baudelaire dans « l’Albatros » ?), Roald Dahl étonne surtout par sa constance capacité de renouvellement…là où beaucoup auraient exploité le filon de certains romans, à présent entrés dans le panthéon de la littérature enfantine, en produisant des suites sans véritable passion, l’écrivain ne se contente pas (mis à part « Charlie et le Grand ascenseur de verre », et encore, la suite étant tellement à l’encontre du premier livre que je me demande si c’est véritablement un second épisode) , et ne semble jamais s’être contenté, de rédiger la même historiette en la déclinant en plusieurs couleurs, bien au contraire ; si l’on observe attentivement son œuvre, on ne peut qu’être étonné des thématiques qu’elle recoupe.
Dahl n’est pas qu’un conteur, il devient aussi souvent explorateur : explorateur des terreurs de l’enfance, soigneusement reprises à son propre compte (un peu comme, dans un tout autre registre, plus mature, l’excellente poétesse Tanith Lee- j’utilise le terme de façon spontanée, tant son écriture ciselée, soigneusement descriptive et terriblement imagée, s’apparente à de « la poésie dans le roman », style auquel je suis pour ma part très attachée) comme les sorcières, dont il dresse un désopilant et terrifiant portrait (ses deux termes reviendront souvent dans mon ressenti des romans de Dahl, il réussit cet étonnant mélange du frisson de la peur juvénile et du sourire ironique) , éloignant tous les clichés du genre, dans l’un de ses livres les plus connus, « sacrées sorcières », ou encore les géants (« le BGG », sur lequel je reviendrais)…Explorateur de contrées étranges où le merveilleux côtoie l’absurde (le monde si particulier de James, l’incroyable chocolaterie de Willy Wonka, personnage attachant et totalement frappé) ou d’un quotidien peu à peu transformé en scène de théâtre magique (Matilda, adorable petite écolière aux pouvoirs de télékinésie, George et sa volonté de faire disparaître son atroce Grand-mère…).

Explorateur des mots, également. Les mots ont une importance capitale pour Dahl, ils recouvrent une dimension nouvelle, celle où les enfants ne s’aventurent jamais : l’invention de termes tous plus alambiqués, ou plus farfelus, que les simples mots usuels de la vie réelle ; c’est peut être l’un des points que j’aime le plus chez cet auteur. La lecture n’étant pas fastidieuse, et ne devant pas le devenir, il utilise intelligemment les ressorts de la langue anglaise (au demeurant il est à noter que ses romans sont assez bien retranscris en français) pour ouvrir de nouveaux horizons à chacun, oubliant là les préceptes un brin rasoirs des professeurs ne voyant en la littérature qu’un moyen d’apprendre à leur public les rouages complexes de l’écriture. Dahl est fantaisiste jusque dans ses mots, et réconcilie agréablement l’utile à l’agréable : combien de fois, enfant, ai-je été demander à mes parents la signification du nom d’un animal qui n’existe pas, m’imaginant alors les formes de la dite bête et me perdant dans la rêverie inhérente à tout écrit stimulant l’intellect ? (les noms étranges sont une spécialité de Roald Dahl, dont l’exemple le plus connu reste sans doute « sacrées sorcières », livre dans lequel d’affreuses vieilles mégères concoctent des potions à base d’ingrédients complètement inventés…) Et n’oublions pas les tournures de phrases passionnées, mais déroutantes, de Willy Wonka…
Ce lien tacite entre les mots et l’existence se révèle terriblement attendrissant dans le « BGG », mon roman préféré de Dahl, où un géant solitaire apprend à lire en suivant des yeux et du bout de l’ongle les phrases de Dickens, confondant souvent les termes dans un fatras des plus amusants, créant un personnage de toute poésie pour lequel la parole n’est pas seulement une façon de s’exprimer, mais aussi un moyen d’exister.
Car, malgré le côté aventureux, brut, de son œuvre, Roald Dahl n’est pas dénué d’une certaine poésie : le géant dont je parlais à l’instant, vit dans un univers qu’il ne comprend pas, entouré de ses congénères mangeurs de chair humaine (et comme par hasard, avec une prédilection certaine pour celle des enfants), rustres sans envergure autre que celle de leur taille défiant toutes les lois humaines…Affublé d’immenses oreilles, il perçoit pourtant chaque mouvement infime de la terre et des choses, d’un cri silencieux d’une plante laissée à l’abandon après avoir été cueillie, aux bavardages des araignées tissant leurs toiles, et aux bruissements sourds des rêves, flottant dans l’atmosphère, petites choses fragiles, à peine visibles, à peine colorées, qu’il se plait à collecter dans d’immenses bocaux…Et à souffler ensuite aux enfants endormis, le soir, par la fenêtre…Très jolie parenthèse au conte du marchand de sable, façon comme une autre de faire de la nuit et de l’ombre, propice aux cauchemars et aux craintes, un nouveau monde, esquissant des songes et des silhouettes silencieuses, glissant le long des immeubles.
D’une certaine tendresse aussi : « un amour de tortue », narrant les péripéties d’un vieux célibataire endurci, pris d’affection pour sa voisine, « Matilda », et cette relation fusionnelle se nouant entre l’enfant trop précoce et son institutrice trop fragile…
Bien sûr, je ne saurais parler de Roald Dahl sans mentionner deux personnes en particulier, ayant contribué, chacune à leur façon, à rendre ses œuvres plus percutantes, ou tout simplement à les faire redécouvrir : Quentin Blake, tout d’abord.
Quentin Blake, mondialement reconnu, a illustré la plupart, pour ne pas dire la totalité, des romans de Dahl ; son dessin possède une touche inimitable, un je ne sais quoi de malicieux, de mutin, de décalé, qui colle parfaitement aux histoires et vient en renforcer encore l’impact. D’aucuns pourraient m’avancer qu’il n’est pas le plus grand dessinateur de tous les temps, que ses personnages manquent de classe (il s’agit souvent d’un genre croquis coloré, les traits de pinceaux très apparents), de finesse…Mais justement, cette touche abrupte de couleur, ces visages grossis, exagérés, ces personnages parfois tordus dans des positions impossibles, possèdent quelque chose de frappant : ils vivent. Ils ne se contentent pas de rester adossés au papier, la plupart du temps, ils s’en échappent par un phénomène inexplicable, qui rend son travail très attractif.

Tim Burton, ensuite. Je ne souhaite pas m’étendre longuement sur Burton, qui a réalisé bon nombre de films qui sont devenus pour moi cultes, au fur et à mesure des années, étant donné qu’il fera l’objet d’un article ultérieur (je vous tiens en haleine, pas vrai ?)…Juste souligner l’incroyable connivence de pensée qui s’est tissée entre lui et Roald Dahl, à travers le temps : tous les deux partagent une vision du monde où l’imaginaire tient une place étendue, pour ne pas dire la plus grande, la plus imposante ; la façon de narrer des histoires, de s’en emparer et d’y apposer leur marque, faisant de leurs œuvres une chose très personnelle, à différents niveaux de lectures et de compréhension. Cet amour immodéré de l’inventivité et de la création incessantes, cette façon de jouer avec les codes bien établis, et de s’en moquer éperdument. Ce n’est pas pour rien que Burton est à la tête de deux films reprenant en substance la trame des livres de Roald Dahl : James et la Pêche Géante (très sympathique, des héros en texture cartoon et joliment conté), Charlie et la Chocolaterie (adaptation surprenante, menée par le jeu impeccable de Johnny Depp, qui aurait été parfaite sans cette atroce fin sirupeuse de retrouvailles familiales, naïve et rompant avec l’imagerie burlesque du film).

La jeunesse est un public, les adultes en sont un autre…Encore une fois, Dahl se renouvelle, là où on ne l’attend pas, et parvient à distiller un venin insidieux dans deux recueils de nouvelles que j'ai pour ma part, trouvées très bonnes : Kiss Kiss, Bizarre Bizarre. Idées saugrenues, trait acéré, vision sombre de notre société, incursion dans le fantastique ( William et Mary) ou dans l’esprit dérangé d’un fou (à l’instar de Maupassant (le Horla, suis-je fou ?) ou de Gogol (le journal d’un fou), dans la dérangeante histoire du « pauvre George ») ; autant de récits, autant d’univers, autant de styles divers et variés, vent de fraîcheur dans la littérature égocentrique et confinée.
Je vous conseille vivement leur acquisition, si ce n’est pas déjà fait.
Pour ma part, je retourne à ma 4ème relecture de « Blonde », dont je ne me lasserais jamais (je crois vous avoir déjà dit tout le bien que je pensais de Joyce Carol Oates), en laissant une place, près de ma tête de lit, pour mon carton empli de romans d’enfance, de souvenirs et de cette poussière scintillante qui s’immisce dans les recoins du passé pour mieux encadrer l’avenir…
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16.06.2008
J'y ai été moi aussi

Et oui, j’ai profité de mon samedi. Bon, certes, à la base je suis surtout sortie pour acheter des livres de droit, afin de me préparer au mieux à l’épreuve de mercredi (je le rappelle pour celles qui auraient manqué ce délicieux intermède, je vais passer une pré-sélection pour un master 2, sur une matière que je n’ai pas choisie cette année, donc je pars avec un sérieux handicap par rapport aux autres candidats, mais ne perdons pas espoir, entre deux pauses je travaille ardemment, tentant d’inclure dans mes connaissances évasives les réformes prônées en 2008 sur la protection sociale et les nouvelles méthodes de droit du travail. Ca fait rêver, n’est ce pas ? Vous savez quoi, alors même que j’écris ces quelques mots, j’ai une furieuse envie de glace Ben and Jerry’s, le nouveau parfum au cheesecake et morceaux de brownie, et ça c’est très très mal)
Mais, comme cela faisait belle lurette que je n’avais pas pointé le nez dehors pour autre chose qu’un rapide trajet vers un lieu de souffrance quelconque, j’ai finalement opté pour une longue ballade sur la rue de Rennes et le Quartier Latin, en compagnie de ma plus jeune sœur, afin de joindre l’utile à l’agréable et de saluer comme il se devait la présence inopinée d’un chaud soleil d’été. Oui, je sors avec ma petite sœur ; il y a certains moments privilégiés dans notre relation on ne peut plus chaotique, comme le cinéma ou le shopping (enfin, la dernière option date d’il y a quelques années, quand elle a commencé à revendiquer son droit à la libération vestimentaire), quand elle était toute petite, c’est moi qui l’emmenait voir Harry Potter, et entre deux sorties de livres ou de films, quand l’inspiration semblait faire faux bond à JK Rowling et qu’elle se perdait dans tout le luxe occasionné par le franc succès de son petit sorcier à lunettes, j’inventais la suite de l’histoire, je créais de nouveaux personnages qui nous ressemblaient. Reprenant la trame des romans, mais m’en éloignant sensiblement de façon à inclure dans mes récits tout ce qui serait susceptible de nous plaire, je venais lui lire le fruit de mon dur labeur le soir, à la lueur d’une de ses anciennes lampes à inspiration médiévale, à présent reléguées dans un coin de sa chambre, détrônées par des décorations orientales.
Les goûts évoluant, changeant avec le poids des années ou de l’expérience, elle regarde à présent, avec une délectation non masquée, les épisodes de Sex and The City, nous en discutons même parfois, quand nous ne sommes pas dans une phase d’autisme suivant le grand acte des disputes familiales, scène 3.
Donc, je me suis dit que ça ne serait pas plus mal d’aller enfin me faire plaisir et de visionner le film dont tout le monde parle, avant qu’il soit retiré des cinémas et que comme d’habitude je peste sur ma malchance et la rapidité du temps qui passe, qui m’use et me lasse. Et me voilà , attendant dans une file, toute émoustillée à la pensée de revoir les 4 célibataires (enfin, je ne sais pas vraiment si on peut encore raisonnablement les taxer de célibataires, mais c’est un autre débat) ; il y a un truc qu’il faut que je vous dise sur moi, c’est ma hantise à l’idée de me pointer en retard à une séance. Je déteste tellement ça que je préfère encore ne pas y aller : pour moi, les minutes écoulées dans un fauteuil confortable, les murmures étouffés durant les bandes annonces, les inévitables publicités précédant le film, les craquements sourds du pop corne et les odeurs sucrées de caramel, sont autant de petits bonheurs qui font partie intégrante du grand rituel cinématographique ; partant de ce principe, j’arrive toujours beaucoup trop en avance. D’ailleurs en la circonstance, j’étais aussi beaucoup trop habillée, on se serait crûes dans un défilé, je ne sais jamais faire les choses simplement, c’est dingue.
Puis le générique a commencé à défiler, avec cette abominable bouse musicale chantée avec beaucoup de conviction par la voix nasillarde et retravaillée par la magie des studios, d’une Fergie égale à elle-même ; même ça, cela n’a pas entamé ma bonne humeur, j’irais même jusqu’à dire que la dite bouse cadre vraiment bien avec les images heurtées, rapides et hautes en couleur, du début. Et puis il y a eu cette petite pointe de joie quand les héroïnes sont apparues sur grand écran, succinct résumé des quelques années que nous avions manquées, dans ce ton décalé qui faisait le charme de la série…
Malgré ça, je l’avoue sans fard, j’ai été déçue.
Je ne m’attendais à rien de particulier, malgré la montagne de critiques lues et échangées sur le sujet, tout simplement parce que j’adore les critiques, mais que je les prends rarement au sérieux, étant donné la forte teneur en subjectivité qu’elles recèlent, ou, comme dans le cas du dernier Indiana Jones dont je vous parlerais sans doute dans le courant de la semaine, le pourcentage de déception lié à une attente trop longue, et à un enjolivement sans raison des anciens épisodes.
Pris comme un film de filles, ce n’est pas mauvais, loin de là . Il y a du suspense (certes, on sait tous comment ça va se terminer, mais il y a quand même des moments de tension pesante, de très beaux moments d’ailleurs), de l’amour (un peu trop à mon goût), du rose (ce qui ne m’a pas gênée plus que ça, d’ailleurs c’est bien simple, la fameuse grande valse des marques ostentatoires, très décriée un peu partout, moi je n’y ai pas fait plus attention que dans la série, c’est dire), de l’ironie savoureuse (délicieuse Samantha) et des questionnements existentiels (Miranda, de loin ma préférée)…Mais pour moi, Sex and The City, c’était plus qu’un film de filles, justement ; plus qu’une simple comédie typée « le mariage de mon meilleur ami », films que je ne renie pas, étant assez bon public, mais à petites doses cependant. Sex and The City, c’était le futile, le girly et en dessous, comme soulevant un drapé poudré, les aléas et les difficultés de la vie réelle.
Comment accepter de revoir nos ambitions à la baisse, et comprendre que le rêve peut se trouver dans n’importe quelle personne, et que cette n’importe quelle personne, même si elle n’est pas issue d’une famille royale, n’a pas les yeux verts et une chevelure fournie, un corps musclé d’un mètre 80 et une attitude de mâle viril, peut devenir aussi indispensable que le rêve lui-même (Charlotte)
Comment vivre son plaisir sans pour autant fuir l’attachement, l’affection et la tendresse (Samantha)
Comment réussir à trouver l’amour malgré les cas, souvent irréparables, du caractère masculin (Carrie)
Comment devenir celle qu’on ne pensait pas un jour être, et accepter de déposer le masque, de dévoiler ses faiblesses, devant une personne qui ne nous jugera pas, parce qu’elle aime justement ces mêmes faiblesses qui nous paraissent si dangereuses, et si laides (Miranda)
Dans un ton volontairement accrocheur, mais un peu dénué de véritable intrigue, le film s’enlise à mi parcours au détriment de ses personnages, dont on ne retrouve plus que quelques traits hâtifs (la spontanéité rafraîchissante de Charlotte, l’imagination sexuelle débordante de Samantha), alors que Carrie devient le pivot central et que les 3 autres finissent par graviter autour d’elle sans réelle autonomie propre. C’est peut être le plus gros reproche que je ferais au film, ce côté mise en avant de Sarah Jessica Parker, qui n’a d’ailleurs jamais été ma préférée, et qui, par son caractère romantique, colore d’un rose outrancier les aspects les plus sombres de l’histoire. Cependant, je ne veux pas paraître trop sévère, il y a aussi beaucoup de bon, je me suis surprise à retenir une petite larme quand Carrie se fait lamentablement jeter au pied de l’autel (elle a une réaction tellement compréhensible, de femme frustrée, et surtout blessée), quand elle s’enfonce inexorablement dans une dépression atroce, les persiennes fermées sur le monde, la fenêtre soigneusement close, l’envie de sommeil qui ne la quitte pas (entre nous ça m’a beaucoup fait penser à « The Holiday », avec le personnage d’Iris, incarné par une radieuse Kate Winslet).
On va croire que je n’en ai que pour elle également, mais les failles du couple de Miranda m’ont franchement fait de la peine ; pour certaines, sa façon de voir les choses peut sembler trop extrême, trop dure, mais elle me ressemble tellement que je n’ai sans doute pas le même regard sur ce personnage que d’autres…la femme forte, le roc immuable sur lequel tout semble glisser, mais qui n’en est pas moins sensible, cachant soigneusement toute trace d’émotions sous un cynisme dévastateur, confrontée à une trahison qui remet en cause ce qu’elle est, ce qu’elle est devenue ; comment ne pas se sentir touchée par son regard froid, sous lequel on sent cette souffrance palpable d’une illusion qui s’effondre, cette remise en question des êtres et des choses…
J’ai clairement passé un bon moment, souri maintes fois, retenu mon souffle également…Mais le bilan reste mitigé, parce que, ce que j’ai eu en face de moi, c’était une pièce jouée par les mêmes actrices, mais au ton clairement édulcoré, plus large public, atténué par les années et le « correct ».

17:30 Publié dans Critiques éhontées | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
01.06.2008
Faites lever le soleil, Farinelli

Il y a maintenant 14 ans, sortait sur nos écrans un film atypique, soigneux parti pris d’une reconstitution historique mêlant habilement réalité et fiction, dans l’univers impalpable des sons, et de la musique.
Bâtir une œuvre cinématographique, visuelle avant tout, sur une chose aussi mouvante que des notes, évanescentes par nature, est en soi un pari risqué, presque autant que l’a été, plus récemment, l’adaptation du « Parfum » de Süskind, et de sa citadelle de senteurs, de fragrances et d’agressions olfactives. Parce que le ressenti de chaque spectateur est différent, parce que la musique est une chose profondément interne, et que les précédentes tentatives se sont fourvoyées, à mi-chemin entre la biographie académique, un brin pompeuse, et la comédie musicale dénuée d’une véritable profondeur.
Ce d’autant plus que le film ne traitait pas seulement de la musique, mais de l’état d’esprit de ceux qui la composent, de la passion enfermée dans chaque son comme une bulle incandescente, et de ceux qui la vivent, pleinement. Et de l’époque, à présent révolue, des grands Castrats.
Ce film s’appelait Farinelli.
Il est, encore aujourd’hui, une de mes œuvres préférées. C’est pourquoi j’ai choisi de vous en parler ici.
Audacieux changement de perspective, les réalisateurs et scénaristes ne souhaitent pas tant narrer les différentes péripéties de la vie de celui qui fut, en son temps, l’un des plus grands chanteurs, que de rentrer au plus profond du personnage, dévoiler ses zones d’ombre, ses errances et ses doutes, sa folie, son désespoir, son immense amour pour l’art. Ne serait ce que pour reconstituer la voix de Farinelli, il a fallu l’aide combinée d’un contre-ténor, et d’une soprano, faisant revivre ainsi le timbre unique de ces êtres étranges, mi hommes, mi femmes, que furent les castrats ; la première fois que le jeune acteur Stefano Dionisi a entendu ce qui devait devenir le fil directeur, cousu d’or et de sons, du film, il se retrouve bouleversé par quelque émotion indicible, la sensation peut être que son rôle va lentement se différencier des autres qu’il a déjà joués, que le vêtement ne va pas être si facile à porter, ni à ôter, qu’on pénètre insidieusement dans l’intimité d’un être humain d’une très grande complexité.
Ce qui nous différencie les uns des autres, ce sont nos empreintes : après, qu’elles soient digitales ou vocales, c’est une autre affaire, que je ne souhaite pas étayer davantage. S’approprier la voix de quelqu’un, c’est s’entourer de son aura, s’affubler d’une peau nouvelle, devenir autre et faire revivre le passé.
Faire revivre est un terme qui revient souvent, par la suite, dans la bouche du réalisateur Gérard Corbiau (également auteur du « Le roi danse », que j’ai trouvé personnellement un peu en dessous de Farinelli, tout en restant aussi soigné, élégant, et intelligent)
S’animent alors autour du personnage central (admirable acteur au passage, tour à tour charmeur et terriblement solitaire), autour des tenues chatoyantes et des jeux de lumière, et d’ombre, particulièrement judicieux, des passages musicaux d’une rare grâce, dans lesquels on se retrouve, malgré l’incongruité et l’exubérance des costumes de scène du jeune chanteur, à frémir ; il y a un je ne sais quoi de troublant, d’alerte et de tragique, dans la combinaison de ces deux voix, cristallines, pures, jouant des octaves comme s’il s’agissait de marches à gravir, pour atteindre, avec délices, un pallier inconnu jusqu’alors. S’anime aussi une galerie de personnages lentement esquissée, de petits théâtres sordides en soirées mondaines où l’on parle, avec sourire, de politique et d’art, d’appartements richement meublés de nobles oisifs et corrompus aux confins de Naples, où Carlo Borschi, qui n’était pas encore l’illustre Farinelli, chantait avec passion, attirant les foules dans les rues nervurées de sa ville natale…
Les portraits se précisent, les personnages se détachent du décor, et commencent alors leur propre partie, avec leurs propres arguments ; de ses personnages, la plupart du temps dessinés avec finesse, je retiens trois figures emblématiques.

Le grand compositeur Haendel, d’abord. Immense talent dont l’imagination et la technique égalent l’orgueil, ce dernier ne cesse, pendant toute la durée du film, de croiser la route de Farinelli ; rivalités des consciences, heurts de deux conceptions profondément différentes de la musique, Haendel ne jurant que par la simplicité de notes dont chacune font mouche et s’ancrent dans l’esprit des auditeurs, Carlo Broschi se trouvant dans l’obligation de devoir chaque fois repousser les limites de sa propre voix dans des arpèges et des symphonies complexes, des fioritures désuètes, mais ô combien sublimes à l’oreille. Carlo Broschi qui, repoussé plusieurs fois par Haendel, viendra l’écouter composer, en se dissimulant, volant au passage quelques sons dont la beauté l’illumine et lui fait verser des larmes amères (scène terriblement touchante, par ailleurs)
Alexandra ensuite, figure féminine indispensable à tout film de ce type, inventée pour la circonstance, mais qui n’en apparaît pas moins réelle, superbement interprétée par une jeune Elsa Zylberstein qui lui apporte son élégance naturelle, son visage mutin et la clarté de ses grands yeux félins, troubles, tour à tour durs et d’une douceur insoupçonnée. Discrète image de l’amour réservé, Alexandra reste l’une des rares personnes à percevoir ce qui se cache sous le masque de Farinelli, lorsqu’il ôte ses coiffes bordées de plumes rouges et de ciselures d’or, et qu’il redevient Carlo, l’homme écrasé sous la pesanteur de sa voix, et de son propre destin. Elle l’aime sans concession, autant dans ses notes vives que dans ses paroles qui frisent souvent l’insolence et l’arrogance des jeunes premiers à qui tout est dû, mais qui souffrent en silence d’une terrifiante solitude, derrière le talent auquel ils se raccrochent pour ne pas sombrer. Elle l’aime jusqu’à voler l’un des concertos de Haendel, pour lui offrir la chance de le lire, de le déchiffrer, et peut être de le chanter. Elle l’aime jusqu’à supporter les avances de son frère aîné, Riccardo Broschi, compositeur et seconde moitié de Farinelli, personnage torturé, enfermé dans la fratrie qu’il forme avec Carlo, jusqu’à l’asphyxie.

Riccardo Broschi enfin.
Riccardo n’est pas rien dans le succès de son jeune frère, c’est en effet lui qui compose les morceaux et les modèle en fonction de la voix qui viendra ensuite les interpréter. Il est également son contraire en bon nombre de points, bien que Carlo, mu par un mimétisme propre aux jeunes adultes et à la relation trop fusionnelle qu’il noue avec son frère, le suive au tout début, pas à pas. Jouisseur, exubérant, amateur de belles femmes et de vins, sa musique lui ressemble : baroque, changeante, tressautant sous les assauts de divergences musicales tortueuses, elle se joue des codes mais voile également un manque cruel d’imagination sous des arpèges et des gammes destinées à endormir la méfiance de tout mélomane averti. Riccardo, sous ses boucles brunes en bataille et ses sourires conquérants, conserve un secret qui le ronge et nécrose toute innovation dans son esprit, rend muette son inspiration et bâillonne sa musique ; obsédé par l’idée de créer un jour un grand Concerto, il se retrouve pourtant doublement limité dans ses espérances, par ce secret qui le corrompt d’une part, mais aussi par l’étouffante relation avec son jeune frère…Eternel second, il n’est que le serviteur de sons auxquels Carlo devra donner corps et insuffler vie ; toute sa musique se centre alors, non pas sur l’envie et le besoin de créer la nouveauté, de tenter quelque chose de différent, des expérimentations qui feraient mûrir son amour pour la musique, mais sur la mise en valeur d’une voix qu’il déteste peu à peu.
Jalousie déchirante qui gangrène de l’intérieur le couple des deux frères, qui mènera Farinelli à abandonner toute représentation publique et le fera s’exiler, après une scène d’une épouvantable dureté, auprès d’un roi malheureux, Philippe V d’Espagne.
Là se joue peut être l’une des scènes les plus marquantes du film, l’ébauche d’une nouvelle aube et la fin de toute une époque : lors d’une éclipse solaire à laquelle assiste toute la cour, le roi, pris de terreur à l’idée de se mouvoir dans une nuit éternelle, pris de folie devant le spectacle d’une obscurité faisant écho à ses propres ombres, demande au jeune castrat de faire revenir le soleil.
Sa voix s’élève, mélodieuse et puissante, combat la nuit, tout comme, quelque temps après, Carlo va devoir se battre avec ses vieilles rancoeurs et accepter de sortir du tombeau mélancolique dans lequel il était plongé…
Film souvent poignant, interprété avec beaucoup de sensibilité, film dans lequel on ne peut nier l’immense implication du réalisateur, où les chemins de vie s’entrecroisent sur fond de biographie romancée, Farinelli laisse une empreinte indéniable dans l’univers un peu étriqué des vies apposées sur pellicule et redonne corps à un siècle passé ; rien ne sonne faux, de la fragilité du héros aux caractères des personnages qui le façonnent ou se heurtent.
Il reste pour moi l’une des plus belles histoires musicales de ces dernières années.

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30.05.2008
Bienvenue chez les Zola

Aujourd’hui parlons peu, mais parlons bien.
Parlons de la famille.
Si vous êtes propices à grincer des dents rien qu’en entendant ces quelques syllabes désuètes, rassurez-vous, vous n’êtes pas les seul(e)s ; si vous êtes fervents admirateurs de la cellule de crises existentielles et de gouffres de non-dits que représente souvent la dite famille, je vous conseille de le rester, car après tout vous devez bien avoir vos raisons, et vos choix ne regardent que vous. Mais vous avez tout de même le droit de lire le résumé qui va suivre, afin de prendre conscience de l’écart qui peut exister entre vous et moi, je ne suis pas une fille sectaire (bien que j’ai souvent, et à mon grand dam, l’image d’une « miss pète sec » en collants qui finira toute seule avec son chat Pluton –comme dans la nouvelle d’Edgar Allan Poe- ses manuscrits sans prix, ses lectures quotidiennes près de la cheminée crépitant joyeusement sur un fond musical des années de ma jeunesse, un fond odorant de soupe à la carotte et un plaid sur les genoux…Ca pourrait presque me déprimer mais en fait, j’aime bien la soupe à la carotte, j’ai toujours l’espoir vibrant qu’elle améliorera mon teint (complètement endoctrinée par ces magazines à la con)) Et j’aime les chats aussi, autant le dire)
Donc, avant de partir dans mes digressions coutumières, digressions avec leur nombre exponentiel de parenthèses qui font la joie de mes professeurs (et la mienne aussi quand je reçois mes résultats, mais ne parlons pas de malheurs, ça va aller, je suis assez poissarde comme ça), je disais, ou plutôt j’affirmais, que j’allais traiter de ce douloureux sujet que peut symboliser, de façon plus concrète, ma famille pestiférée.
Commençons par le commencement (han, cette phrase est absolument sublime de clichés. Je crois que je vais poser mon copyright dessus, la classe, et m’en resservir copieusement dans mes rédactions ultérieures, au moins si je me tape un 5 je comprendrais pourquoi). Je les appelle affectueusement les Zola (d’où le titre de folie qui couronne, tel un sceptre d’autorité, l’ensemble de cet article du jour) : pourquoi, oh mais pourquoi, me demanderez-vous, pris d’une frénésie de curiosité à la lecture de ma prose matinale des plus endiablées ? Et bien, tout simplement parce que chaque membre de cette famille, pris à part et éloigné deux secondes de son troupeau journalier, rassemble en lui les travers et les dérélictions des personnages du grand Emile (et quand je dis ça, ce n’est pas très gentil pour Zola, que j’affectionne beaucoup, comme j’ai déjà du le dire une bonne centaine de fois sur ce blog).
Ils sont tous irrémédiablement tarés (au sens premier du terme, du mot tare. Pas fous, non, oh que non. Tarés), barrés, on les croirait tout droit sortis de mes livres préférés. Dans sa grande mansuétude, l’Architecte de notre monde a souhaité que je vois en long, en large (et surtout en travers) s’animer devant mes yeux les héros des nouvelles, clichés fleurant bon le misérabilisme, la mesquinerie et la malhonnêteté bon enfant : moi je dis, merci.
Certains pourraient me rétorquer que je ne devrais pas en être reconnaissante, mais au contraire vilipender ma mauvaise fortune, pleurer et m’arracher les cheveux devant le tombeau de mes illusions et de ma vie en bonne compagnie (sous entendu les soirées mondaines auxquelles j’aurais pu participer, avec coupe de champagne et petits fours au caviar sur son lit de groseille) ; mais ces gens-là n’ont aucune imagination : et pourquoi diantre me mettrais je à refuser le cadeau de la Divine Providence d’observer, un sourire en coin, les plus belles qualités d’âme des êtres humains, me servant ensuite énormément pour dessiner les traits de personnages de mes nouvelles ?
Et puisqu’on en est à ce stade là de la confidence, autant vous dire que je pourrais pondre un roman sur chaque membre, à quelques exceptions près (ceux qui sont encore à peu près « normaux », c’est dire)
Déjà , nous sommes nombreux. Quand je dis nombreux, c’est parce que je sais utiliser des bons termes au bon moment (et m’autocongratuler de façon psychotique, aussi, mais ce n’est pas le sujet d’aujourd’hui. Je parlerais de mes tendances névrotiques un autre jour) : du côté de ma mère, il y a eu 9 enfants.
Oui, 9 ; comme chez les D’Urberville (ah, Mon cher Thomas Hardy…), ce chiffre impair laisse présager de la quiétude qui devait régner dans la maisonnette quand tout ce petit monde était encore dans le bourgeon de l’âge, criailleries sans fin, adolescents turbulents et intenables. Pauvre petite Mamie, ton destin ne sera jamais le mien (vu ce que m’en narre ma mère, j’ai longtemps désiré ne pas avoir d’enfants, rien que pour ne pas revivre ce calvaire de la famille nombreuse qui ne peut se déplacer qu’un mini-bus, s’habiller de petites laines et manquer de tout un tas de trucs que les djeuns d’aujourd’hui considèrent comme essentiels- gel pour les cheveux, accessoires tendance, je ne vais pas vous faire l’affront d’en dresser une liste, il n’y a qu’à sortir dans la rue pour s’en rendre compte)
De ces 9 enfants aux caractères improbables, est issue une génération d’autres rejetons tout aussi désopilants (dont je fais partie, si vous avez bien suivi), ce qui fait qu’aux réunions familiales, nous étions confinés à l’étroit dans une maisonnette bourrée à craquer de marmots en grande tenue et de leurs parents en grande conversation potineuse. Ce tableau pourrait être des plus charmants, doux, j’ai envie de dire pastoral, car quand on songe aux termes « famille nombreuse », on a aussitôt en tête les images subliminales d’une Comtesse de Ségur laissant s’ébattre gaiement les fruits de ses entrailles dans un jardin fleuri, les fillettes tressant des guirlandes et les garçons courrant, de leurs petites jambes agiles et dodues, à la chasse aux papillons, le tout sous un fond musical de Mozart.
Et bien non, pas du tout.
Chez moi, c’est le mauvais goût affiché en permanence, les voix criardes, les sourires hypocrites et les histoires à n’en plus finir : des débauches de plats surplombant une table branlante qui menace à chaque secousse de s’effondrer sous les assauts des coups de fourchette, une façon de se nourrir proche, très proche, de la goujaterie (mes cousins tartinant le foie gras de première catégorie sur de longues tranches de pain comme s’il s’agissait de simples rillettes, j’en ai encore la larme à l’œil), un manque de classe (et de tact total), des conversations de haute volée consistant à critiquer un maximum de personnes en un minimum de temps et de la boisson alcoolisé en veux tu en voilà .
On quitte à regrets notre Comtesse pour s’acheminer gaiement vers le franchouillard typique.
Avec les fins de repas soigneusement disséquées dans des Tupperwares et l’une de mes tantes, radine jusqu’à la caricature, qui fait le tour de la table pour ramasser tout ce qui traîne et en faire ses repas du soir pendant un mois. Oui, elle le faisait aussi au restaurant, du temps de sa jeunesse.
O Joie.
Je sais bien que sous cette peinture rupestre, je laisse exposer à la vue de tous un snobisme que certains pourraient juger exacerbé, mais je vous rassure au cas où ce préjugé vous aurait effleuré l’esprit : je ne suis pas une fille bégueule, et je sais m’amuser. Je me sens juste très peu à mon aise dans une société pour qui lire est un sacerdoce, la télévision une déesse, et la télé réalité une preuve flagrante de l’existence d’un Telos. On s’enfonce alors inexorablement vers du Dickens mâtiné d’un soupçon de fiel à la Balzac.
Bon, ça c’était pour l’ambiance.
Dressons en quelques mots les héros de cette saga familiale, qui, j’en suis persuadée, sont de pire en pire à mesure que le temps passe. Comme il me reste encore un peu de cœur (ne souriez pas derrière votre écran de PC, je suis omnisciente ne l’oubliez pas), je ne vais que vous narrer les pires turpitudes, et garder sous silence les quelques dérapages involontaires et plus nuancés.
1. Ma famille ne sait pas se tenir.
Ce premier point a, je pense, été suffisamment explicité ci-dessus. A chaque réunion, je me retrouve plongée chez Gervaise et Compagnie, il ne manque plus que l’alambic (et en plus ils lèvent le coude facilement)
A l’enterrement de mon grand père, ils étaient tous en train de pleurer (ce qui peut aisément se comprendre) mais avec la délicatesse qui les caractérisent, tels des veaux que l’on mène à l’abattoir, sans aucune considération pour la peine que cela pouvait causer à ma grand-mère, qui souffrait doublement de les voir si affaiblis, et malheureux. Deux heures après, lors du dîner qui a suivi (c’est quoi cette mode de taper la discussion devant des raviolis juste après l’incinération d’un défunt, d’ailleurs ?), ils riaient aux éclats, grassement, se claquant des grands coups dans l’épaule et affichant des mines réjouies qui cadraient mal avec leur prétendue tristesse précédente. On se serait crûs à un anniversaire.
Déplacés, toujours déplacés.
2. Ma famille escroque ma Grand-mère.
Leur propre maman. La personne qui les a élevés à la sueur de son front (9 gamins, je vous rappelle), dont toute la vie se base sur l’existence de ses petits, leurs joies, leurs petits chagrins…Moi cela ne me fait pas rire du tout, cela me plonge dans une colère noire, contre elle qui se laisse faire avec innocence et se retrouve dans l’incapacité majeure d’ouvrir les yeux, contre eux, exploitant sans vergogne la vieillesse et la gentillesse comme s’il s’agissait de faiblesses inhérentes à sa nature (ce qui est le cas) et hautement productives (ce qui est répugnant).
Ma grand-mère avait une maison de campagne à laquelle elle tenait, parce qu’elle y a passé toutes ses vacances, que ses souvenirs y restent accrochés en banderoles de bienvenue et qu’elle y revoit ses jeunes années défiler en une danse mutine : l’un de mes oncles, magouilleur de son état, toujours prompt à ruser tel le renard attendant sa nouvelle proie, et fier comme un paon avec ça (la fierté sans l’intelligence, vous n’imaginez pas comme c’est ridicule), a proposé de lui racheter. Mais attention, pas à son prix normal, voyons.
A perte.
Genre la moitié de sa valeur réelle.
En lui proposant l’usufruit (grosse pommade bien grasse pour faire passer le tout)
A sa maman.
Si vous n’êtes pas indignés par le dit procédé, c’est que nous n’avons décidément pas les mêmes valeurs.
Enfin, passons à l’étape ultime : il lui a fait utiliser les sousous dans la popoche (référence ultime aux Inconnus, qui savent très bien jouer les beaufs) qu’elle avait touchés de la dite vente pour payer des réparations dans sa maison en ville ; maison qui ne lui appartient pas, mais qui est la propriété de ses enfants. En gros, elle paye les réparations d’un truc qui n’est même pas à elle. J’ai failli exploser de rage quand j’ai appris ça.
Et ma grand-mère, qui ne voit jamais le mal nulle part (trop bonne, trop…), ne s’en plaint même pas. Pas plus qu’elle ne se plaint lorsqu’ils viennent la voir en bande, avec tout leurs mioches et leurs bruits divers et variés, le samedi, alors qu’elle est vieille, malade et qu’elle n’a qu’une seule envie : celle d’avoir un peu de paix, et de tranquillité.
Leur dernière marotte ?
L’une de mes tantes lui a pris son congélo, soit disant parce qu’il a la taille idéale pour son appartement, en lui promettant de lui en offrir un nouveau. Ca date d’il y a 4 ans.
3. Ma famille a son lot de problèmes hésitant entre Les Feux de l’Amour et la tragédie Shakespearienne.
Je ne compte plus le nombre d’entre eux qui sont atteints de radinerie aigue, jusqu’à avoir mendié de saucer le plat des autres à la cantine quand ils étaient jeunes (anecdote véridique, ça vous pose le décor, pas vrai ?), ou de beauferie intensive (grosses voitures, musique de barbares et klaxons en 9ème symphonie, un délice de chaque instant).
Mais certains sont en sus de toutes les qualités précitées hautement psychotiques : l’une de mes tantes est, par exemple, l’image vibrante de la mythomanie au summum de sa forme ; elle raconte à tout va des histoires qui sortent de sa tête (à sa décharge, il faut lui reconnaître une imagination débordante et un sens du détail hors du commun), dans lesquelles elle se transforme le plus souvent en un mélange de Cosette et de la Petite Fille Aux Allumettes de Andersen, battue, mal vêtue, courrant pieds nus dans les rues, exploitée de tous. Du coup, ça crée des tensions absolument démentielles entre elle, ses amis (qui n’ont pas encore compris qu’elle inventait la majeure partie de sa vie au lieu de la vivre) et la famille, elle fait passer sa mère pour une marâtre assoiffée de sang et d’argent, elle se complait dans le sordide et le graveleux, bref, une mine de pétrole pour n’importe quel psychologue venu.
Elle a boudé ma mère pendant des années parce qu’elle attendait son troisième enfant (ma petite sœur) alors que soi-disant ma mère lui aurait promis qu’elle s’arrêterait à deux : et je vous le demande, dans quel contexte ma mère aurait elle pu faire une promesse aussi débile ?
Ne répondez pas, je sais.
Dans ses rêves.
L’autre est un fou de la route, qui compense les malheurs de sa vie par une conduite irresponsable qui a mené une famille entière dans la tombe. Et vous croyez qu’il en aurait des remords ?
Le seul remords qu’il peut ressentir, c’est d’avoir été condamné pour cet état de fait.
Rien qu’en écrivant ces quelques mots, j’ai honte pour lui.
Le côté positif des choses, c’est que, dès que j’ai commencé à saturer gravement des sacs de nœuds vipérins que constituait ma famille, j’ai mis le holà . Comme je ne suis pas du genre à mâcher mes mots, mais qu’un semblant de bonne éducation me retient toutefois de lâcher tout ce que j’ai sur le cœur, j’ai tout bonnement cessé de les fréquenter, ce qui m’a valu les foudres de leurs langues agiles et de leurs esprits des plus délicats, l’ire et tout le tintouin.
Mais bon, n’en étant pas à ça près et habituée à me faire considérer comme une « madame je sais tout je me la pète », cela ne me cause absolument aucune souffrance paradoxale ou bien cachée. J’en suis même ravie.
De temps en temps, j’entends encore quelques vagues potins se rapportant à qui a eu un enfant et qui a trouvé du boulot (ma mère, qui connaît bien mon aversion, d’autant qu’elle la ressent également, se fait une joie, quand nous nous disputons, de me parler de ces gueux de cousins qui EUX ont trouvé un emploi –ah lala quel effet cela peut produire sur moi, je ne vous le raconte pas, vous vous en doutez…Oui, cela me fait sourire- et s’en sortent mieux que moi dans la vie), mais j’ai l’impression qu’on me parle d’étrangers, et je prends les nouvelles avec le recul inhérent à leur statut.
Ce n’est pas une famille, c’est la contribution matérielle aux errances littéraires d’un autre temps.

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19.04.2008
Une maison, un lac placide, deux soeurs

J’avoue mes vices avec délices, comme d’autres avouent, d’un air faussement innocent masquant mal leur volonté de paraître, leurs qualités, du moins celles qu’ils croient posséder ; aussi aujourd’hui vais-je vous parler, un peu longuement, d’un petit film sur lequel je n’aurais pas misé un euro, et qui s’est au final avéré bien plus intéressant que mon préjugé ne me laissait penser.
Je suis une fille proprement usante, de celles qui adorent regarder des histoires d’épouvante, si possible avec moult fantômes et apparitions sordides, bon public devant l’Eternel, poussant ensuite de petits cris enthousiastes et sursautant en moindre gémissement sinueux et sirupeux, quand bien même elles s’attendaient, cinéphiles averties, au dit gémissement ou autre craquement. De celles qui s’obstinent, par je ne sais quel désir pervers et vaguement morbide, à se mettre en condition avant d’enclencher la lecture du dvd, je veux dire par là généralement la nuit, sous une couette chaude et bien rembourrée dont pas un cheveu ne dépasse, et si possible toute seule. De celles qui ont des cauchemars ensuite, rivalisant sans mal et sans faiblesse avec le pire conte qui soit, des visions étranges et des sursauts nocturnes, des yeux qui tressautent sous les paupières fermées, en membranes mouvantes.
On a les frayeurs que l’on mérite, il faut croire (petite allusion fort peu subtile au sketch ayant fait fureur ces dernières semaines, et qui ne vous a sans doute pas échappé, sketch qui n’est pas d’ailleurs d’une grande finesse mais dont quelques phrases font quand même mouche, et même plus.
Détendez-vous, je ne vais pas me lancer dans une analyse politico-chiante juste pour me donner du plaisir en vous énonçant fièrement et avec beaucoup de pédantisme mes cours de droit public.)

Partant de ce principe, il est bien évident pour tous mes lecteurs (j’aurais bien mis ce dernier terme au féminin, mais je ne voudrais en aucun cas décourager la venue du masculin en ces terres, sous peine d’être taxée de vieille-fille-aigrie-avec-son-plaid-et-son-chat-blanc, expression qui combine à merveille quelques unes de mes envies futures, mais nous serons d’accord sur ce fait, qu’il vaut mieux garder pour ça de crainte de voir sombrer mon image glamour dans des profondeurs abyssales. Vous avez le droit de respirer, après avoir lu d’une traite cette affreuse phrase d’une longueur défiant toute concurrence) que je connais presque par cœur les grands classiques du genre (sauf l’Exorciste, parce que l’Exorciste m’a collé une vraie peur absolument démentielle dont je ne me suis pas encore remise, je n’ai pas trop compris pourquoi d’ailleurs, mais ça c’est une autre histoire), notamment les derniers must du genre, en provenance directe d’Asie.
J’aime beaucoup l’Asie, et je n’ai pas la prétention de réduire sa culture, si hétérogène et si complexe par essence, à une série de films à connotation horrifique, cela va sans dire (au passage je ne me souviens plus si j’en ai déjà parlé – ça craint vu le degré de nouveauté de mon blog, enfin bref- mais j’ai beaucoup lu Pearl Buck, il faudra que je fasse un article dessus un de ces jours), mais il faut bien avouer que les réalisateurs ont un talent certain pour alpaguer le chaland, et lui coller de bonnes sueurs froides bien traumatisantes. D’ailleurs par principe je ne regarde pas les remakes américains, je trouve ça incivil et malpoli au possible de repondre le même film en changeant deux trois personnages et en les affublant de noms de famille type Smith, nonobstant le fait que la plupart du temps ils flinguent l’atmosphère du film puisqu’elle fait référence à des contes ou des histoires proches du folklore asiatique dont ils ne connaissent manifestement pas grand-chose.
C’est pour cette raison que l’an dernier, alors que je dépensais furieusement mon argent à la Fnac, j’ai acheté « Deux sœurs » sur un coup de tête, me souvenant dans un moment de parfaite lucidité que je devais aller le voir au cinéma mais que, comme à mon habitude, je n’avais pas trouvé quelques heures à libérer. Je m’attendais à un petit film sans prétention, diablement efficace, étrangement triste par ailleurs, dans la lignée des Ring et consorts du talentueux Hideo Nakata, qui depuis s’est fourré dans la panade en se mettant en tête qu’il fallait absolument une suite, et des préquelles, à son œuvre culte…Un peu comme les dents de la Mer, si on y pense (les images chocs qui m’empêchent depuis de nager à plus de 1m 60 de profondeur, et ce même dans une piscine. Admirez la grande névrose…)
Et bien, je me suis lamentablement trompée.
Enfin, non, pas tant que ça, il y a bien une histoire de fantôme là -dessous, quelques figures laides aux longs cheveux noirs et quelque peu désarticulées qui semblent prendre un malin plaisir à traînasser leur carcasse malingre un peu partout dans les recoins, mais ce n’est pas du tout le plus important, et d’ailleurs ce n’est même pas à proprement parler l’idée principale du film.
Non, il traite plutôt de l’amour fusionnel qui peut exister entre deux sœurs adolescentes, des traumatismes de l’enfance et des tenaillants remords qui peuvent, lentement mais sûrement, vous faire dépérir.
Tout commence dans un hôpital (début ultra classique) alors qu’une jeune fille, le visage mangé par ses cheveux (là aussi, on sent venir la grosse ficelle de la possession, du style le médecin va tourner la tête deux secondes pour sortir son calepin et quand il va se redresser il aura en face de lui une figure toute tordue par la rage, les yeux révulsés et la bouche ouverte sur un cri caverneux bien flippant mais ô combien cliché), raconte son histoire, ou tout du moins s’en souvient…

Son histoire est faite de silences et de hurlements, de visions évanescentes et d’une maison aux pièces assombries par le chagrin, d’une petite sœur dont un jour, elle a perdu la main…D’une mère qui, ne supportant pas la trahison de son époux et fragilisée par des maladies nerveuses et successives, s’est donné la mort ; d’une belle-mère trop jeune, trop avide de bien faire, qui bascule peu à peu dans l’hystérie et en vient à haïr les deux adolescentes, butées, silencieux symboles de désapprobation, larmes ravalées et sanglots éteints. D’un repas familial dégénérant dans une des scènes les plus marquantes du film, pendant laquelle l’une des convives, apparemment la tante, est prise de convulsions et essaie désespérément de retrouver un souffle qui lui manque de plus en plus, comme étouffée par la pesante moiteur des lieux.

Sans vouloir trop en raconter pour les personnes qui souhaitent un jour le voir, je ne peux m’avancer plus dans le résumé, de crainte de prémâcher le travail et de ne vous laisser que quelques miettes insipides ; en effet, c’est un film construit sans chronologie, du moins pas celle que l’on attend d’habitude, très peu linéaire, un peu brouillon même, dans lequel les pistes s’emmêlent et la réflexion se perd.
D’un conte d’épouvante et de fées malfaisantes, il tombe peu à peu dans l’introspection des personnages, l’étau se resserre autour d’eux et la maison, perdue au bord d’un lac aux eaux trop tranquilles, devient une scène où ils jouent un rôle qui ne leur appartient même plus ; les couleurs, claires, gaies, enfantines du début se salissent et prennent des teintes blêmes de rouges et de verts poussiéreux…Les images se suivent, mais ne se ressemblent pas, la fin semble en réalité devenir le commencement, le commencement la fin ; la violence rôde, sous-jaçente, jamais montrée, plus terrifiante encore dans son invisibilité…
Jusqu’à justement cette conclusion que l’on attend, les sens en éveil, conclusion qui donne un sens nouveau à tout ce drame, qui éclaire les zones d’ombres et nous fait monter les larmes aux yeux.
J’ai beaucoup aimé ce film, parce qu’il sort de façon intelligente des sentiers battus, parce qu’il joue habilement des codes classiques du genre Epouvante pour nous mener à une toute autre histoire, parce qu’il est aussi magnifiquement filmé, l’esthétique très travaillée (ah, ces jeux de lumières à la Barry Lyndon, ces glaces qui ne reflètent pas la réalité), parce que, si on ôte les rares moments de trouille pré adolescente, il est bien plus profond qu’on aurait pu penser de prime abord.
Il m’a fait penser à un livre écrit par Henry James, dont je regrette encore de n’avoir vu aucune adaptation qui lui corresponde vraiment « le Tour d’Ecrou », naviguant entre folie et tension…

20:29 Publié dans Critiques éhontées | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
13.04.2008
Recherchons la Nouvelle Star

Rassurez vous d’emblée sur la teneur du titre, je suis tout à fait consciente qu’avec lui je vais m’attirer, en plus de mon lectorat habituel que j’aime (remarquez la petite touche attendrissante d’affection matinale, si peu en adéquation avec mon caractère) une foule de djeuns slimés et braillards jouant du ukulélé et portant moult barrettes papillonesques sur mon blog, et cela m’amuse beaucoup.
Que voulez-vous je m’ennuie à périr sur ma dissertation concernant la responsabilité du Premier Ministre en ce beau dimanche matin fleurant bon le printemps, les bourgeons éclos sur les branches chétives de mon noisetier et les sourires complices de jeunes couples en devenir, alors je m’amuse d’un rien.
Objectivement la position du PM dans notre Constitution de 1958, surtout lorsque l’on observe la rupture franche entre le parlementarisme débridé des précédentes républiques et la grande rationalisation de la notre, et bien c’est fichtrement intéressant. Mais pas tout le temps quand même, et là voyez vous j’ai du mal à me concentrer, parce que je me suis mis en tête que pour ma sortie de samedi j’allais me dégotter une adorable robe blanche à dentelles aérienne, souple, qui me ferait enfin ressembler à la déesse que je suis, et que je ne l’ai pas encore trouvée, et ça m’angoisse beaucoup.
Donc mon esprit dérive des notes ô combien enrichissantes de Philippe Ardant sur la cohabitation, à la vision (améliorée, mais bon j’ai le droit de rêver quand même, non ?) de ma petite personne si fantastique, dans sa tenue sublime, voletant autour d’elle en pans de tissus gracieux, dans la brise légère d’un après midi décontracté…Je me collerais bien des baffes, mais je suis pour l’assistanat en ce moment, donc il faudrait que quelqu’un se dévoue, ce qui me donnerait l’occasion de criser un bon coup, d’évacuer et ce tout à la fois, le stress, la colère savamment et jalousement conservée dans mon esprit fatigué toute la semaine, et mes envies de glandouille.
Mais comme on n’a jamais ce qu’on veut dans ce bas monde…
Bref, où en étais-je ?
Ah oui, j’en étais au constat que je me suis fait ces derniers temps (oui, je discute aussi beaucoup avec moi-même, c’est un des traits les plus charmants de mon caractère, sur lequel nous reviendrons bien sûr dans le courant de ce blog) de la médiocrité des actrices françaises. Je sais, dénigrer son pays, surtout quand on aspire à faire partie de sa digne et si enviée fonction publique un jour prochain, c’est mal, c’est même vil, ça témoigne d’un mécontentement chronique et d’une inculture notoire, mais je le fais quand même parce que c’est mon espace de réflexion (des fois) et de détente (souvent) et que, jusqu’à preuve du contraire et nonobstant l’affaire Olivier Martinez, la liberté d’expression est encore un droit fondamental garanti et par la constitution, et par la CEDH.
Non mais.
Je sais aussi qu’il est de bon ton, surtout en ce moment, de se targuer de la nouvelle vague de nos actrices, représentatives du bon goût et de la classe française (classe dont il suffit d’ailleurs, pour se faire une idée, d’habiter comme moi en banlieue) : cependant après avoir tout de même vu pas mal de films français ou adaptations en tout genre style téléfilms Maupassantiens (sur lesquels nous reviendrons également), je ne peux en arriver qu’à cette triste conclusion.
Elles sont rares, aujourd’hui, les actrices qui exercent bien leur métier.
J’ai même cette impression, fortement ancré dans mon imaginaire personnel, qu’elles sont bien plus choisies sur leur physique que sur leur capacité réelle à faire passer de l’émotion à travers l’écran lumineux de notre boîte à images.
La nouvelle vague va nous submerger dans une totale médiocrité, vague déjà amorcée, à mon sens, par la notoriété imméritée de La Bellucci, comme tout le monde l’appelle, qui allie un physique magnifique à une remarquable incompétence concernant l’exercice de son métier (c’est bien simple pour moi elle n’a jamais su faire la différence entre la minauderie et le jeu, elle plombe littéralement chaque film dans lequel elle est présente).
Pour ceux ou celles qui tiennent à me laisser des messages enflammés sur ma jalousie dévorante et preuve irréfutable de l’immondice de mon physique, ça ira merci, je me contente très bien de ce que je suis et je ne suis justement pas en train de cracher à tout va sur tout ce qui s’apparente de près ou de loin à une femelle parce qu’elle est soit disant plus jolie que moi, je ne fais que constater.
Prenons un exemple ou deux : Laura Smet en première ligne. D’accord, en ce moment (ou du moins la dernière fois que j’ai eu un journal people entre les mains ce qui, je vous l’accorde, remonte maintenant à un certain temps), elle n’est pas très bien, elle déprime, et c’est assez vil, moralement parlant, de tirer sur elle à boulets rouges ; il n’empêche qu’elle joue très, très mal (et j’ai vu suffisamment de films avec elle pour savoir que ce n’est pas du à une mauvaise direction artistique) ; elle est incapable de s’approprier un rôle et son ton monocorde laisse l’impression amère qu’elle se contente d’ânonner son texte sans le comprendre. Alors oui, elle a des yeux magnifiques, oui elle est plutôt mignonne, mais de là à la voir apparaître tant de fois, dans tant de films différents, c’est vraiment se moquer du monde.
Idem pour la nouvelle coqueluche des Français, Alice Taglioni. Tout en jambes et en sourire carnassier, cette demoiselle, au visage que pour ma part je ne trouve que quelconque, mais qui semble ravir bon nombre de mes concitoyens, est absolument partout, assez pour qu’on en fasse une overdose quand, par un bienheureux concours de circonstances, on n’est pas touchés par la liesse générale.
D’autres figures encore, telle Louise Monot, adorable poupée aux traits mutins et aux longs cheveux d’ébène, que l’on peut notamment retrouver dans « prête moi ta main » (petit film sentimental sympathique et sans prétention aucune) ou dans les pubs bourgeois, qui semble traîner le même personnage de rôle en rôle sans jamais se départir de ses tics de langage et de son côté adolescente éternelle, ou la bien connue Ledoyen, dont je n’ai jamais réussi à savoir si elle était géniallissime ou complètement à côté de la plaque, un vrai mystère, j’hésite toujours entre ces deux tendances incompatibles.
La majeure partie du temps, je reste dubitative devant un talent tant vanté, dont je ne reconnais pas les signes avant coureurs, et qui me semble même absent ; bien sûr, c’est une question de ressenti et de goût, mais je ne peux m’empêcher de faire des comparaisons avec bon nombres de jeunes actrices américaines, comme Nathalie Portman, alliant une féminité racée à un jeu bien plus subtil, ou encore Kate Winslet, remarquable de justesse depuis Créatures Célestes, film abominable de cruauté féerique dans lequel elle irradie, aux côtés d’une Mélanie Lynskey trop oubliée à présent, sans doute parce qu’elle ne correspond pas aux canons standard du « bien comme il faut », et franchement je m’interroge sur la vacuité qui semble devenir l’apanage de nos acteurs de demain.
Si le cinéma français se porte aussi mal qu’on le dit, ce n’est peut être pas toujours de la faute des scénaristes, réalisateurs et consorts. Peut être que le talent est trop souvent bradé au profit d’autres critères qui ne devraient pas entrer en ligne de compte direct dans ce qui s’apparente, au fond, à l’art de l’émotion.
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01.03.2008
Les Raisins de l'Espoir

J’ai toujours énormément lu, depuis toute petite. Je ne reviendrais pas sur cet amour profond que j’éprouve pour la littérature, celle qui se joue des mots d’encre pour en faire naître des silhouettes évanescentes, dont les contours, peu à peu, se précisent au fil des pages. Celle qui tisse, sur la trame des histoires, des figures que l’on peine à quitter, des esprits qui s’éveillent et qui, en nous, prennent vie.
En littérature comme en tout, j’ai toujours trouvé qu’il était dommage de se limiter à un style particulier, l’écriture, la lecture, sont une des formes d’expression les plus nobles qu’il soit, dont l’intérêt majeur réside dans la diversité…Se cantonner à ne lire que certains auteurs, certaines Å“uvres, sous le couvert d’une pseudo culture qui cache bien mal son mépris, d’une certaine façon, conduit à fermer ses réflexions, à les parquer sévèrement dans un champ à l’horizon prédéterminé ; la vie est déjà bien assez empreinte d’interdits pour vouloir se priver soi-même. Câ















































