07.01.2010

Pourquoi le croisement des chemins s'arrête ici

Je ne sais pas trop comment le dire autrement, alors j'y vais franchement: il y a quelques mois déjà, j'avais décidé d'arrêter ce blog. Pour des raisons de gestion de temps principalement: je suis très attachée à l'idée du blog participatif, au sein duquel chaque commentaire est important, et se doit à la fois d'être relevé, et d'avoir une réponse construite.
Aujourd'hui, j'ai encore moins de temps devant moi, les soirées finissent tard, les matins commencent tôt, et l'espace quotidien des loisirs et du repos de toute internetophile qui se respecte se réduit comme une peau de chagrin.
Il y a quelque chose qui commence et qui me bouffe toute mon énergie, un renouveau qui, comme tout renouveau, se fait dans ce curieux mélange de curiosité, d'appréhension et d'allégresse, qui fait tant de bien...

Et puis, je l'avoue, je suis assez écoeurée du monde des blogs: j'en avais parlé ici il y a peu de temps, mais cette impression perdure et me pourrit l'envie d'exister dans ce "monde derrière l'écran" où je ne trouve plus ma place.

Je supporte de moins en moins les barons et baronnes de ce petit univers ultra fermé où on dézingue en se croyant intelligent toute tentative d'expression et de dialogue, tout geste paraissant suspect (comme le fait d'avouer aimer les macarons, ou de prendre, ou de ne pas prendre, de résolutions pour le nouvel an), toute dérive potentielle qui, n'ayant pas le bon goût d'aller dans un sens prédéfini (par des blogueurs qui ont depuis longtemps oublié que l'être humain virtuel ne vaut pas tripette), se voit aussitôt pointé du doigt et hué par la populasse en liesse.
J'sais pas, c'est un peu les jeux du cirque, où on se lance avec délectation dans les spectacles les plus outranciers afin de rameuter son public assoiffé de sang (et de traits d'esprits prétendus "perspicaces"); où on se frotte les mains comme un enfant qui regarde, avec une lueur d'excitation dans le regard, s'agiter la fourmilière dans lequel il vient de coller un coup de pied.
C'est vain, stérile, et on finit par se mordre la queue.
Ces relations qui ne peuvent exister qu'en se confrontant à ce que fait l'Autre (dans le sens générique du terme) me fatiguent et m'exaspèrent; car l'ironie est un art qui se doit d'être manié avec subtilité et qui, entre de mauvaises mains, a très vite tendance à tourner à la connerie pure et simple.

On écrit tous de la merde un jour ou l'autre, c'est un fait: les blogs n'ont de sens, à mes yeux, qu'au travers des lignes, parfois naïves, souvent touchantes, écrites par ceux qui croient encore assez en l'exercice de l'introspection pour s'y donner à coeur joie, et se faire plaisir. Mais le blog comme outil de torture psychologique, comme outil de déconstruction, comme instrument de dénigrement, me débecte.

Ca fait beaucoup de "me", de "moi", de "je" dans ces quelques phrases: mais vous pardonnerez, j'en suis sûre, ce vieux travers qui veut toujours tenter d'expliquer ce qui, parfois, est difficile à retranscrire; on ne peut finalement le faire qu'en parlant, un peu, de son ressenti tout à fait personnel.
Alors voilà, j'ai rencontré des gens très sympas dans le cadre de ces aventures Internet, dont je ne ferais pas la liste ici, mais que j'aurais grand plaisir à revoir, ou à redécouvrir, un jour, peut être plus tôt, plus tard..
J'ai apprécié les visistes des uns, des autres, les fous rires partagés au travers de l'écran glacé, les coups de gueule.
Ma boîte mail reste ouverte, pour tout autre bavardage en dehors de ce site, que je vais fermer dans les jours à venir, et cette fois ci définitivement.

23.12.2009

Noël: ses joies, et ses petits tracas

A l’attention des potentiels lecteurs : l’auteur décline toute responsabilité concernant l’overdose de « je, moi, mes goûts, mes envies, ma vie, mon œuvre » qui pourrait entraîner de fâcheuses conséquences sur la psyché des lecteurs, et influencer de façon négative les commentaires.
L’auteur tient à préciser qu’au moment de la rédaction de cette note sans intérêt, elle se trouve sous l’effet combiné d’un thé de Noël, d’une nouvelle perspective de carrière, et des chants de Mon Beau Sapin made in Starbucks que l’une de ses sœurs a eu la bonne idée d’acheter cette année.

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J’aime Noël : je suis sans doute conditionnée depuis ma (tendre et gâtée) enfance à apprécier cette fête plus que de raison, voire à l’attendre désespérément tout le reste de l’année (avec mon anniversaire, jour béni d’entre tous, qui a vu naître un des plus grands génies méconnus de ce siècle, mais là je sens que je m’égare encore), mais c’est ainsi.
Je hume avec délices les effluves des marchés de Noël dans ma petite banlieue recouverte d’un blanc cotonneux comme dans les cartes postales rétros,  je me délecte des odeurs d’épices et d’oranges, je teste avec une joie non dissimulée (et parfois hautement compulsive) tous les gels douches série limitée d’Yves Rocher, de Body Shop et de tout autre boutique proposant vaguement des cosmétiques (il m’est même arrivé une fois d’acheter le dit gel douche dans un Troifoirien, c’est dire si ma propension naturelle à péter les plombs se trouve fortement exacerbée en fin d’année).

 

En résumé, j’achète n’importe quoi de manière incontrôlable, et j’ai le nez abîmé à force de le laisser traîner sur n’importe quelle vitrine un tant soit peu illuminée.

Ah et hier, je me suis lamentablement vautrée à la façon Vidéo Gag (cette émission hautement intellectuelle que nous feignons tous de ne point connaître, mais que nous avons tous regardée au moins une fois au cours de notre existence- comme Secret Story) sur une plaque de verglas alors que je vantais les mérites des nouvelles guirlandes électriques de ma ville.
Ca m’apprendra à vivre dans une cambrousse qui préfère économiser sur le sel et laisser ses habitants errer à l’abandon dans une toundra périlleuse, pleine de plaques dérapantes et de neige boueuse.

Noël, c’est un peu la période où on peut ressortir ses bérets de couleur sans avoir l’air aussitôt d’un cliché de la française vue par nos amis les Européens, où on peut, de même, porter des chapeaux improbables avec des tas de pompons ridicules (le même type de couvre chef qu’étrangement, on détestait tous enfant et qu’on s’empressait d’aller coller dans la première poubelle venue quand nos mères bien intentionnées nous en affublaient le matin), et même pousser le vice jusqu’à orner sa chevelure lustrée de bois de rennes en mousse.

Noël, c’est aussi ce grand moment de bonheur où les séries les plus pourries ont une chance de percer une avancée non négligeable dans nos esprits ramollis par des excès de bouffe et de musique sirupeuse : M6 et consorts, fort bien renseignés, nous catapultent ainsi dans la figure des feuilletons de Noël, bénis soient ils, pleins de bons sentiments et de fins heureuses, dans lesquels des familles parfaites chantent des hymnes parfaits à la gloire parfaite de la fin d’année, entraînant ainsi le spectateur sur les dangereuses, mais néanmoins alléchantes, montagnes de l’autosatisfaction béate.

Noël, enfin, c’est le triomphe de l’appel du ventre sur des mois de régimes épuisants, de la volupté stomacale sur la volonté mentale, le corps qui contrôle l’esprit, et non plus l’inverse : on se jette avec joie et férocité sur les denrées alimentaires les plus grasses et les plus mauvaises pour la santé qui puissent exister, faisant ainsi fi des conseils du Ministère de la santé (mangerbouger.fr) au profit des tartines de foie gras, des parts de bûche au beurre, quand on n’est pas tout simplement submergés par la grâce divine devant une énorme boîte de chocolats fourrés.

 L’être humain étant ainsi constitué, Noël devient une ode épique à la malbouffe devant la télévision et le sapin croulant sous les décorations rutilantes, et on se surprend à faire des pronostics sur la façon dont vont être délicatement mangées les sucreries susmentionnées, alors qu’au fond, on sait tous très bien que d’ici deux jours, les 500 grs d’escargots pralinés auront mystérieusement disparu dans le paradis de la crise de foie.
C’est le temps des bonnes résolutions qui tiennent deux jours, et des énigmes mystérieuses auxquelles on fait semblant de chercher une réponse (« oh, mais comment ai-je pu dévorer le pot ENTIER de Ben et Jerry’s à la pâte aux cookies, alors qu’il fait si froid dehors ? »)

Pour toutes ces raisons, j’aime Noël.

Bon, allez, je vous vois venir de loin, vous allez me dire que dans cette énumération des mérites de la fête, j’ai un peu oublié le principal, à savoir la découverte de cadeaux par milliers (je suis toujours dans l’exagération, lecteur, sache-le, c’est un peu ma marque de fabrique, ma petite touche perso) sous leurs emballages de papier et leurs gros nœuds de satin.
Et bien non, je n’ai pas oublié.
Et c’est là que le bât blesse.

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Ne vous méprenez pas : comme n’importe quelle personne (normale ou non, la folie n’étant pas à proprement parler le sujet de cette prose ô combien passionnante), j’adore recevoir des présents. Et oui, j’entretiens soigneusement mon goût et même mon manque de goût dans l’achat et le don de choses profondément inutiles, qui n’ont aucune autre raison d’être que de me divertir, me parfumer ou me cultiver : en général, je suis ravie à absolument tout ce qu’on m’offre, tellement je suis parfois honteusement futile (avoir 50 gels douche ne me gênerait pas du tout, par exemple, bien que certains moisissent encore dans leur boîte depuis que je les ai achetés). D’ailleurs, puisqu’on en est au chapitre des confidences bloguesques (de bon ton, me permettrais je de signaler au lecteur, en cette fin d’année guimauvesque), je préfère avoir des tas de paquets à ouvrir, et plein de petites merdouilles fantaisie, qu’un seul grand cadeau gigantesque et hors de prix, parce que, tel l’écureuil que je suis (bien que, malheureusement, mes cheveux ne soient toujours pas roux), j’adore par-dessus tout entasser les trucs.
Ce qui fait que ma chambre, malgré une tentative évidente de décorer de façon minimaliste ses quelques mètres carrés, ressemble de plus en plus à une réclame pour pyschotique.

Bref.
J’en étais donc aux cadeaux.
Donc, j’aime offrir (parce que la joie dans les yeux de la personne blablabla) et j’aime qu’on m’offre, jusque là rien de bien nouveau sous la neige.
Ce que je déteste, c’est la RECHERCHE du cadeau parfait pour chacun.
Et oui, ça me saoule toujours d’avance : je sais, plein de personnes vont me dire que c’est la magie de Noël que de chercher, hagard et en sueur, ce qu’on va bien pouvoir empaqueter le lendemain, sous les hurlements des enfants gâtés et les pleurs –refoulés- de leurs parents, et toujours sous cette musique niaise qui passe à cette période de l’année dans tout ce qui ressemble de près ou de loin à une boutique. Oui mais ça c’est parce que, souvent, on a déjà une idée de ce qu’on va prendre ; alors que dans ma famille, ce sont des spécialistes du « surprends-moi ».
Et là, avec le mauvais esprit qui caractérise si bien les traits de mon ô combien délicieux caractère, j’ai toujours l’idée malicieuse et un brin perverse de payer une merde innommable, juste pour ressentir cette satisfaction profonde d’avoir en effet surpris la personne qui ouvrira le cadeau, le jour J.

Démonstration avec le membre de ma famille pour qui il est quasi impossible d’acheter quelque chose qui corresponde à ce qu’elle souhaite vraiment : ma mère.

J’adore ma mère, vraiment. Mais vraiment, n’est ce pas. Je donnerais ma vie pour elle, et tout et tout. Mais, lorsque Noël approche, mon amour décroît progressivement alors que les jours passent, pour s’achever dans un état proche de la haine: c’est bien simple, elle ne veut jamais rien.
Rien.
Rien.
Je teste, je fais des propositions comme ça, l’air de rien, je lui pose la question avec maintes circonvolutions verbales et maintes subtilités, puis, Noël se profilant à l’horizon, je finis toujours par lui demander très clairement avec mes gros sabots pleins de paille ce qu’elle souhaite avoir, bon sang, mais tu vas me dire ce que tu veux, oui ??!!

 

- Un livre ? elle fera semblant de s’y intéresser, mais comme elle a toujours 13000 trucs à faire en même temps, elle finira par l’oublier sur le buffet de la salle à manger où il se couvrira lentement de poussière sous mes yeux (en larmes)-

- Un CD ? Rien ne lui vient à l’esprit, puis de toute façon il y a belle lurette qu’elle possède la collection complète des artistes qu’elle préfère.
- Une crème, du maquillage ? Malheureux, ma mère a horreur de ça (des fois je me demande d’ailleurs si c’est bien ma mère, vu le contenu de mes tiroirs de fifille) ! Elle doit s’acheter 3 pots de crème par an, qu’elle met d’ailleurs à des intervalles complètement irréguliers, genre quand elle y pense, c'est-à-dire pas souvent. Et elle a une peau parfaite.
De même pour les sucreries, qui composent la majeure partie de ses repas (les règles nutritionnelles élémentaires lui sont connues, là n’est pas la question ; seulement, elle ne se les applique jamais, ce qui donne des résultats très cocasses du genre « tu devrais manger plus de fruits » alors qu’elle vient d’achever son deuxième déjeuner, une baguette de pain avec du beurre et de la confiture) : ma mère est le seul être humain que je connaisse à pouvoir s’engouffrer un Brownie Savane taille familiale dans une après midi, et à avoir perdu 1 kilo le lendemain.
Alors que ma tarte au citron, je peux vous assurer que je la sens passer.
Mais ne nous égarons pas.
- Un week end en Thalasso ? C’est cher pour ce que c’est, dixit toujours l’auteur de mes jours, et sans vouloir faire une mauvaise presse aux smartbox, il parait que c’est pas la joie que l’on imagine, que les réservations sont toujours complètes et que les gens sont déçus.

- Un animal de compagnie ? Hum.
Laissons de côté cette possibilité, ses refus réitérés à l’idée de m’offrir enfin un lapin nain, ce dont je rêve depuis que mon cochon d’Inde est mort après 8 années de bons et loyaux services, paix à son âme, me meurtrissent encore l’âme quand j’y repense.

 

Autant vous dire qu’en réalité, je déteste sincèrement faire des cadeaux surprise : d’abord parce que je ne prends jamais ce qu’il faudrait, puis ensuite parce que forcément, par une relation de cause à effet que je ne vous ferais pas l’offense d’expliquer, ça occasionne des déceptions. Et moi, je suis un peu une perfectionniste du cadeau : si je me décarcasse, autant que ça plaise, quoi ; et s’il existe une possibilité pour que cela ne soit pas le cas, je psychote, je névrose, et je finis par vendre la mèche comme une gamine prépubère incapable de tenir sa langue.
Ainsi, je bénis l’inventeur de la wishlist, qui me permet ainsi de choisir à partir de présents prédéterminés celui qui correspondra le mieux, à la fois à ce que j’ai envie d’offrir, et à ce que la personne a envie de recevoir : le croisement de l’offre et de la demande forme le réceptacle de toutes mes angoisses préNoël et me permet de vaquer ensuite à ce que je sais le mieux faire, m’occuper de moi.

 

Article sponsorisé par la ligue d’expression du narcissisme aigu, phase terminale.

17.12.2009

Du référencement et des petits meurtres entre blogueurs

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Quand j’ai commencé à écrire ici, c’était sous des influences mélangées, celles de Petite Marquise, Pensées de Ronde, Lili, Mon Blog de Fille, Princesse Audrey, Olympe ou encore Les Chroniques de Sonia, Camille Papote, et Droit et Babioles. Parce qu’Internet permet une diversité réelle, tant dans le choix des sujets que dans le style employé, dans les pleins, les déliés, les longues phrases vaporeuses et celles qui font mouche, les jeux de mots et l’ironie, parfois, le cynisme qui côtoie le rose, bref, un éventail surprenant de possibilités.
Encore aujourd’hui, je me délecte tout autant des photos de Mamzelle Poupée que des aventures épiques de la blOnde, des réflexions d’Océane et de la petitezou, de la musique de Miss Babooshka : j’aime surfer d’un site à l’autre et avoir l’impression que, loin de pénétrer dans un univers ultra formaté, je découvre ou redécouvre des petites bulles d’intimité.

J’ai aussi commencé à écrire tout simplement parce que, ne nous voilons pas la face, j’adore ça : c’est un peu comme le principe du blog de mode où certaines filles se dévoilent par petites touches sur des photos aux teintes passées, un bout de jambe finement achevée par une chaussure à long talon, un nœud rétro dans les cheveux et du sucre candi sur les doigts ; l’écriture, si elle ne permet pas de mettre un visage physique sur la personne qui se cache et s’amuse, derrière, a tout de même cette vertu de dessiner, si on y prête un peu d’attention, les contours évanescents d’une silhouette mentale.
Bien sûr, le narcissisme n’est pas le même, et ne se découvre pas de la même façon, mais il imprègne la démarche, tant du blog féminin que du blog qui, se voulant résolument différent, finira toujours par en dire et en montrer plus qu’on ne voudrait.

Toutes les personnes qui, de près, de loin, avec acharnement ou détachement, écrivent, postent, ou « vivent » sur le net, n’ont pas forcément la prétention de révolutionner le genre, ni d’écrire, chaque jour ou chaque mois, un article qui fera      débat : la plupart du temps, je pense, et cela n’a d’ailleurs rien de novateur, qu’on prend surtout la plume pour exprimer quelque chose. Raconter ces petites anecdotes, ces quelques chagrins et ces émotions qui, de toute façon, sont amenés à la destruction aussi vite qu’ils sont parvenus au cœur. Mettre des mots sur une pensée, un coup de gueule, quelques piques bien ajustées contre une idée qui révulse ou une image qui offusque ; chacun avec sa conviction, avec son recul et son expérience personnelle.


Je me suis longtemps interrogée sur le sens de ce blog, sur ce que j’avais envie d’y poster, sur ce que j’avais besoin, peut être, d’en tirer: le blog est une transfusion, il nous alimente aussi bien que nous l’alimentons ; cordon virtuel attaché à la matrice du grand Internet, où chaque pensée vole, se perd et, parfois, rencontre un écho, c’est aussi un transfuge, capable de passer du tout au rien, de l’ami à l’ennemi, de l’enfant prodige au fils dénaturé, au gré des passions et des aléas de cette existence factice, et pourtant bien réelle, que nous bâtissons derrière l’écran plat d’un ordinateur.
Parler de films, et de livres ? Raconter les préférences et les déceptions ? Pourquoi pas, après tout ? Grande dévoreuse d’ouvrages devant l’Eternel, je ne vis la littérature comme un bonbon défendu qu’aux premiers instants de l’émoi livresque : dans ces moments-là, je préfère encore conserver le secret sur le goût des pages et des mots, des sonorités et du reste…Jusqu’à la seconde phase, celle du partage, pendant laquelle, l’ouvrage mâché et digéré, en subsistent les sensations et la morale, où l’on peut enfin, avec du recul, en comprendre le sens (ou le non sens), phase pendant laquelle j’aime discuter de l’œuvre, de ses apports, de ses qualités et de ses défauts, comme d’un objet que, si je n’en maîtrise pas encore tout à fait les aspects et aspérités, je reconnais au toucher.

Il en est de même pour les films, l’image visuelle ayant un immense impact sur mon imagination (un brin trop) fertile, il me faut souvent un temps de latence et de quasi autisme avant de pouvoir décemment en parler (comme pour l’Imaginarium et la Route, vus tout récemment, et dont il faudra que je vous reparle, à l’occasion. Oui je sais, je m’égare encore, j’ai l’écriture labyrinthique.)

Parler de moi? Je l’ai fait, je le fais de plus en plus, par plaisir d’une timidité mal jugulée, et qui trouve sur les feuilles de papier ou sur les lettres qui s’alignent, en bons pions d’échiquiers, un échappatoire à sa difficulté de communication sur certains sujets sensibles. Il y a toujours eu chez moi, comme sans doute pour beaucoup de personnes, une propension à préférer le crayon aux lèvres dès lors qu’on aborde l’intime.
L’intime et Internet quand on y pense, c’est tellement paradoxal…

La seule ligne directrice de cet espace, c’est l’ouverture. Ouverture d’esprit, ouverture des commentaires, ouverture des sujets, ouvrir, en somme, le moi, le nous en suspens, des autres et de tout. Instrument d’une gigantesque conversation aux interlocuteurs multiples, Internet transcende la langue et les frontières, en une sorte de « monde parallèle », où chacun s’exprime, où la lecture est un vecteur, et où les idées fusent un peu partout ; c’est un univers polymorphe qui me fait, de plus en plus, songer au livre de Jean Michel Truong, « Le successeur de Pierre » (que je vous conseille très vivement au passage).

Je confesse ma grande naïveté : les blogs sont, pour moi, des lieux d’échange et de communication, comme dans les discours des Miss France prônant le respect de l’autre, l’élégance, et le dialogue. Et oui, sous ma carapace cynique, se cache bien malgré moi une foi quasi inébranlable en la nature humaine ce qui, vous en conviendrez sans mal, est totalement en désaccord avec certains de mes anciens articles et sur le ton que je peux, parfois, y employer. Mais nous ne sommes pas à une contradiction près…
C’est la raison pour laquelle les mutations subies par l’outil Internet me sidèrent de plus en plus, mues perpétuelles que je regarde avec autant de sympathie que, parfois, de consternation. Ce qui ne devait être qu’un instrument dans nos mains, quelque chose que nous modelions au gré de nos envies, cette terre glaise qui s’imprègne de chaque empreinte de mains ou de pensées, devient peu à peu un esclavagiste dans la plus pure tradition du genre.

Des exemples ?

Oh, j’en ai à la pelle, pour dire vulgairement, ils ne manquent certes pas sur la toile, pour qui s’attache à en relever les incohérences.
Déjà, retenons la place de plus en plus importante de la publicité, cachée ou non, qui fleurit allègrement et en toute impunité sur la blogosphère : loin de moi l’idée de flageller les personnes qui en usent, d’abord parce que chacun fait ce qu’il veut (quand même), ensuite parce qu’on peut le faire intelligemment, se servir d’un système pour son propre compte, n’est ce pas une preuve évidente de maîtrise du sujet « publicité » dans ses moindres détails ? Ensuite, que les annonceurs et autres marques, futés, aient rapidement compris l’intérêt des articles sponsorisés, on ne peut résolument pas leur en vouloir : leur métier leur imposant de se recréer à l’envie et de profiter de chaque opportunité pour leur campagne personnelle, Internet devient un vivier de jeunes talents qui n’attendent que leur feu vert, et chacun y trouve son compte.

Là où la situation devient plus périlleuse, c’est quand, sous l’avalanche de cadeaux, d’invitations VIP et autres passes droits, le blogueur oublie que tout ça n’est qu’un marketing vaguement arrangé à la sauce Internet et commence à se la jouer.

 

Esclave de l’impression nauséeuse (et nauséabonde) qu’il est indispensable, il oublie les discours gentillets du départ pour se transformer sous nos yeux en créature hybride, courrant après ses statistiques et creusant sa place dans une nouvelle société constituée en castes sauvages et un brin ridicules (ceux qui en sont, ceux qui n’en sont pas), société réconfortée dans ses acquis par la mise en place chaque année de classements (Wikio et consorts), comme dans un concours où le plus beau remporte la coupe d’or et les autres (les manants, donc) ne méritent pas même l’aumône d’un intérêt limité.
C’est terriblement pathétique, énoncé comme ça, mais je ne fais que résumer ce que chacun peut constater de soi-même : le premier degré, le manque de recul, ont fait de l’univers bloguesque une Staracademy, où on ne compte plus les votes truqués, les copinages sous le manteau, les autocongratulations, et les récompenses mal fichues.
Et on perd pied dans cette jungle bigarrée où chacun joue de sa voix, de ses talents divers et variés, de ses tenues, de ses achats et de ses critiques cinés, pour exister et pouvoir le cracher à la face du monde, grâce à un fort subtil référencement des blogs qui partage ainsi l’univers en ce qui est In, et ce qui ne l'est pas.

Ah, on a beau se gausser tous en chœur devant les émissions de télé-réalité en se disant que, non, non, jamais on ne sera aussi cons que les candidats qui s’y présentent, il n’y a pas à aller bien loin pour en trouver la preuve contraire : il suffit d’allumer son pc.

Non mais, sincèrement, qu’est ce que ça peut faire si Unetelle est élue blog beauté de l’année, blog littérature de la décennie ? A-t-on à ce point besoin de prouver quelque chose, à nous, aux autres, à tous ? Quel titre de gloire à mettre sur un CV, quel sentiment de supériorité mal placée à ressentir ? Internet n’est que ce qu’on choisit d’en faire, et, sciemment, nous avons choisi d’en faire une course poursuite effrénée à la gloire (éphémère).

Pourquoi j’ouvre ma grande bouche pour en parler aujourd’hui, puisqu’à y réfléchir, cette métamorphose ne s’est pas faite en un seul jour ?

J’aurais envie de dire, parce que, reflet d’un ras-le-bol tout à fait personnel ; mais nous tomberons tous d’accord sur le fait que ce n’est pas franchement une explication. En réalité, c’est à cause de la lecture du blog d’Océane (que je salue au passage), où se niche le triste exemple de blogueuses avides ayant définitivement perdu tout sens de la mesure, et auquel je vous renvoie gracieusement, pour exemple.
http://danslessouliersdoceane.hautetfort.com/archive/2009/12/09/e1ead42dcbe2561d0f7166ff6b12482b.html

 

C’est également à cause d’une autre constatation, qui m’effraie je dois le dire tout autant : Internet n’est pas seulement le pâle substitut d’une vie sans étoiles, sans stars et sans récompenses bidons et que sais-je encore, oh que non.

Au nom de la liberté d’expression (si chèrement acquise, et non moins chère à mon cœur), il se constitue joyeusement en réceptacle à toutes les petites guerres intestines entre blogueurs, à tel point qu’il devient difficile, même quand on s’est bien juré de ne pas y prendre part, de rester indifférent.
A tel point qu’il devient parfois ardu, pour le lecteur lambda, de retrouver son chemin à travers les piques, les allusions (intelligentes ou non d’ailleurs), les batailles perpétuelles (via mots ou termes soigneusement taillés pour faire le plus de dégât possible) qui jalonnent Internet.
Aussi je profite de ce post pour revendiquer, au nom cette fois-ci de la caste dont je fais apparemment partie (les Apatrides, ceux qui vivotent d’un site à l’autre et trouvent leur compte de jolies histoires ou d’amusants récits un peu partout) le droit d’arriver sur un blog quelconque et de ne pas être brutalement prise à partie dans des guerres qui ne m’intéressent en aucune façon ; je revendique le droit de lire ce que je veux, et d’aimer qui je veux, sans pour autant être taxée de façon méprisante de princesse qui se goinfre de macarons et boit de l’eau de rose à tous les repas (comme la majorité des filles, j’aime les sucreries, dommage pour mes hanches. Mais merci, j’écoute également du métal, et je suis incollable sur les jeux d’aventure pc, oh, mais quel suprême paradoxe * ironie inside*).
A ce petit jeu, certains sont d’ailleurs plus patients que d’autres, et il y a longtemps que, si les piques se sont arrêtées d’un côté, elles se poursuivent de l’autre : en tant que lectrice de tout un tas de sites, ça commence en effet à me prendre gravement le chou.
Nul besoin de citer des sources là-dessus, ce post ne voulant pas "dénoncer", mais "énoncer".
Les intéressés se reconnaîtront facilement.

Nous, lecteurs lambdas, nous foutons royalement de savoir qui a commencé, pourquoi, dans quelles circonstances, et de savoir pareillement ce qu’un tel a dit d’un tel à la réunion d’un tel, puisque nous considérons que, passée la fatidique barre des 10 ans, ce genre d’attitudes n’a plus lieu d’être ; nous voulons voir en Internet un monde d’adultes, qui s’adresse à des adultes.
De même, puisque j’y suis, autant y aller franchement, j’aimerais pouvoir lire Olympe sans qu’on me colle sur le dos l’étiquette d’une vieille féministe aigrie qui lit Simone de Beauvoir dans son bled paumé tout en buvant du thé à la bergamote et en caressant ses 5 chats. Je trouve de l’intérêt dans ce que je veux, dans ce que je vois, et dans ce que j’entends, et je n’ai pas besoin qu’un sacro saint censeur vienne relever les défaillances de blogs qui, s’ils ne sont pas toujours au goût de tous, ont au moins le mérite d’exister, et de me faire, réfléchir, cogiter, analyser, sourire, rire, et rêver.

Voilà, je crois que j’en ai fini pour ce matin, ça faisait bien quelques mois que je n’avais pas pondu un article aussi long, mais bon ça me trottait dans la tête depuis un bon moment.
( Comment ça, c’est une fin pourrie ?
Et non.
C’est une fin ouverte)

  

 

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