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04.05.2008

Des mots de Fille

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Je n’ai pas encore compris d’où était venu le souci de connexion (mais d’après Lili, cela n’est pas arrivé qu’à moi donc j’en déduis que pour une fois il n’est pas la conséquence de ma maîtrise approximative des codes informatiques, de mes tâtonnements pour booter en DOS et autres subtilités que je teste régulièrement sans avoir reçu une formation appropriée en la matière. Oui, je sais ; des fois je cherche vraiment les ennuis)
En tout cas c’est réparé, l’Olympe en soit louée. Non pas que j’ai le temps à proprement parler de discutailler à tout va, mais ne plus pouvoir répondre, échanger des idées, et tout ce qui s’ensuit fatalement, me manquait un peu : le sevrage brutal étant certes une manière de voir les choses, mais je préfère encore ma méthode (ralentir un peu le rythme de mes fracassantes, que dis-je, percutantes, incursions dans le phénomène bloguesque, sans totalement lever le pied).

Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler des rapports que l’on peut entretenir avec l’écriture, ciblant le sujet sur un thème particulier : les femmes. Non pas les femmes en tant que sujets ou muses de littéraires chevronnés, mais celles qui prennent la plume et rédigent, d’une écriture un peu ronde, ou au contraire sèche, nerveuse, les points solidement marqués d’une main ferme, qui ne tremble pas, les contours trahissant parfois une fragilité dissimulée, un arrondi irrégulier, une consonne un peu fêlée…Bien sûr, vous vous doutez que ce sujet n’est pas anodin, je n’ai jamais caché l’amour immodéré que j’éprouve pour tout ce qui touche, de près ou de loin, aux livres, aux histoires, aux contes surannés, falbalas et soieries fines, aux contes modernes, fleurs et mousses sous le bitume, silhouettes d’acier et immeubles en contrebas, aux personnages que l’on dévoile en dessous, à la chair même qui transparaît entre les lignes. J’en ai d’ailleurs longuement discuté avec un ami, il y a quelques jours, et une de ses réflexions, au détour de notre dialogue, m’est longtemps restée en tête : nous étions en train de parler du style inhérent à tout récit, qu’il soit de science fiction ou plus réaliste, de Paul Auster et de Neil Gaiman, de Tanith Lee et de Albert Cohen, des nouvelles que nous écrivions ou que nous avions dans l’idée d’écrire un jour, puis brutalement, sans crier gare, voilà qu’il m’annonce la chose suivante (sans mépris aucun, notez le bien, il s’agit juste de l’expression concrète d’un ressenti dont il voulait me faire part)

«  Tu as une écriture de fille, tu sais. »

Sans doute en corrélation avec ce que je venais d’énoncer, à savoir que les récits d’un de nos amis communs, bourrés d’inventivité, d’originalité, me semblaient toutefois un peu inaboutis, me laissaient un goût étrange, une sensation d’insatiabilité, parce qu’ils me paraissaient arides. Les mots justes, mais froidement scientifiques, étalés sur le papier avec cette touche d’intelligence diffuse, subtile, qui en font tout le charme, mais des mots tout de même.

J’en suis venue à la conclusion, en réfléchissant quelques secondes, que je suis souvent plus touchée, en effet, par les romans féminins. Non pas, comme il pourrait immédiatement venir à l’esprit, parce qu’ils me parlent plus, que j’imagine être l’interlocutrice privilégiée d’une femme, qu’il s’installe une connivence, une complicité, entre le lecteur et l’écrivain (cela arrive, à mon sens, dans tous les bons romans). Mais peut être parce qu’ils font souvent la part belle aux errances de leurs personnages, à leurs pensées profondes ; introspectifs dans l’âme, ils n’hésitent pas à tracer des portraits amers, douloureux, ou au contraire suaves, des images en demi teinte, des zones d’ombres sinueuses qui se détachent de l’histoire initiale pour créer un tout, un peu confus, un peu étrange : l’immense passion d’une Emily Brontë, l’immense talent de tisseuse d’une Lea Silhol, les mots qui se perdent, se dévident, se délient et finalement enserrent les sens, les jeux de phrases et l’emphase, l’alcôve et le marbre…Je n’aime rien tant que ces « clairs de femme », ces moments qui illuminent, de l’intérieur, les ramifications sourdes et complexes de notre univers : peut être les femmes ont elle plus de facilité à fonctionner sur l’émotion, une facilité qui a souvent été, d’ailleurs, raillée ; est ce un mal que de fonctionner encore sur le ressenti et sur l’être, dans un monde qui amplifie, chaque jour, les qualités d’analyses politiques et juridiques, le synthétique ? Est-ce qu’on peut véritablement croire diriger les êtres, sans les connaître, sans en comprendre les rouages obscurs et les voiles indistincts, une base de psychologie élémentaire qui vient s’agrandir, de jour en jour ? Et peut on acquérir cette compréhension des autres, si on ne se comprend pas soi-même ?

J’aime lire, et j’admire souvent les capacités de réflexion de certains auteurs au style épuré, les idées folles d’un Richard Matheson ou le sens du réalisme de Camus ; mais j’aime plus encore les auteurs qui, délaissant les codes de la bienséance ou du neutre, écrivent de l’âme, et s’écrivent aussi eux-mêmes. Comme le disait Nietzsche, « Ecris avec ton sang, et tu verras que le sang est esprit »

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Commentaires

Quel bel article et quelle réflexion intéressante !! Et je me rends compte en le lisant que je lis finalement très peu de littérature de femme... une lacune à combler assurément, car je reconnais effectivement à nos auteurEs cette capacité à exprimer la psychologie profonde des personnages qui peuplent leurs récits.
Gros bisou

Ecrit par : Petite Marquise | 04.05.2008

Je me rends compte à quel point je me retrouve dans tes mots, non pas tant à travers le propos sur la littérature féminine (hormis l'exemple d'Emily Brontë), si ce n'est à travers l'expression de la sensibilité, et la citation d'un penseur à l'âme de poète que j'affectionne particulièrement.
A mes yeux, la sensibilité n'est pas le propre de la femme, certaines femmes écrivains n'ont su exprimer de la femme que les clichés et non pas une sensibilité palpable à travers le maniement du verbe, les enchevêtrements de mots et de sens.
Ce qui m'émeut est l'hypersensibilité, celle qui ne se montre pas, mais se laisse deviner sous un voile, celle que l'on peut ressentir sans pouvoir mettre un seul mot dessus, celle qui éveille en nous des univers insoupçonnés...

J'arrête ces divagations récurrentes ici, te remerciant de cet article :-)

Ecrit par : Une Princesse... | 04.05.2008

j'ai beaucoup aimé ton article, et je me suis à travers lui rendue compte que je lisais plus de romans de femmes que d'hommes, et effectivement cette façon de décrire les affres de l'âme qui me touche beaucoup, et je persiste: j'aime ton écriture!
Grosses bises!

Ecrit par : Clotilde | 04.05.2008

De mon côté je peux affirmer que je lis l'un ou l'autre...mais c'est selon mon inspiration et le moment de la journée.
Ton article est super interressant :)
Grosses bises et ravie que tout aille mieux!

Ecrit par : lili | 05.05.2008

tout d'abord quel bonheur de retrouver un peu de tes mots et tes articles !!! c'est dur la desintox de blogs^^
je dois dire que j'aime les romans d'hommes peut etre parce que cela devoile pour moi un peu plus de leur mystere (non je ne suis pas une experte en homme vraiment pas^^) j'aime lire comment ils ressentent certaines choses, comme ils definissent l'amour et leur vies... mais cependant je ne pourrais pas me passer des femmes et de leurs romans (en ayant une immmmense preference pour Jane Austen^^) !
j'aime beaucoup ta note encore une fois !
bidoux chere elea

Ecrit par : Mary | 05.05.2008

Tes notes sont toujours aussi riches et intelligentes !
Ta réflexiion est juste et en même temps, il y a des hommes qui savent si bien décrire les sentiments féminins, se mettant à leur place comme dans ce roman de D.Kennedy où l'héroine est atteinte de dépression post partum, c'en est troublant ...

Quand à l'écriture de fille, elle vient peut être de l'arrondi que l'on associe forcément au féminin ?

Ps: La première photo est très belle !

Ecrit par : Shopgirl | 05.05.2008

Je suis à chaque fois éblouie par la fluidité et le raffinement de ton écriture. C'est toujours un plaisir de te lire ! La lecture est une expérience sensible qui nous transporte, nous apprend à nous connaître un peu à travers les errances, les doutes, la liesse des personnages. Que j'aime me perdre dans les méandres de ses individualités !

Ecrit par : Old fashioned Girl | 05.05.2008

Je vous remercie de vos commentaires que j'ai lus avec attention...je suis désolée d'y répondre si tard, mais j'ai une semaine très chargée, des exams blancs à passer (oui, deux semaines avant les vrais, vous avez bien lu), des plaidoiries à préparer et tout ce qui s'ensuit, plus des rattrapages de cours, il n'y a pas un jour où je ne suis pas rentrée chez moi à 22h.
Je continue à vous lire quand je le peux, mais je n'ai pas le temps de faire des commentaires élaborés; enfin, vous vous en doutez, le coeur y est.
Je vous souhaite à toutes un excellent 8 mai

Ecrit par : Elea | 08.05.2008

Grands dieux, tu connais Tanith Lee !!! C'est l'un des écrivains qui ont énormément marqué mon adolescence, et dont je continue à relire régulièrement les livres...

Ecrit par : Theremina | 12.05.2008

Oui j'adore Tanith Lee! (tout particulièrement son receuil de Nouvelles, "Ecrit avec du sang", et la saga d'Uasti...)
Je te conseille aussi vivement Silhol (son livre sur les fées est une merveille, elle présentait également des nouvelles sous forme de petits livres, édition l'Oxymore, mais malheureusement la publication s'est arrêtée)
Bienvenue à toi ;)

Ecrit par : Elea | 12.05.2008

Je connais également Léa Silhol, j'aime beaucoup certaines de ses nouvelles, moins ses romans, et énormément ses essais et préfaces.
Quant à Tanith Lee, je ne sais pas si tu as lu sa trilogie de "L'Opéra de sang" (oui le titre est bof), mais c'est avec elle que je l'ai découverte et je la trouve fantastique.

Ecrit par : Theremina | 12.05.2008

Ah tiens non, je ne connais pas cette trilogie. Il va falloir que j'aille faire un tour à la fnac, je crois (si elle est toujours disponible, j'ai remarqué qu'en France on avait un peu de mal à trouver certains auteurs). Certaines de ses nouvelles m'ont fait penser à Anne Rice, pendant sa grande période (la saga des Vampires, avant qu'elle ne perde en saveur à partir du tome 4). La même frénésie de détails, la même élégance dans la mise en situation des personnages, ce goût prononcé pour l'ombre...
Quant à Lea Silhol, elle m'a permis grâce à l'Oxymore de découvrir de jeunes talents. Il fut un temps où j'avais caressé le rêve d'envoyer une nouvelle, pour être tout à fait franche, mais la maison d'édition a fermé avant. Dommage, vraiment, parce qu'en général les nouvelles étaient de bonnes factures, souvent intelligentes et originales, ce qui manque beaucoup à la littérature fantastique de nos jours (qu'est ce qu'on peut ressasser comme poncifs!)

Ecrit par : Elea | 13.05.2008

Hum je ne pense pas que tu la trouveras à la Fnac. A ta place, j'irai plutôt commander ici : http://www.amazon.fr/Danse-ombres-Tanith-Lee/dp/2266061291/ref=sr_1_16?ie=UTF8&s=books&qid=1210669568&sr=1-16 (ou si tu préfères la belle édition de l'Oxymore, qui n'a malheureusement pas eu le temps de continuer avec les tomes suivants : http://www.amazon.fr/LOp%C3%A9ra-sang-1-Danse-Ombres/dp/2913939538/ref=sr_1_21?ie=UTF8&s=books&qid=1210669568&sr=1-21)
Je préfère de loin Lee à Rice, mais je vois ce que tu veux dire, elles ont toutes deux une approche baroque et sensuelle des choses et des mots, une attention au détail, une luxuriance, un potentiel d'évocation. Si tu lis effectivement le tome 1 du cycle, tu verras la Demeure : son ambiance somptueuse et décrépite, poussiéreuse, où le jour ne pénètre que filtré par des vitraux aux teintes de pierres précieuses, où les horloges donnent toutes des heures différentes et où les livres de la bibliothèque sont rayés de noir... Elle me hante.

L'Oxymore est une des maisons qui m'ont donné envie de me lancer dans l'édition. J'adorais leurs anthos, plus que les romans qu'ils ont publié en fait, et je leur avais aussi envoyé des textes. Ca a failli aboutir et puis... mon texte n'a pas été publié, mais je suis citée en tant que "jeune écrivain" dans le dernier Emblèmes, celui sur les Trésors. Et une de mes nouvelles vient de sortir dans l'antho sur les vampires dirigée par Estelle Valls de Gomis aux éditions Glyphe. J'attends pour en parler sur mon blog de recevoir mes exemplaires d'auteur, pour voir si le bouquin est bien ou pas ^^

Ecrit par : Theremina | 13.05.2008

Merci pour les renseignements, dès que j'aurais passé mes examens (je ne veux pas tenter le diable, il se tente bien assez tout seul;)) je vais aller regarder ça de plus près (ta description me donne déjà envie d'y être)

Felicitations pour ta nouvelle; tu es plus courageuse que moi, le temps que je me décide à l'envoyer c'était déjà trop tard. Je me contente pour l'instant de m'occuper activement de la bibliothèque d'un site internet, où l'on reçoit les nouveaux écrits de membres et dans laquelle je poste activement mes propres histoires (enfin, là je me suis un peu calmée vu que le temps me manque terriblement)
C'est un site spécialisé dans la littérature fantastique, fantasy, SF...

Ecrit par : Elea | 13.05.2008

C'est drôle, j'ai également fait partie d'un site littéraire axé "imaginaire" (et écrits sombres d'ados tout aussi dark ^^) il y a six-huit ans...

Ecrit par : Theremina | 14.05.2008

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