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30.05.2008

Bienvenue chez les Zola

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Aujourd’hui parlons peu, mais parlons bien.
Parlons de la famille.
 Si vous êtes propices à grincer des dents rien qu’en entendant ces quelques syllabes désuètes, rassurez-vous, vous n’êtes pas les seul(e)s ; si vous êtes fervents admirateurs de la cellule de crises existentielles et de gouffres de non-dits que représente souvent la dite famille, je vous conseille de le rester, car après tout vous devez bien avoir vos raisons, et vos choix ne regardent que vous. Mais vous avez tout de même le droit de lire le résumé qui va suivre, afin de prendre conscience de l’écart qui peut exister entre vous et moi, je ne suis pas une fille sectaire (bien que j’ai souvent, et à mon grand dam, l’image d’une « miss pète sec » en collants qui finira toute seule avec son chat Pluton –comme dans la nouvelle d’Edgar Allan Poe- ses manuscrits sans prix, ses lectures quotidiennes près de la cheminée crépitant joyeusement sur un fond musical des années de ma jeunesse, un fond odorant de soupe à la carotte et un plaid sur les genoux…Ca pourrait presque me déprimer mais en fait, j’aime bien la soupe à la carotte, j’ai toujours l’espoir vibrant qu’elle améliorera mon teint (complètement endoctrinée par ces magazines à la con)) Et j’aime les chats aussi, autant le dire)

Donc, avant de partir dans mes digressions coutumières, digressions avec leur nombre exponentiel de parenthèses qui font la joie de mes professeurs (et la mienne aussi quand je reçois mes résultats, mais ne parlons pas de malheurs, ça va aller, je suis assez poissarde comme ça), je disais, ou plutôt j’affirmais, que j’allais traiter de ce douloureux sujet que peut symboliser, de façon plus concrète, ma famille pestiférée.

Commençons par le commencement (han, cette phrase est absolument sublime de clichés. Je crois que je vais poser mon copyright dessus, la classe, et m’en resservir copieusement dans mes rédactions ultérieures, au moins si je me tape un 5 je comprendrais pourquoi). Je les appelle affectueusement les Zola (d’où le titre de folie qui couronne, tel un sceptre d’autorité, l’ensemble de cet article du jour) : pourquoi, oh mais pourquoi, me demanderez-vous, pris d’une frénésie de curiosité à la lecture de ma prose matinale des plus endiablées ? Et bien, tout simplement parce que chaque membre de cette famille, pris à part et éloigné deux secondes de son troupeau journalier, rassemble en lui les travers et les dérélictions des personnages du grand Emile (et quand je dis ça, ce n’est pas très gentil pour Zola, que j’affectionne beaucoup, comme j’ai déjà du le dire une bonne centaine de fois sur ce blog).
 Ils sont tous irrémédiablement tarés (au sens premier du terme, du mot tare. Pas fous, non, oh que non. Tarés), barrés, on les croirait tout droit sortis de mes livres préférés. Dans sa grande mansuétude, l’Architecte de notre monde a souhaité que je vois en long, en large (et surtout en travers) s’animer devant mes yeux les héros des nouvelles, clichés fleurant bon le misérabilisme, la mesquinerie et la malhonnêteté bon enfant : moi je dis, merci.
Certains pourraient me rétorquer que je ne devrais pas en être reconnaissante, mais au contraire vilipender ma mauvaise fortune, pleurer et m’arracher les cheveux devant le tombeau de mes illusions et de ma vie en bonne compagnie (sous entendu les soirées mondaines auxquelles j’aurais pu participer, avec coupe de champagne et petits fours au caviar sur son lit de groseille) ; mais ces gens-là n’ont aucune imagination : et pourquoi diantre me mettrais je à refuser le cadeau de la Divine Providence d’observer, un sourire en coin, les plus belles qualités d’âme des êtres humains, me servant ensuite énormément pour dessiner les traits de personnages de mes nouvelles ?
Et puisqu’on en est à ce stade là de la confidence, autant vous dire que je pourrais pondre un roman sur chaque membre, à quelques exceptions près (ceux qui sont encore à peu près « normaux », c’est dire)

Déjà, nous sommes nombreux. Quand je dis nombreux, c’est parce que je sais utiliser des bons termes au bon moment (et m’autocongratuler de façon psychotique, aussi, mais ce n’est pas le sujet d’aujourd’hui. Je parlerais de mes tendances névrotiques un autre jour) : du côté de ma mère, il y a eu 9 enfants.
Oui, 9 ; comme chez les D’Urberville (ah, Mon cher Thomas Hardy…), ce chiffre impair laisse présager de la quiétude qui devait régner dans la maisonnette quand tout ce petit monde était encore dans le bourgeon de l’âge, criailleries sans fin, adolescents turbulents et intenables. Pauvre petite Mamie, ton destin ne sera jamais le mien (vu ce que m’en narre ma mère, j’ai longtemps désiré ne pas avoir d’enfants, rien que pour ne pas revivre ce calvaire de la famille nombreuse qui ne peut se déplacer qu’un mini-bus, s’habiller de petites laines et manquer de tout un tas de trucs que les djeuns d’aujourd’hui considèrent comme essentiels- gel pour les cheveux, accessoires tendance, je ne vais pas vous faire l’affront d’en dresser une liste, il n’y a qu’à sortir dans la rue pour s’en rendre compte)

De ces 9 enfants aux caractères improbables, est issue une génération d’autres rejetons tout aussi désopilants (dont je fais partie, si vous avez bien suivi), ce qui fait qu’aux réunions familiales, nous étions confinés à l’étroit dans une maisonnette bourrée à craquer de marmots en grande tenue et de leurs parents en grande conversation potineuse. Ce tableau pourrait être des plus charmants, doux, j’ai envie de dire pastoral, car quand on songe aux termes « famille nombreuse », on a aussitôt en tête les images subliminales d’une Comtesse de Ségur laissant s’ébattre gaiement les fruits de ses entrailles dans un jardin fleuri, les fillettes tressant des guirlandes et les garçons courrant, de leurs petites jambes agiles et dodues, à la chasse aux papillons, le tout sous un fond musical de Mozart.
Et bien non, pas du tout.
Chez moi, c’est le mauvais goût affiché en permanence, les voix criardes, les sourires hypocrites et les histoires à n’en plus finir : des débauches de plats surplombant une table branlante qui menace à chaque secousse de s’effondrer sous les assauts des coups de fourchette, une façon de se nourrir proche, très proche, de la goujaterie (mes cousins tartinant le foie gras de première catégorie sur de longues tranches de pain comme s’il s’agissait de simples rillettes, j’en ai encore la larme à l’œil), un manque de classe (et de tact total), des conversations de haute volée consistant à critiquer un maximum de personnes en un minimum de temps et de la boisson alcoolisé en veux tu en voilà.
On quitte à regrets notre Comtesse pour s’acheminer gaiement vers le franchouillard typique.
Avec les fins de repas soigneusement disséquées dans des Tupperwares et l’une de mes tantes, radine jusqu’à la caricature, qui fait le tour de la table pour ramasser tout ce qui traîne et en faire ses repas du soir pendant un mois. Oui, elle le faisait aussi au restaurant, du temps de sa jeunesse.
O Joie.

Je sais bien que sous cette peinture rupestre, je laisse exposer à la vue de tous un snobisme que certains pourraient juger exacerbé, mais je vous rassure au cas où ce préjugé vous aurait effleuré l’esprit : je ne suis pas une fille bégueule, et je sais m’amuser. Je me sens juste très peu à mon aise dans une société pour qui lire est un sacerdoce, la télévision une déesse, et la télé réalité une preuve flagrante de l’existence d’un Telos. On s’enfonce alors inexorablement vers du Dickens mâtiné d’un soupçon de fiel à la Balzac.
Bon, ça c’était pour l’ambiance.
Dressons en quelques mots les héros de cette saga familiale, qui, j’en suis persuadée, sont de pire en pire à mesure que le temps passe. Comme il me reste encore un peu de cœur (ne souriez pas derrière votre écran de PC, je suis omnisciente ne l’oubliez pas), je ne vais que vous narrer les pires turpitudes, et garder sous silence les quelques dérapages involontaires et plus nuancés.575844673.jpg


1. Ma famille ne sait pas se tenir.
Ce premier point a, je pense, été suffisamment explicité ci-dessus. A chaque réunion, je me retrouve plongée chez Gervaise et Compagnie, il ne manque plus que l’alambic (et en plus ils lèvent le coude facilement)
A l’enterrement de mon grand père, ils étaient tous en train de pleurer (ce qui peut aisément se comprendre) mais avec la délicatesse qui les caractérisent, tels des veaux que l’on mène à l’abattoir, sans aucune considération pour la peine que cela pouvait causer à ma grand-mère, qui souffrait doublement de les voir si affaiblis, et malheureux. Deux heures après, lors du dîner qui a suivi (c’est quoi cette mode de taper la discussion devant des raviolis juste après l’incinération d’un défunt, d’ailleurs ?), ils riaient aux éclats, grassement, se claquant des grands coups dans l’épaule et affichant des mines réjouies qui cadraient mal avec leur prétendue tristesse précédente. On se serait crûs à un anniversaire.
Déplacés, toujours déplacés.

2. Ma famille escroque ma Grand-mère.
Leur propre maman. La personne qui les a élevés à la sueur de son front (9 gamins, je vous rappelle), dont toute la vie se base sur l’existence de ses petits, leurs joies, leurs petits chagrins…Moi cela ne me fait pas rire du tout, cela me plonge dans une colère noire, contre elle qui se laisse faire avec innocence et se retrouve dans l’incapacité majeure d’ouvrir les yeux, contre eux, exploitant sans vergogne la vieillesse et la gentillesse comme s’il s’agissait de faiblesses inhérentes à sa nature (ce qui est le cas) et hautement productives (ce qui est répugnant).
Ma grand-mère avait une maison de campagne à laquelle elle tenait, parce qu’elle y a passé toutes ses vacances, que ses souvenirs y restent accrochés en banderoles de bienvenue et qu’elle y revoit ses jeunes années défiler en une danse mutine : l’un de mes oncles, magouilleur de son état, toujours prompt à ruser tel le renard attendant sa nouvelle proie, et fier comme un paon avec ça (la fierté sans l’intelligence, vous n’imaginez pas comme c’est ridicule), a proposé de lui racheter. Mais attention, pas à son prix normal, voyons.
A perte.
Genre la moitié de sa valeur réelle.
En lui proposant l’usufruit (grosse pommade bien grasse pour faire passer le tout)
A sa maman.

Si vous n’êtes pas indignés par le dit procédé, c’est que nous n’avons décidément pas les mêmes valeurs.
Enfin, passons à l’étape ultime : il lui a fait utiliser les sousous dans la popoche (référence ultime aux Inconnus, qui savent très bien jouer les beaufs) qu’elle avait touchés de la dite vente pour payer des réparations dans sa maison en ville ; maison qui ne lui appartient pas, mais qui est la propriété de ses enfants. En gros, elle paye les réparations d’un truc qui n’est même pas à elle. J’ai failli exploser de rage quand j’ai appris ça.
Et ma grand-mère, qui ne voit jamais le mal nulle part (trop bonne, trop…), ne s’en plaint même pas. Pas plus qu’elle ne se plaint lorsqu’ils viennent la voir en bande, avec tout leurs mioches et leurs bruits divers et variés, le samedi, alors qu’elle est vieille, malade et qu’elle n’a qu’une seule envie : celle d’avoir un peu de paix, et de tranquillité.
Leur dernière marotte ?
L’une de mes tantes lui a pris son congélo, soit disant parce qu’il a la taille idéale pour son appartement, en lui promettant de lui en offrir un nouveau. Ca date d’il y a 4 ans.

3. Ma famille a son lot de problèmes hésitant entre Les Feux de l’Amour et la tragédie Shakespearienne.
Je ne compte plus le nombre d’entre eux qui sont atteints de radinerie aigue, jusqu’à avoir mendié de saucer le plat des autres à la cantine quand ils étaient jeunes (anecdote véridique, ça vous pose le décor, pas vrai ?), ou de beauferie intensive (grosses voitures, musique de barbares et klaxons en 9ème symphonie, un délice de chaque instant).
Mais certains sont en sus de toutes les qualités précitées hautement psychotiques : l’une de mes tantes est, par exemple, l’image vibrante de la mythomanie au summum de sa forme ; elle raconte à tout va des histoires qui sortent de sa tête (à sa décharge, il faut lui reconnaître une imagination débordante et un sens du détail hors du commun), dans lesquelles elle se transforme le plus souvent en un mélange de Cosette et de la Petite Fille Aux Allumettes de Andersen, battue, mal vêtue, courrant pieds nus dans les rues, exploitée de tous. Du coup, ça crée des tensions absolument démentielles entre elle, ses amis (qui n’ont pas encore compris qu’elle inventait la majeure partie de sa vie au lieu de la vivre) et la famille, elle fait passer sa mère pour une marâtre assoiffée de sang et d’argent, elle se complait dans le sordide et le graveleux, bref, une mine de pétrole pour n’importe quel psychologue venu.
Elle a boudé ma mère pendant des années parce qu’elle attendait son troisième enfant (ma petite sœur) alors que soi-disant ma mère lui aurait promis qu’elle s’arrêterait à deux : et je vous le demande, dans quel contexte ma mère aurait elle pu faire une promesse aussi débile ?
Ne répondez pas, je sais.
Dans ses rêves.

L’autre est un fou de la route, qui compense les malheurs de sa vie par une conduite irresponsable qui a mené une famille entière dans la tombe. Et vous croyez qu’il en aurait des remords ?
Le seul remords qu’il peut ressentir, c’est d’avoir été condamné pour cet état de fait.
Rien qu’en écrivant ces quelques mots, j’ai honte pour lui.


Le côté positif des choses, c’est que, dès que j’ai commencé à saturer gravement des sacs de nœuds vipérins que constituait ma famille, j’ai mis le holà. Comme je ne suis pas du genre à mâcher mes mots, mais qu’un semblant de bonne éducation me retient toutefois de lâcher tout ce que j’ai sur le cœur, j’ai tout bonnement cessé de les fréquenter, ce qui m’a valu les foudres de leurs langues agiles et de leurs esprits des plus délicats, l’ire et tout le tintouin.
Mais bon, n’en étant pas à ça près et habituée à me faire considérer comme une « madame je sais tout je me la pète », cela ne me cause absolument aucune souffrance paradoxale ou bien cachée. J’en suis même ravie.
De temps en temps, j’entends encore quelques vagues potins se rapportant à qui a eu un enfant et qui a trouvé du boulot (ma mère, qui connaît bien mon aversion, d’autant qu’elle la ressent également, se fait une joie, quand nous nous disputons, de me parler de ces gueux de cousins qui EUX ont trouvé un emploi –ah lala quel effet cela peut produire sur moi, je ne vous le raconte pas, vous vous en doutez…Oui, cela me fait sourire- et s’en sortent mieux que moi dans la vie), mais j’ai l’impression qu’on me parle d’étrangers, et je prends les nouvelles avec le recul inhérent à leur statut.
Ce n’est pas une famille, c’est la contribution matérielle aux errances littéraires d’un autre temps.

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25.05.2008

Falaise

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Tu n’as jamais été la plus douce de la Terre, parce que la douceur, tu la juges un brin désuète, trop sentimentale, et de la sentimentalité à la mièvrerie, il n’y a souvent qu’un pas, que d’autres franchissent allègrement, mais que toi, tu ne feras jamais. Un peu comme moi, en fait. Ou peut être est ce que nos ressemblances, si fragiles de prime abord, se rongent plus solidement en nous, insidieuses, racines suintantes de mots brisés et d’escarmouches futiles, qu’on ne le croit.
Peut être aussi qu’à force de se sourire en face d’un miroir, la glace, aux contours mousseux des pluies de mon hiver, ne nous renvoie plus que les échos des fossettes que nous partageons, sans vraiment s’en rendre compte.
Mais je connais chacun de tes gestes, chacun de tes regards, chacune des expressions qui glissent sur ton visage éternellement jeune, dans ces iris verts que je t’ai toujours enviés, et le froissement des paupières aux membranes translucides, quand quelque chose t’atteint, et te meurtrit sourdement, sans qu’il n’y paraisse jamais rien.
Mon roc, aussi solide que coupante, les arêtes qui tranchent dans le vif et blessent, quand on tente de s’y accrocher, pour ne pas se noyer, et l’eau qui monte, et monte toujours, l’écume aveuglante et salée. Les aspérités font mal, parce qu’elles déchirent les illusions et les trames de soie des rêveries trop délicates, mais elles servent aussi, parce qu’elles sont les prises où le corps peut s’ancrer.
Tes mots, durs, forment des jalons qui m’ont parfois empêchée de tomber.

Beaucoup de souffrances, et beaucoup de passé, qui s’entremêlent en toi, tissent un cocon de fer où tu t’es débattue, fière silhouette, menue jusqu’à l’inconscience, l’insoupçonnable, l’impardonnable. Cette immense terreur lorsque je t’ai vue pleurer, pour la première fois.
Parce que ça pleure, les gens comme toi ?
Tes larmes m’ont fait grandir, plus que ne l’avaient jamais fait tes sourires.
Parce que ça s’érode, une falaise ?
Oui, mais les falaises sont des équilibres chancelants, au bord du rien, des funambules de terre aux senteurs d’herbe détrempée, qui jonglent avec le vide, qui se dressent aux vents qui les giflent, mais dont les dernières fleurs, parfois, frémissent sous les morsures du temps, de l’absence, et de l’amour.

Parce que je t’aime malgré tout.
 Ce n’est pas tant mon reflet que j’aime en toi, mais c’est ce qui nous différencie, les bras qui, loin de toute littérature rose et poudrée, ne forment ni un refuge ouaté, ni une parenthèse en sursis, mais sont là, tout simplement, et le seront toujours. Et peu m’importe que les mains soient un peu sèches, les caresses un peu hésitantes, les mouvements qui n’osent pas, ou osent si peu, les paroles amères et les vérités difficiles à manier, les maladresses et les remords.
Il y a juste ton nez qui se fronce, ou cette légère pulsation sur ta tempe droite, là où le noir de tes cheveux rejoint en accroche coeur une petite veine bleutée, et les quelques rides éparses autour des yeux comme des chemins de tes rires hauts perchés, et je me sens heureuse.

Alors oui c’est commercial, et tu t’en moques, parce que tu n’es pas comme toutes ces mères pour qui certains jours sont sacrés, et leur oubli impardonnable ; parce que ça ne signifie rien, ni pour toi, ni pour moi. Mais je voulais juste le noter, dans un coin de mon esprit.
Parce que je n’ai jamais encore rencontré quelqu’un que j’aime comme toi.
Même si je ne le dis pas.

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20.05.2008

Le sens du contact

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Le toucher.
L’un de nos cinq sens, celui qui fait partie inhérente de la nature humaine ; la preuve d’une interaction sociale primaire, de la caresse en ailes fugaces à la gifle retentissante, de l’émotion indicible des premières fois au contact épidermique de deux êtres. L’appréhension d’un univers de plus en plus concret, solidement ancré dans la réalité, dans nos veines et nos esprits, dans nos corps et notre compréhension du monde. Palpable jusqu’à l’infiniment impalpable, dont on ne parle jamais. Ou dont on parle moins.
L’un des cinq sens qui me fait cruellement défaut, en réalité. Cruellement, parce qu’il me coupe souvent de ce qui m’entoure, dans une gangue de velours un peu élimé, qui se resserre, et se resserre si vite, que j’en perds aisément le souffle, le rythme et la respiration, entrecoupée et sourde.

Nous vivons dans le tactile, il est inutile de le nier. Les barrières des siècles passés, les corsets inconfortables compressant les corps et les pensées vagabondes dans des cercles de fer ciselés, les conventions sociales d’un autre temps, se sont amenuisées jusqu’à n’être plus qu’un vain drapeau aux contours flous que l’on agite de temps en temps, par crainte de sombrer dans le n’importe quoi. Les gens se câlinent, s’embrassent, se congratulent, s’enferment dans des étreintes excluant le reste du monde, créant une bulle cristalline entre deux mains aux doigts enlacés. La tendresse passe souvent par ce qui est visible, et ostensiblement visible.

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Pourquoi je vous parle de tout ça, me demanderez-vous ?
Tout simplement parce que, il faut bien me l’avouer, je ne suis pas de ce genre là.
Et parfois, je me sens complètement, totalement, irrémédiablement différente.
Je déteste que l’on me touche. J’irais même jusqu’à dire que je l’ai en horreur, et cette haine se déclare autant pour les minauderies agaçantes des copines qui tortillent mon corsage ou mes cheveux aux embrassades de soirée…Ou aux petits amis envahissants qui vous prennent la main tout le temps, ne peuvent pas s’empêcher de vous tripoter ou de passer un bras autour de vous, d’affirmer leur possession ou de vous prouver qu’ils vous aiment, ou pensent à vous, bref la panoplie habituelle des histoires d’amour.
Ce n’est pas que je sois snob, élitiste, je crois même en être très loin.
Mais j’ai beaucoup de mal avec les bisous, les roucoulades, les manifestations d’affection. Le toucher, les yeux de chair d’un aveugle, les parois d’une caverne que l’on sent à travers la paume de ses mains, n’est pas mon sens de prédilection.
Je ne suis pas une fille très tendre, en réalité. J’en suis doublement consciente, d’ailleurs ; j’aime à penser que, peu à peu, je m’apprivoise et me découvre, apprends à m’apprendre, suivant l’enseignement d’illustres philosophes antiques souvent centrés sur le moi intérieur dans l’optique (écartée de tout nombrilisme) de mieux percevoir le monde à travers un regard décillé…Je connais mes défauts, et je les assume, je les mets en scène avec autant de bonheur, si ce n’est plus, que mes propres qualités. Et si j’avais la prétention de m’illusionner sur moi-même, mes amourettes, et les quelques représentants de la race masculine ayant jalonné mon existence, auraient  tôt fait de me remettre sur la voie.

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On me reproche cette insatiable froideur apparente, cette insensibilité notoire, ce rejet quasi perpétuelle de toute marque d’attention et de contacts ; on me dit impalpable, difficile à cerner, étrange. On m’a même surnommée « l’anguille » il y a quelques années, celle qui glisse entre les mains et s’enfuit dans un chuintement ténu, celle que l’on croit tenir mais qui s’évade, le serpent ne cessant de muer et de semer ses anciennes peaux comme autant d’expériences achevées, les écailles adoucies sous la morsure d’un sang qui ne se réchauffe jamais.
Jusqu’à ce que je cesse brutalement de rechercher une histoire qui, de toute évidence, finira mal, filament acéré reliant deux personnes en opposition perpétuelle.
Et quelque part, cela me blesse un peu, bien que je fasse semblant de n’en être pas touchée, puisque c’est bien connu, rien ne peut m’atteindre. Je me tais, et je fais comme si, mais ce comme si obstrue parfois ma gorge et prend de l’ampleur jusqu’à finalement meurtrir mes lèvres, où les mots se nécrosent et la parole s’éteint, de crainte de donner raison à ceux qui finalement, ne me comprennent pas si bien que ça.

C’est ce constat amer que pour bien des gens, la tendresse et l’amour passent automatiquement par des codes perpétuellement réutilisés, des feuillets maculés de traces de doigts, de modes d’emploi comme si chaque personne réagissait de façon Pavlovienne à des stimuli quelconques, qui m’a inspiré ce petit billet un peu mélancolique.
Le toucher est un sens, mais l’esprit, s’il n’est pas catalogué comme le fondateur de toute relation humaine, en est pour moi le fil directeur, le marionnettiste dont dépendent tous les autres.
Et j’en ai un peu assez que, sous le fallacieux prétexte que je ne suis pas tendre, on en conclut benoitement que je suis inhumaine.

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19.05.2008

L'Enfer personnel: breveté Elea

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Et voilà, cela fait bien longtemps que je n’ai pas posté d’articles relatant les péripéties de ma vie trépidante (je voulais dire fascinante mais c’est malheureusement copyright Penelope), ni répondu à vos commentaires, ni écrit sur vos blogs respectifs (que je lis toujours, ceci étant. Cela m’apaise, et franchement en ce moment j’en ai bien besoin)
Bien sûr comme je vous l’avais déjà énoncé, cet état de fait (j’emploie des termes juridiques dont, sans m’en rendre forcément compte au premier abord, je parsème absolument tout ce que j’écris en ce moment, ce qui devrait vous mettre la puce à l’oreille) se résume à deux choses : examens imminents d’une part, et dossiers à remplir de l’autre.
Je ne sais pas si vous êtes vous aussi (et là je vous bénirais, parce que nous pourrions pleurnicher ensemble sur l’incroyable complexité de la chose, qui au surplus se révèle infiniment pénible) plongées dans les affres des inscriptions de master 2 (je ne vais pas faire la difficile, je vous autorise même à ne pas demander un M2 de droit), mais les Dieux de l’Olympe me sont témoins que j’ai failli craquer plus d’une fois au cours de ce long, trèèèès long, week end, émaillés de réflexions de mes parents sur le pourquoi du comment du financement de mon départ pour des facs aussi lointaines que Montpellier et Toulouse.

Pourquoi, oh mais pourquoi,  vous demandez-vous à la lecture de ces quelques mots si judicieusement employés pour vous donner envie de lire la suite (parce que l’autosatisfaction est la pierre angulaire de ma future réussite et de ma prise de confiance en mon moi intérieur des plus florissants et schizophrénique) ?
Parce que, par crainte de me voir refusée dans toutes les facs de Paris consécutivement à un dossier plus que moyen (j’ai l’espoir tout de même que, venant d’une université plutôt cotée, les responsables des formations se rendent compte qu’entre des notes excellentes dans une fac quelconque et des résultats limites dans une autre, en général surtout connue pour la difficulté de ses examens et la sévérité de ses professeurs, il n’y a pas une si grande différence), je postule absolument partout. Je veux dire par là, dans toute la France.
Et oui.
Oui mais voilà, faire plus de 15 dossiers quand on est par ailleurs sur le point de passer son premier examen du second semestre, avec du recul ce n’est pas le choix le plus judicieux pour lequel j’ai opté. Ainsi samedi, je me suis retrouvée dans la douloureuse situation de devoir jongler entre le tas de photocopies de diplômes en tout genre, de carte d’identité et de que sais je encore, mes classeurs de fiches et ma panique à l’idée que je ne disposais pas de tous les éléments pour finir mes dossiers. Or, et là je reconnais le sadisme latent de l’administration, sur chaque feuille d’inscription se retrouve notée en rouge et soulignée 12 fois la diabolique phrase du « toute demande non assortie des documents annexes ne sera pas EXAMINEE ».
Le rêve parfait pour toute névrosée.
Parfait pour moi, oui, surtout.

Surtout qu’aucune fac, bien sûr, ne demande les mêmes choses.
Donc, vous imaginez aisément le tableau des plus délicieux : l’une exigeant une préinscription sur le net avec un numéro de candidature et tout le fatras derrière (ça devient plus intéressant quand, en plein milieu de la dite préinscription, votre Wifi vous laisse abominablement tomber sans préavis), l’autre des formats d’enveloppe dont jamais de ma vie je n’avais entendu parler, avec qui plus est des timbres bizarres (2.97 euros, pas 3, hein ?), une troisième vos notes de toutes les années post bac (et comme j’ai effectivement débuté d’autres études avant le droit, non diplômantes puis que la première année n’était qu’une préparation de concours, il va falloir que j’aille chercher un relevé de notes du concours précité à l’autre bout de Paris, en espérant qu’ils l’ait conservé), la quatrième un extrait d’acte de naissance (et pour quoi faire, Grands Dieux ??)…

J’ai bien dû vérifier 10 fois chaque dossier, compter le nombre d’enveloppes requises, les chèques et le montant, ma lettre de motivation (que j’ai pris le soin, contrairement à des amies dont je tairais le nom, de personnaliser pour chaque demande, si possible avec le nom des responsables de la formation proposée) ; j’en étais presque réduite à rouvrir le dossier une fois scellé, me retournant dans mon lit en psychotant allègrement sur comment j’allais me débrouiller si mon ancienne fac n’avait plus de traces de mon passage, sur quel sujet j’allais tomber pour l’examen de droit constitutionnel et si j’allais suivre la tendance du moment, à savoir la hausse subliminale de mes notes alors que, étrangement, j’avais moins travaillé que les autres fois.

Ma note est un brin confuse et j’en suis bien consciente. Mais finalement, elle reflète fort bien mon état d’esprit actuel.
La dernière fois que j’ai eu un ami au téléphone je n’ai fait que parler de mes études pendant une demi heure, avant de me souvenir que l’ami en question n’était pas en droit et donc par extension qu’il se moquait un peu du projet Balladur et de la réforme constitutionnelle, de la jurisprudence de la cour de Cassation concernant le droit à la concurrence et de la philosophie tirée de Montesquieu.
La preuve que c’est un véritable ami ?
Il ne m’a même pas fait remarqué à quel point j’étais pénible. Et ça, ça mérite toute mon affection.
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14.05.2008

De la mode, des rêves et du rien

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Je pense l’avoir déjà fait remarqué au cours de mes divers articles sur ce blog, mais je ne peux résister à l’envie de vous en reparler (j’ai des côtés quelque peu monomaniaques, autant l’avouer tout de suite, et cet auto diagnostic me satisfait grandement par ailleurs, tant je parviens, par un détour spirituel alambiqué, à m’illusionner en pensant que cela fait partie de mon charme. On fait ce qu’on peut avec ce qu’on a, n’est ce pas) : j’ai une immense passion pour la littérature fantasque.

Je n’utilise que rarement le terme « fantastique » ou même « fantasy », si ce n’est en les auréolant d’un nominatif plus élaboré, tant ils me semblent à la fois réducteurs et peu explicites ; on associe bien souvent la fantasy au merveilleux pour enfants, aux guerres sanguinaires entre races étrangères, aux oreilles pointues et aux canines surdéveloppées, sur fond de clichés éculés jusqu’à la trame, aux relents Tolkienesques plus ou moins assumés. De même, le fantastique fait aussitôt songer à du King (l’horrifique penchant un brin malsain qui gouverne nos nuits les plus hantées, l’imagerie débordante de descriptions tournant, dans ses derniers romans, au grandiloquent réchauffé, mais qu’importe, l’efficacité avant tout), à du Anne Rice, bref on ne sait pas trop où caser certains récits qui, aussitôt qu’ils apparaissent prédisposés à inclure dans leurs mots soigneusement déliés d’encre des révoltes d’imagination ou d’étrange, se voient cloitrés dans des tiroirs huilés où viennent périr  petit à petit les plus grandes traces de leur originalité. La science fiction a rarement meilleure presse, dernier refuge des rêveurs de notre monde, incursion faible, fragile, dans le sérieux et le compliqué d’une littérature de divertissement, de romans écornés décryptés par une troupe d’adolescents prépubères à lunettes près de leur ordinateur ronronnant faiblement ; le bastion des geeks, la flamme des timides, le refus des autres d’un conventionnel de bon aloi.

J’aime le fantasque parce qu’il est tout, tout en étant rien. Parce qu’il se joue des codes, des lois et des règles, parce qu’il s’émancipe des principes établis d’une conclusion, d’une fin et d’un début de roman, d’histoire et d’existence ; parce que l’imagination n’est pas, et n’a jamais été, la parenthèse délicate de personnalités en retrait, mais le moteur d’un univers qui sinon, tournerait fatalement à vide, arcanes après arcanes, rouages enchevêtrés perclus des rhumatismes ronflants de notre époque, mousse verdâtre et moisissures recouvrant d’années en années nos petites pensées étriquées, dans cet immense sommeil des consciences et de l’esprit. J
’aime ce qui me pousse à réfléchir, à penser par moi-même, à me poser en questionnements successifs, ce qui renverse les schémas pour en bâtir de nouveaux. J’aime être surprise.

Je ne suis jamais autant déçue que quand un auteur, dès lors qu’il acquière une certaine notoriété, se met en tête de nous inculquer ses méthodes de travail, brisant le lien tacite tissé entre lui et chaque lecteur, ce lien fait d’émotions indicibles et d’un travail d’analyse qui nous est propre, parce qu’il décode son univers, qu’il en tend les clés comme il le ferait d’une vieille masure abandonnée, brutalement prise dans la lumière brutale de réverbères trop puissants , les zones d’ombre, propices à l’émerveillement à l’enthousiasme délirant des interprétations et des songes langoureux, balayées en quelques minutes ; pire encore, fleurissent actuellement sur le marché des manuels d’écriture, souvent rédigés par les mêmes illustres romanciers, aux titres racoleurs qui me font souvent fuir, tels que «  Comment écrire de la fantasy », « comment être publié dans le milieu adéquat », « mes secrets d’écrivain » et autres joyeusetés du même acabit. Et encore, je ne parle pas des mêmes ouvrages des maisons d’éditions spécialisées, titillant la pensée, existant en chaque lecteur un tant soit peu investi, d’être un jour reconnu, sous l’appellation sordide « devenez les auteurs de demain ».

Auteurs…Mais auteurs de quoi ?

Pas n’importe quel auteur, oh que non. Pas auteurs de nos mondes assumés, d’univers flamboyants et de nuits volontairement elliptiques, de glaces intemporelles où surnagent en contrebas des silhouettes troubles. Auteurs de règles bien appliquées, d’une frénésie de mots contrebalancée par l’idéal d’un lectorat boulimique, sans distinction entre élégance, recherche et sensations ?
Encadrer l’irréel par le réel, avouez qu’il y a de quoi frémir.
S’il existait des codes aussi savants, des plans qu’il faut théoriser puis mettre en pratique, tout le monde pourrait écrire du fantasque, du baroque, certes, et cela contribuerait peut être à renforcer la contemplation narcissique de notre intelligence humaine. Mais comme le dirait Tocqueville, avec une justesse d’analyse que je lui envierais toujours un peu, se ravaler tous au même niveau,  c’est éteindre toute flamme qui pourrait surélever le débat, ou son alter égo négative, et plonger dans les méandres de la médiocrité, mais d’une médiocrité voulue, souhaitée. C’est un peu tous nous condamner au consensualisme primaire.
On ne peut pas prétendre comprendre la façon d’écrire de quelqu’un comme une équation mathématique : ce n’est qu’une vaste fumisterie commerciale, et, au pire, un mensonge sordide dont nous ne sortirons jamais vainqueurs.
Tout le monde peut écrire, mais tout le monde ne peut pas le faire bien.
Et qu’est ce que ce bien, si ce n’est notre propre accointance avec l’auteur, la mise en commun de pensées et de sensations, ce bien qui sera différent pour chacun, parce que, tout bêtement, personne ne nous ressemble et qu’heureusement encore, nous ne ressemblons à personne.

Le concept de masse se répand comme une trainée de poudre facile à enflammer, éclairant quelque temps des chemins aux dalles disjointes d’avoir été tant traversées,  mais il est aisé à contrebalancer, si on s’en donne les moyens.
Imaginer que l’on puisse croire à l’imitation sans surprise de quelques auteurs, afin de devenir célèbre, d’acquérir aisément une petite auréole de gloire bien ternie par le manque d’audace et d’innovation, c’est une poudre de perlimpinpin qui ne devrait en aucun cas tromper  une personne avertie.
C’est aussi, et en cela apparait beaucoup plus pernicieux, prendre le lectorat pour des imbéciles notoires, prêts à engloutir voracement sans une once du recul préalable à la compréhension  d’un texte, des mots et des phrases, des phases d’action trépidantes aux descriptions formatées, des combats sanglants aux éternelles amours sous la lune…Bien sûr, on pourrait me reprocher ce plaidoyer aux atours élitistes, mais je n’ai jamais pu comprendre le plaisir que l’on pouvait éprouver à faciliter la tâche au lecteur, lui dicter, avec le maximum de jalons, la route et l’émotion à surmonter à certains moments cruciaux.
La littérature est un art, et comme tout art elle doit entraîner critiques, discussions et échanges d’idées, paroles vibrantes et sensibilité à fleur de peau. Je la vois mal cloitrée entre des barrières solides que quelques écrivaillons du dimanche et éditeurs peu scrupuleux auraient fait grandir comme du lierre étouffant toute créativité.
On respire mal sous le conditionnement interne d’univers engloutis, nécrosés avant même d’avoir pu s’exprimer et dérouler leurs racines profondes.

Tout comme les manuels à l’usage des futurs prix Hugo et Nebula  (« comment attirer le lecteur dans un monde crédible que l’on aura envie d’explorer », quelle plaisanterie), il n’y a rien de plus horripilant, à mon sens, que les adaptations cinématographiques, à la sauvette, de romans « fantastiques » ayant fait leur preuve dans le box office des lecteurs assoiffés. Je ne dis pas qu’elles sont toutes mauvaises, et je suis assez bonne cliente de ce type de films, ne serait ce que par amour de la contradiction ; mais force est de constater que, comme dans le domaine littéraire, on ne prend que rarement en compte les histoires complexes et enrichissantes, préférant à la complication des récits simples (sinon simplistes) et surtout répondant à des codes précis sans lesquels on présuppose que le spectateur crétin aura tôt fait de se perdre. Ou alors, pour prendre l’exemple récent des très bons romans (ce n’est qu’une approche subjective de la chose, vous avez parfaitement le droit de ne pas être d’accord avec moi, bien au contraire j’aime beaucoup débattre ;)) de Philip Pulmann, on en ôte soigneusement tout embellissement culturel, toute profondeur sous jacente, comme d’atours somptueux mais diablement encombrants, pour n’en tirer qu’une substance d’émerveillement pictural aux pages vidées, et vides.
La mode, éternel recommencement, éternel questionnement, a fait sortir la fantasy de l’anonymat des Conan, des cuisses musclées et des donzelles à sauver de dragons vengeurs : de série B, nous passons aux films, mais il ne faut pas de longues séances temporelles pour se rendre compte que le fond n’en a pas changé d’un iota : et je trouve ça terriblement triste.
Triste de donner ainsi les parfaites réponses, et qui plus est positives, aux détracteurs de l’imaginaire prétendant qu’il n’est en réalité qu’un échappatoire grandiloquent et naïf à notre monde désenchanté, une approche sommaire de quelques enfants attardés.
Triste de constater que la conformité prime aussi dans ce domaine, qui devrait, et surtout celui là, privilégier l’air frais et les envolées nouvelles de rêves sans cesse réitérés, sans cesse différents.

Et de constater que notre fantastique à la française, sauf quelques trop rares exceptions, s’englue inexorablement dans le rien. Nietzsche prétendait que l’on ne peut se sortir de la déprime du genre humain que par l’art, que par l’élan individuel vers un au-delà d’images, de sons et de couleurs.
Seulement si cet au-delà s’enferme lui aussi dans les limites déjà apposées autour du « réel », je vois difficilement la sortie de la Caverne…

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13.05.2008

Le Dialogue Fantasque

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Bon, il faut que nous parlions sérieusement de notre relation.

Oui, ce n’est pas la peine de commencer à esquiver la discussion, à lancer des appels subliminaux à ma bonté, ou à un soudain accès de mansuétude qui pourrait brutalement annihiler toute velléité de révolte…Tu sais bien qu’en ce moment, cela ne va plus très fort entre nous, sans te faire de dessin aucun. Réagissons en adultes, et puisque tu me dénies ce droit à la maturité, laisse-moi au moins t’exprimer mes griefs, mes rancoeurs et cette exaspération sourde qui me tenaille, jour après jour ; bien que tu sembles y attacher encore une importance fondamentale, le temps de l’adolescence est loin derrière nous.

Qu’est ce qui se passe alors ? Qu’est ce qui te prend, enfin ? Est-ce que c’est cet élan vers l’été qui te pousse dans tes derniers retranchements et te rend si fragile, si nerveuse, si changeante, d’humeur et de forme, de couleur et de teinte? Je suis pourtant attentive à la moindre de tes mouvances, à l’écoute de la moindre de tes plaintes, sans presque un instant de répit, et, vois-tu, je rêve de ces moments où je pourrais me reposer tranquillement sans que tu viennes, en catimini, compliquer les choses plus qu’elles ne le sont déjà.

Je te bichonne avec tendresse, nul n’aura jamais le geste plus doux que moi. J’ose à peine le formuler à mi-voix, mais je suis rarement plus câline qu’avec toi. Chaque matin, chaque soir, je t’observe, te scrute, te protège.

Je mitonne de bons petits plats à base de vitamines, d’oranges et de tomates, des salades pleines de fantaisie et des desserts gourmands de minéraux, je te propose des litres d’eau, la chaleur réconfortante d’un thé vert et la pétillante senteur de menthe ; parfois, je pousse même l’amour jusqu’à t’offrir un jus de citron dans un verre d’eau chaude, parce que c’est tout simplement bon pour toi. Ah non, ne viens pas me dire que tu trouves ça trop acide, nous en avons déjà parlé, tu te rappelles ?

Je dépense mon argent, j’irais même jusqu’à dire que je me ruine, en achats qui te sont destinés. Autant de boîtes féminines, de rubans disparates et de saveurs crémeuses, cela devrait te remonter le moral, je te trouve bien exigeante, tout de même. Et passons outre les massages quotidiens, rien que d’y penser, cela me donne le tournis.
Comment ça ce n’est pas suffisant ?
Tu deviens terrible, tu sais. Je crois que je t’ai trop gâtée, voilà où se situe le problème ; j’aurais été moins soigneuse, moins pointilleuse, tu te serais béatement contentée de ce que tu avais déjà. Quand je te disais que tu es une éternelle ado…
Et les gommages que tu oublies, le dimanche soir ? Et les masques au thym, les huiles essentielles, les liqueurs ambrées et nectars de fleurs ?

Ecoute, c’est simple. Je voudrais juste que tu arrêtes tes crises cyclothymiques, tes angoisses perpétuelles, ta mauvaise volonté, tes bouderies.
Faisons une petite trêve, parce que tu commences sérieusement à me lasser.
Ce n’est pas parce que tu fais partie de moi que je suis obligée de tout accepter, non plus.
Sale peau…

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12.05.2008

De bon voisinage

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De retour chez moi pour le week end, question d’organisation oblige, il me faut encore ramener chez mon ami mes manuels de droit, mes classeurs et quelques vêtements, et vu l’état actuel de ma force, qui n’a jamais été des plus florissants ceci étant, ne commençons pas à nous mentir, il vaut mieux pour moi y aller en douceur, et faire plusieurs voyages. Sans compter le fait que la chaleur étant proprement étouffante, la vision de ma pauvre petite personne luttant avec sa valise (à roulettes certes, mais rembourrée par ailleurs de tout un fatras inutile et pesant) dans les escalators, escaliers et ruelles m’occasionne derechef un état proche de l’auto apitoiement. J’ai donc retrouvé ma chambre, son quota d’affaires disséminées un peu partout, faisant mentir l’adage comme quoi les filles sont plus ordonnées que les garçons (quelle vaste plaisanterie…La seule chose d’un tant soit peu rangé, c’est ma trousse cosmétique et mes documents d’étude, au prix où coûtent tout ces joyeux accessoires…), ma fenêtre donnant sur le trottoir d’en face…
Et la vue plongeante dans le jardin (enfin, la vague pelouse serait un terme plus approprié, mais je ne voudrais pas tomber dans la critique vipérine tout de suite. Quoique.) de mes voisins.

Je viens de prendre conscience d’un tragique état de fait : je ne vous ai pas encore narré mes palpitantes aventures avec ces charmantes personnes, et pourtant l’Olympe sait à quel point ce sujet de discussion est d’actualité. Je crois sincèrement, pour en avoir longuement parlé autour de moi, que les relations de bon voisinage consistent en un mythe soigneusement entretenu par les illusions pathétiques d’une troupe d’imbéciles heureux qui ne trouveraient rien à redire à ce que Britney Spears vienne s’installer près de chez eux, et les séries américaines des années 90, où il y avait immanquablement une gentille famille de rustres blonds, la mère en robe à fleurettes et crans sur le côté, les enfants aux cheveux lisses s’abattant gaiement dans un immense jardin avec le chien, très souvent un labrador d’ailleurs, qui sonnaient aux portes voisines pour se présenter à tout le monde  autour d’un cake à la carotte, de brownies, sous une musique mielleuse de piano et de synthé made in 80’s.
Nous vivons dans un monde complètement paradoxal, une époque tout aussi paradoxale, dans laquelle les gens se complimentent admirablement de leur sens du contact, de la proximité et de la tolérance, sans oublier l’incroyable maturité de notre siècle, et pourtant j’ai rarement vu et entendu pareilles sottises bornant les relations entre être humains de barrières rêches d’égoïsme forcené et de mauvaise foi.
 La question, ô combien épineuse, des voisins, en fait partie.

Prenons un exemple, au hasard : celui de ma famille. Nous sommes parfois quelque peu bruyants, ayant tous un caractère frondeur, le sang chaud, une propension naturelle à s’énerver, et à le faire savoir ; cependant, dans toute cette adorable panoplie que je viens de vous décrire, surnagent des qualités, pour la plupart inculquées dès l’enfance par nos parents, notamment le respect d’autrui. Oui, c’est une notion un peu galvaudée à notre époque, mais tout de même, ça compte énormément dans les relations sociales, nous serons tous d’accord sur ce point : seulement voilà où réside le problème, les personnes ayant élu domicile près de chez nous ne connaissent ni le sens du mot, ni, et c’est bien logique si on suit le raisonnement, son application concrète. Ces gens sont d’une impolitesse notoire, et d’un sans-gêne confinant presque au petit jeu fort sournois du « je t’agace et je le sais, mais je le fais exprès ». Pourtant au départ, ce n’était pas si mal parti, et les cartes semblaient même plutôt jouer en notre faveur : une famille réduite, un père, une mère, un enfant (devenu depuis un adulte abominablement beauf, une voix grave enrouée façon Marlon Brando de la Banlieue et une fascination éternelle pour la fréquence de radio la plus plouc qu’il m’ait été donné d’écouter, son poussé au maximum et vieux relent de rap au surplus. Un délice).
Et bien non.
Nous avons pêché par excès de confiance.

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Le père et le fils, qui se ressemblent comme deux gouttes d’eau et fréquentent, à leur niveau respectif, le même type de personnes ( ce genre qui éructent gaiement dans la rue aux environs de 2 heures du matin, après une soirée bien arrosée, se claquent les cuisses en se narrant des histoires désopilantes de blondes et font pétarader leur moteur afin de réveiller tout le quartier et de prouver par A+B qu’ils existent, au cas où on aurait tenté d’occulter ce fait), tiennent un garage chez eux, ou plutôt une entreprise de réparation de voitures, et font tourner les moteurs, les vapeurs d’essence et les suaves odeurs de peinture tôt dans la matinée. Dois je préciser que leur garage se situe juste à côté de notre terrasse ?
Bien sûr que non, vous l’aviez deviné.
La mère, pauvre petite chose abandonnée, élève dans son coin une marmaille féline du plus bel effet, chacun se reproduisant avec chacun et toute cette joyeuse troupe augmentant d’année en année  pour notre plus grande joie.
Ne nous méprenons pas.
 A la base j’adore les chats.
 Oui mais j’aime encore plus les chats quand ils sont un minimum éduqués et soignés, c'est-à-dire qu’ils arrivent à oublier l’ascendance partagée avec les tigres et qu’ils ne sautent pas sur tout ce qui bouge en feulant dangereusement, avant de vomir dans mon jardin qu’ils semblent préférer au terrain vague de leurs véritables maîtres.
Ah, et j’oubliais le membre le plus bruyant de cette délectable famille de sitcom in real life, le chien ; le chien, caprice de l’enfant lorsqu’il n’était encore qu’un adolescent rebelle fuckant la vie et la terre entière (vous pardonnerez cette expression des plus vulgaires, mais ô combien réaliste par ailleurs), à présent relégué à un rôle indéterminé, dans une niche bâtie en contradiction flagrante avec les lois de la pesanteur, et qui reste dehors jour et nuit, même l’hiver. Cette pauvre bête aboie parfois pendant des heures, elle me fait franchement de la peine, mais à distance bien sûr, puisque c’est également un fauve agressif et galeux.

A présent que le décor est posé, parlons de nos relations. Pendant des années elles furent étrangement calmes, sinon amicales, du moins neutres ; on se saluait le matin, on essayait de faire abstraction des petites contrariétés, bref une agréable paix ; et puis les choses se sont progressivement dégradées. De minimes détails d’abord, des réveils le dimanche matin vers 8 h avec le chant des oiseaux et les rugissements de moteurs, un rafraîchissement des bonjours quotidiens…Puis, la guerre froide, celle qui peut durer des années et occasionner de graves troubles dans l’équilibre domestique, a pris ses aises dans nos vies ; mes parents, qui ne sont pas particulièrement pénibles, mais pas spécialement poires non plus, ont commencé à mettre le hola, ont longuement discuté avec eux pour tenter de mettre les choses au clair…Grossière erreur, tant la plus élémentaire des politesses semble être devenue une irréfragable preuve de mauvaise humeur et de déclaration étouffée de combat : bien sûr, les charmants voisins n’ont pas osé rétorquer grand-chose, puisque le dialogue n’est pas leur point fort, et qu’ils préfèrent manifestement agir, mais si possible par derrière.
Depuis, rien ne va plus. Tracasseries après tracasseries, ils s’attèlent à nous pourrir un peu plus l’existence : des plantes fraîches, toutes récentes, achetées pour décorer notre jardin, pas encore sorties de leurs pots d’ailleurs (c’est dire leur degré de nouveauté), sont retrouvées soigneusement découpées (ah lala, je suis désolée mais si ce sont les chats les coupables, ils ont un sacré compas dans l’œil), des lettres ouvertes dans notre boîte. Bref, des agaceries puériles qui échaudent et énervent.
Voyant tout ceci d’un point de vue le plus externe possible, j’en déduis que certaines personnes s’ennuient gravement dans le courant monotone de leurs vies ; j’ai du mal à comprendre comment on peut trouver du plaisir à ennuyer autrui passée la barra fatidique des 6 ans, mais en même temps, j’ai d’autres sujets en tête que ma prochaine petite pique malsaine…Toute une mentalité petite et un brin ridicule qui me fait sourire.

Autant vous dire que j’étais ravie également de m’exiler dans l’appartement de mon ami, rien que pour ça ; les mesquineries gratuites n’étant pas ma tasse de thé, quand bien même elles seraient uniquement verbales d’ailleurs (la seule concession que je puisse faire à mon tempérament génétique de fille mauvaise langue, c’est de papoter sur les people, potiner, et encore, ça ne dure qu’un temps).
Je peux l’affirmer maintenant en toute franchise, le respect de l’autre est une valeur soit disant inhérente à la nature de l’homme moderne, mais qui pourtant est en train de pérécliter, s’enfonçant dans les méandres de la jungle urbaine. Entre la famille habitant juste au-dessus de l’appartement en question et qui laisse manifestement ses enfants faire du roller dans le salon (je ne peux m’expliquer autrement le bruit de roulettes qui perdure entre 9heures du matin et 4heures de l’après-midi), et celle d’à côté qui laisse tomber à intervalles réguliers des cartons, des affaires ou je ne sais quelle chose lourde et proéminente sur le sol, mon pauvre ami n’est pas franchement gâté.
Ceci étant, je me plains, mais les bruits en question se font surtout entendre dans la chambre à coucher, alors comme je n’y passe pas non plus la majeure partie de ma vie…Cela m’a juste impressionnée la première nuit, en réalité.
D’habitude quand je vais chez lui, c’est pour m’écrouler de fatigue après une soirée, ou justement passer la dite soirée à discuter sur un fond de musique, d’air un peu enfumé par les cigarettes d’autres participants, donc je fais rarement attention à ce qui m’entoure ; c’est la raison la plus évidente au fait que je n’avais jamais encore remarqué à quel point ses voisins étaient épuisants.
Pour vous donner une image plus concrète, en bonne psychotique que je suis, la première nuit j’ai carrément crû que quelqu’un s’était introduit dans l’appartement, et vidait de son contenu la totalité du salon juste à côté.
Sueurs froides garanties (et pourtant, j’avais vérifié 5 fois la porte avant d’aller me coucher. Je sais, je suis gravement atteinte aussi)

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09.05.2008

En passant

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Juste une petite note sans prétention, en quelques minutes, pour vous résumer les nouveautés de mon existence (je devrais pouvoir rédiger un article un tantinet plus structuré dans le courant du week end)

- Il fait un temps splendide: époque bénie entre toutes, celle des apéros sur la terrasse s'éternisant alors que doucement la nuit tombe, des discussions enflammées et des rires complices. L'époque des robes, du soleil et des visages réjouis des Parisiens.
- Je viens d'emménager pour quelques semaines dans l'appartement d'un ami, qui est parti pour le Japon, ce veinard. Il va de soi que je lui ai fourni une liste complète de cadeaux à ramener, parce que je suis profondément et irrémédiablement vénale.
- Mes exams débutent dans moins de deux semaines, et les profs, atteints du phénomène bien connu de la frénésie pré-sujets, nous collent des rattrapages jusqu'à pas d'heure (leur dernière marotte? Vendredi prochain jusqu'à 22h30. Je tiens à préciser que mon épreuve se passe trois jours après, ô joie. Heureusement que j'ai fait mes fiches en bonne petite psychorigide, je me serais déjà évanouie de stress sinon;))
- J'ai enfin réussi à initier quelques amis au bonheur des vacances en dehors des circuits classiques, si tout va bien je devrais parcourir la Russie l'an prochain
- et enfin, enfin, je bosse à l'hopital dans un service administratif cette année. Je suis aux anges, ça va me permettre d'étoffer mon CV (comment ça je ne parle que de boulot? Vous n'avez pas cotoyé mes copines de fac, vous savez. Elles sont encore pires que moi, c'est un véritable nid de névrosées en tout genre)

04.05.2008

Des mots de Fille

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Je n’ai pas encore compris d’où était venu le souci de connexion (mais d’après Lili, cela n’est pas arrivé qu’à moi donc j’en déduis que pour une fois il n’est pas la conséquence de ma maîtrise approximative des codes informatiques, de mes tâtonnements pour booter en DOS et autres subtilités que je teste régulièrement sans avoir reçu une formation appropriée en la matière. Oui, je sais ; des fois je cherche vraiment les ennuis)
En tout cas c’est réparé, l’Olympe en soit louée. Non pas que j’ai le temps à proprement parler de discutailler à tout va, mais ne plus pouvoir répondre, échanger des idées, et tout ce qui s’ensuit fatalement, me manquait un peu : le sevrage brutal étant certes une manière de voir les choses, mais je préfère encore ma méthode (ralentir un peu le rythme de mes fracassantes, que dis-je, percutantes, incursions dans le phénomène bloguesque, sans totalement lever le pied).

Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler des rapports que l’on peut entretenir avec l’écriture, ciblant le sujet sur un thème particulier : les femmes. Non pas les femmes en tant que sujets ou muses de littéraires chevronnés, mais celles qui prennent la plume et rédigent, d’une écriture un peu ronde, ou au contraire sèche, nerveuse, les points solidement marqués d’une main ferme, qui ne tremble pas, les contours trahissant parfois une fragilité dissimulée, un arrondi irrégulier, une consonne un peu fêlée…Bien sûr, vous vous doutez que ce sujet n’est pas anodin, je n’ai jamais caché l’amour immodéré que j’éprouve pour tout ce qui touche, de près ou de loin, aux livres, aux histoires, aux contes surannés, falbalas et soieries fines, aux contes modernes, fleurs et mousses sous le bitume, silhouettes d’acier et immeubles en contrebas, aux personnages que l’on dévoile en dessous, à la chair même qui transparaît entre les lignes. J’en ai d’ailleurs longuement discuté avec un ami, il y a quelques jours, et une de ses réflexions, au détour de notre dialogue, m’est longtemps restée en tête : nous étions en train de parler du style inhérent à tout récit, qu’il soit de science fiction ou plus réaliste, de Paul Auster et de Neil Gaiman, de Tanith Lee et de Albert Cohen, des nouvelles que nous écrivions ou que nous avions dans l’idée d’écrire un jour, puis brutalement, sans crier gare, voilà qu’il m’annonce la chose suivante (sans mépris aucun, notez le bien, il s’agit juste de l’expression concrète d’un ressenti dont il voulait me faire part)

«  Tu as une écriture de fille, tu sais. »

Sans doute en corrélation avec ce que je venais d’énoncer, à savoir que les récits d’un de nos amis communs, bourrés d’inventivité, d’originalité, me semblaient toutefois un peu inaboutis, me laissaient un goût étrange, une sensation d’insatiabilité, parce qu’ils me paraissaient arides. Les mots justes, mais froidement scientifiques, étalés sur le papier avec cette touche d’intelligence diffuse, subtile, qui en font tout le charme, mais des mots tout de même.

J’en suis venue à la conclusion, en réfléchissant quelques secondes, que je suis souvent plus touchée, en effet, par les romans féminins. Non pas, comme il pourrait immédiatement venir à l’esprit, parce qu’ils me parlent plus, que j’imagine être l’interlocutrice privilégiée d’une femme, qu’il s’installe une connivence, une complicité, entre le lecteur et l’écrivain (cela arrive, à mon sens, dans tous les bons romans). Mais peut être parce qu’ils font souvent la part belle aux errances de leurs personnages, à leurs pensées profondes ; introspectifs dans l’âme, ils n’hésitent pas à tracer des portraits amers, douloureux, ou au contraire suaves, des images en demi teinte, des zones d’ombres sinueuses qui se détachent de l’histoire initiale pour créer un tout, un peu confus, un peu étrange : l’immense passion d’une Emily Brontë, l’immense talent de tisseuse d’une Lea Silhol, les mots qui se perdent, se dévident, se délient et finalement enserrent les sens, les jeux de phrases et l’emphase, l’alcôve et le marbre…Je n’aime rien tant que ces « clairs de femme », ces moments qui illuminent, de l’intérieur, les ramifications sourdes et complexes de notre univers : peut être les femmes ont elle plus de facilité à fonctionner sur l’émotion, une facilité qui a souvent été, d’ailleurs, raillée ; est ce un mal que de fonctionner encore sur le ressenti et sur l’être, dans un monde qui amplifie, chaque jour, les qualités d’analyses politiques et juridiques, le synthétique ? Est-ce qu’on peut véritablement croire diriger les êtres, sans les connaître, sans en comprendre les rouages obscurs et les voiles indistincts, une base de psychologie élémentaire qui vient s’agrandir, de jour en jour ? Et peut on acquérir cette compréhension des autres, si on ne se comprend pas soi-même ?

J’aime lire, et j’admire souvent les capacités de réflexion de certains auteurs au style épuré, les idées folles d’un Richard Matheson ou le sens du réalisme de Camus ; mais j’aime plus encore les auteurs qui, délaissant les codes de la bienséance ou du neutre, écrivent de l’âme, et s’écrivent aussi eux-mêmes. Comme le disait Nietzsche, « Ecris avec ton sang, et tu verras que le sang est esprit »

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03.05.2008