« Lassitude | Page d'accueil | Le jeu des questions ouvertes »

23.04.2008

Holidays, ô Holidays

644159431.jpg
La préparation des vacances, c’est souvent tout un art.

En premier lieu, il y a cette envie qui nous taraude et finit par ne plus nous quitter, exacerbée par les beaux jours qui reviennent, l’éclosion des premières fleurs de printemps, un peu fripées encore de leur longue nuit d’hiver, toutes maladroites sur leurs longues tiges trop minces, le soleil que l’on arrive enfin à apercevoir, par intervalles réguliers, au travers des nuages se faisant plus légers, plus cotonneux…La tableau qui s’évade de sa gangue de peinture sèche, effritée, et doucement prend vie.
 Les mois qui passent et les jours qui s’envolent, tout comme les robes évanescentes aux teintes de lys près des trottoirs humides des toutes dernières pluies, les rigoles d’eau sale reflétant en prismes irréguliers les images, comme un second ciel d’été.

Les vapeurs de la ville qui tressautent sous les assauts des pas plus affirmés dans les ruelles, nervurées et murmurantes, sous les sourires qui s’épanouissent.

Et puis il y a cette fin de l’année « scolaire », si on peut dire, cette dernière parenthèse folle et vivace des examens avant la libération, les nuits sans sommeil sous la pesanteur des jours qui s’allongent, le crépuscule écourté par les pages de manuels aux titres rébarbatifs, les oraux brumeux où les questions fusent, entraînant dans leur sillage des balbutiements, des déconvenues, ou un sentiment revigorant, rafraîchissant, de fierté, et toujours, toujours, ces vitres en transparents remparts à l’odeur d’une liberté promise, sur lesquelles les bruits se heurtent en claquements sourds, mais de plus en plus forts. Ce sont des lucioles aux ailes frémissantes de nos rêveries, aux entrelacs colorés de nos désirs, qui butinent ça et là les quelques secondes qui nous séparent d’un renouveau.
Les murmures de la ville s’échauffent et les immeubles eux-mêmes semblent redresser leur stature sous l’effet combiné du soleil et des claquements de sandales, laissant voir un peu de chair, un peu de rose, un peu de nous.

J’aime cette frénésie qui s’empare de nous, la lecture des prospectus aux noms exotiques, les songes délicats, les discussions enflammées ; les idées qui fusent, parfois irréalisables, mais peut être plus belles encore parce que justement, elles sont impalpables ; les discussions vives sur le choix des destinations, les doigts qui maculent des photographies aux couleurs prononcées, et qui achèvent de rider leur surface uniforme.
La pensée qu’un matin, un matin pas si lointain, le réveil va sonner, stridente déambulation dans l’air alourdi de l’été, et qu’au détour d’un quai enfumé, traînant derrière moi une énorme valise, débordante de tout un tas de vêtements ridicules et de choses futiles, débordante d’un trop plein de joie, je vais retrouver quelques amis.
Les talons endoloris par la marche et les mains solidement serrées sur la anse. Les jointures visibles d’excitation mal contenue.

851353327.jpg


Ceci étant, je me heurte souvent à des petites déconvenues que je compte bien un jour surmonter : la majeure partie du temps, mes amis, cédant à l’appel du célèbre « sea, sex and sun », portent leur décision sur des endroits paradisiaques, qui fleurent bon le sable, la mer, les embruns et le sol craquelé par la sécheresse…Je ne dis pas que je n’aime pas le Sud (bien au contraire), ce que j’aime en revanche moins c’est toute cette affluence de monde qui vient s’échouer en rangs sur une plage, la brise soulevant des effluves de monoï et de noix de coco, les sempiternelles sorties où l’on s’éclate un maximum, cette frénésie que je trouve souvent complètement surfaite et qui me lasse assez vite. Leur idéal, ce serait plutôt, s’ils pouvaient se le permettre financièrement, les Caraïbes, tout ce qui comporte les termes « îles, mer chaude et piscine » ; or, plus j’avance en âge (écoutez moi parler, on dirait une centenaire, si c’est pas malheureux) et plus j’ai des envies de voyages lointains, mais alors vraiment lointains. Je n’ai pas toujours le désir de passer mon temps vautrée à attendre désespérément que le soleil fasse son effet (je peux l’attendre toute la vie, je ne suis pas rousse, à mon grand désespoir parce que je trouve cette couleur de cheveux magnifique, mais par contre j’ai tous les inconvénients qui vont d’habitude avec, à savoir une peau laiteuse qui rougit, pèle et n’en fait qu’à sa tête), ou à barboter dans l’eau, aussi agréable soit elle ; j’aimerais bien qu’on alterne un peu.

J’ai envie de changement, d’aller justement à contre-courant, de ne pas faire comme tout le monde et de ne pas vivre selon un héliotropisme pesant. Des envies de forets touffues de silence, de feuillages en velours verts et de puits de contes de fée, où l’onde stagnerait, en dessous d’une mince couche d’herbes et de siècles passées.

147514421.jpg


Des envies de villes à l’architecture tremblante, aux lignes grimpantes et baroques, de dalles de marbre et de mousse légère, de celle qui ne pousse que dans les endroits isolés, anciens, chargés d’histoire et de sens. De musées et d’œuvres d’art, de regards qui croisent, l’espace d’un instant, celui du peintre, transcendant les âges et les époques, d’une connivence certaine ; de mains de sculpteurs modelant l’univers et le monde en argile boueuse, de paumes calleuses sous les reliefs d’une statue inerte.
De glaciers sauvages, sur lesquels rien ne pousse jamais, mais où peuvent s’accrocher les songes, et le ciel ; qui déchirent l’eau en parcelles, en miroirs aux reflets incertains. De l’immensité d’une salle de bal, d’une cour Autrichienne, et de l’écho d’un frottement soyeux, celui d’êtres disparus aux éclats de pierreries trop riches.
De ruines mélancoliques, les arêtes tranchantes et la silhouette déliée, d’une harpe aux cordes d’or, et du souffle d’une cornemuse.
Et l’étendue d’une neige abondante, plus blanche que dans mes souvenirs, immaculée de traces de pas, scintillante faiblement aux pieds de sapins…Et l’odeur d’un chocolat brûlant, dont la fumée fait monter les larmes aux yeux, là où perlent des larmes de froid….
De magie, d'illusions, d'étincelles.

1476084548.jpg

Bien sûr, la plupart du temps quand je propose mes destinations, tout le monde me regarde comme si j’étais prise de folie (il faut dire que côté extatique, je m’emballe assez vite, j’y mets les formes, les soupirs et la gestuelle bien comme il faut) : comment ça, partir en Laponie en plein mois de Juillet ? Quoi, faire une croisière en Norvège ?
Le concept ne les emballe pas plus que ça, mais comme par ailleurs ce sont des gens charmants et que j’ai cette prétention, au demeurant tous les jours vérifiée pour mon plus grand plaisir, qu’ils m’aiment malgré mes excentricités, on finit toujours par tenter de trouver un compromis : pour l’instant, je n’ai pas encore réussi à motiver la troupe pour la Laponie (ni la Russie non plus, pauvre de moi) mais je ne désespère pas d’y arriver.
J’ai aussi la chance de mon côté.
L’an dernier nous sommes parties avec 2 amies près de Bilbao, la température n’a pas dépassé les 20 degrés et la plage faisait triste mine sous la grisaille du mois d’août…

1125959297.jpg

Commentaires

ah la Russie... mon grand rêve, un jour quand je serais "grande" (et salariée surtout). Je suis un peu comme toi: me faire dorer la pilule bof bof, j'aime le soleil mais l'été je m'en tiens relativement éloignée. La peau claire, je connais (et Mary aussi^^) même si j'ai la chance de dorer légerement, mais je rougis aussi.
L'ambiance du sud: allez venez tous, on fait les sardines et on se colle tous les uns contre les autres... très peu pour moi! Aie confiance, un jour tu les emmèneras loin, loin, loin!

Et ton écriture

Ecrit par : Clotilde | 23.04.2008

Je suis comme toi quand à ces envies de destinations variées... mais mon amour de la plongée sous-marine m'envoie souvent sous les tropiques (plonger dans de l'eau chaude c'est quand même mieux)... et ça réduit du coup sérieusement mon budget pour d'autres destinations peut-être moins prisées mais qui me fascineraient!!!
Gros bisou

Ecrit par : Petite Marquise | 24.04.2008

J'adorerais aller en Islande aussi. En général j'ai une prédilection pour les pays où il fait froid, je ne sais pas pourquoi mais ça m'attire énormément; m'imaginer sur une zone désertique, pleine de neige et d'absences, avec juste quelques amis, des discussions à n'en plus finir et d'immenses ballades.
Je ne sais pas toi, mais j'aime beaucoup marcher, prendre le métro me désole, et finalement c'est bien plus agréable de se promener à des températures un peu fraîches, que sous un soleil de plomb, qui incite gravement au sommei.

Ah, bonne nouvelle, hier soir j'ai réussi à convaincre un ami de penser à la Russie pour l'an prochain (et voilà, je l'ai eu à l'usure ;))
Bisous

Ecrit par : Elea | 24.04.2008

@ Petite Marquise: je ferais bien de la plongée aussi, si je n'étais pas aussi trouillarde (oui, je n'aurais pas du regarder Open Waters, je suis d'accord).
Ceci étant maintenant que toi et ton Prince êtes familiarisés avec le commandement d'un navire, les vacances vont être sacrément mouvementées ;) Et puis, on est jeunes, on a le temps de les visiter, ces destinations lointaines (ce d'autant plus que tu as la chance de bien connaître l'Autriche, le rêve de toute mon enfance!)
Bisous

Ecrit par : Elea | 24.04.2008

La Norvège ou la Laponie en été, je dis oui !
Parce que je n'aime pas non plus forcément les destinations "sea, sex and sun" qui ne font vraiment pas "vacances " pour moi ...ou alors une maison louée en campagne avec piscine ;) (un déclice ! A s'étirer les doigts de pieds) !

Et L'Irlande ? Ah l'Irlande ! Je la veux et je l'aurais !
Le vent dans les cheveux, la pluie et l'irish coffee pr se réchauffer !

Ecrit par : Shopgirl | 24.04.2008

Un petit cottage tranquille, avec un immense jardin à l'anglaise et une piscine, là je suis d'accord.
L'Irlande, et l'Ecosse. Des terres de légende...
Le pire c'est que j'en entends parler très souvent en ce moment (ou alors j'y prête plus d'attention qu'avant) du style "hé tu sais quoi? Untel est parti vivre en Irlande!", et j'ai une de ces envies de me glisser dans sa valise...
Je suis ravie de voir que je ne suis pas la seule à priser les endroits plus tranquilles!
Bises et bienvenue à toi

Ecrit par : Elea | 24.04.2008

ce que je peux (encore une fois oui a croire que parfois tu ecris ma vie ???) me retrouver dans tout ce que tu ecris là...
j'ai moi aussi une peau de rousse, mais j'ai l'avantage que je porte tres bien les cheveux roux (j'ai testé pendant pas mal d'années...) origines irlandaises donc taches de rousseur qui s'accumulent, peau laiteuse te no bronzage en été ou alors je ressemble à un abricot dixit mes proches, remarque c'est mieux que la luciole en hiver !
mais egalement je rêve de destinations completement a l'opposé de la plupart des gens, je rêve de pays froids ou du moins pas de plages over-surpeuplés, avec que du soleil et de l'eau huileuse, pourtant habitant dans le sud cela devrait me plaire, non moi je rêve d'un "Bed & Breakfest" en Irlande, entouré de prairies vertes, je rêve de la Russie aussi, du Canada beaucoup, bref tout sauf les plages de cocotiers !
bidoux et courage un jour tu ira loin !

ps : toujours aussi fan de tes ecrits^^

Ecrit par : Mary | 24.04.2008

Peut être aussi que justement parce que tu habites dans le Sud tu satures un petit peu (c'est une réaction similaire à celle des parisiennes qui n'ont qu'une seule envie, parfois: retrouver un peu d'air pur, d'espace et de tranquillité).
Je me souviens d'une émission il y a quelques mois, le principe c'était d'envoyer une star dans un pays bien lointain sans qu'elle sache à l'avance lequel exactement, et l'une des stars en question était partie en Sibérie. Bon, d'accord, les conditions de vie sont compliquées et précaires, il faisait jusqu'à - 50 le soir (déjà qu'à -4 on est tous frigorifiés), mais qu'est ce que c'était sympa!
Je dois avoir aussi ce vieux fantasme du traineau et des chiens aux grands yeux bleus ;)
Bisous

Ecrit par : Elea | 25.04.2008

Un été en datcha !!! le rêve !!

Ecrit par : fanette | 25.04.2008

Bienvenue, Fanette
Je dois préciser que je ne me souvenais plus de ce qu'était une Datcha (et oui, mais heureusement mon ami Google, qui est d'ailleurs en passe de devenir mon meilleur copain, était présent pour pallier à mon inculture flagrante), je me suis donc renseignée: c'est exactement ça!
Je viens aussi, accessoirement, de regarder les images associées à la définition.
Voilà, je n'aurais pas du... j'ai envie de partir aujourd'hui tout de suite maintenant.
Je me demande d'ailleurs à ce propos si je ne vais pas publier sur mon blog un Loooong texte que j'avais écrit, une histoire en fait, sur une habitante de la Toundra, dans un village mystique.
ok. Je vais me calmer dans mes délires ;)

Ecrit par : Elea | 25.04.2008

Ecrire un commentaire