06.06.2009

Confessions: la Vie des Autres

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On dit qu’il y a un temps pour tout.

Qu’à chaque époque suffit sa peine, ses efforts ou son renouveau (pas si nouveau, d’ailleurs) ; à l’adolescence gloussante, cette vague sirupeuse et glissante où les pieds trop grands s’emmêlent dans les jambes trop petites, où les rires bruyants masquent mal les tiraillements internes, succède l’âge adulte, celui qu’on nous présente depuis que nous sommes rentrés dans la bienheureuse période de la compréhension la plus rationnelle qui soit, comme le mantra intérieur, le but à atteindre, une zone de plénitudes et d’accalmies rassemblées sous l’égide d’un foulard blanc « un jour, tu comprendras –et tu sauras- tout ».
Le drapeau blanc s’agite devant nos yeux cillés par notre propre tension et nos propres doutes, et, dans ce flou artistique si bien nommé, il semble incroyablement vivant, parcouru de mouvements denses, comme si, finalement, il devenait, de simple bout de tissu un peu effiloché, une toile pour nos rythmes futurs. Attendant nos couleurs, notre pinceau, l’empreinte de nos mains.
J’y suis arrivée, à cette période de raison durant laquelle on m’avait promis ce changement, que dis je, ce bouleversement de mes sens, de mon esprit, cette ouverture des chakras vers l’apothéose d’une rentrée triomphale dans un rang humain, où des bras m’accueilleraient chaleureusement.
Le rêve de l’enfant prodige dans toute sa splendeur pompeuse.
Et je n’y entends pourtant toujours rien.

La vie des autres.

Je crois que je pourrais écrire un mémoire dessus, tellement je n’y comprends goutte.
Je n’en critique aucun des aspects, notez bien que le mal est ancré beaucoup plus solidement en moi : j’ai bien écrit que je n’y saisissais rien ; mes mots ont peut être peu d’importance, mais LES mots en ont.
 J’ai, au choix, l’âme d’une perversité sans nom, le cœur d’une pierre tombale, ou l’esprit d’une huitre, imperméable à tout.
Je ne me sens pas plus intelligente, pas plus forte, pas plus grande : le poids des années n’aura rien changé, si ce n’est la couleur de mes tempes, qui blanchissent à l’heure actuelle à une vitesse proprement foudroyante. Ce sont toujours les mêmes hésitations, les mêmes reptations solitaires dans un environnement dont je ne perçois, en définitive, qu’une sorte de magma grumeleux, de temps à autre traversé d’éclaircies savoureuses, parce qu’éphémères, et peu nombreuses.
Je ne me sens pas plus adulte que quand j’affichais des cheveux roux, de longues robes noires et un savant mélange de sottise post pubère et de sagesse étouffante.
Je n’éprouve rien de ce mouvement spasmodique qui touche, petit à petit, les gens de ma connaissance, cette grande fuite en avant cadencée par les rouages ancestraux d’une horloge personnelle.
L’amour ne m’intéresse pas en tant que tel ; je suis trop sensible, ou pas assez, pour y croire vraiment. Et malheureusement, je pense que pour trouver la clé de cette pièce secrète où les regards disent tout et les lèvres rien, il faut beaucoup, beaucoup y croire.
C’est, la plupart du temps, un charmant jeu de dupes où chacun, de son côté, accepte la tromperie initiale, et tout ce qui en découlera, pour le plaisir d’être à deux, plaisir dont je ne nie pas l’importance, mais qui ne m’attire pas.
Partant de ce principe, la vie en couple ne me fait pas rêver.
L’achat d’un appartement en commun, le début d’une construction familiale, les recherches de prénoms pour les enfants, la course professionnelle, la fuite en ré bémol sur laquelle on dérape toujours un peu, me semblent des considérations affreusement éloignées des miennes.
Parfois, j’éprouve cette sensation, à mi chemin entre le masochisme et la rêverie indolente, d’être une spectatrice au cœur d’un théâtre dont les rideaux ne cessent de s’agiter, les comédiens de déclamer, et les soirs, et les jours, et les minutes, de passer.

Peu à peu, dans ma famille, les gens s’accomplissent.
Ils ne s’accomplissent pas parce qu’ils sont ce qu’ils devraient être, mais parce qu’ils deviennent ce qu’ils voulaient, dès le départ : ils ont des enfants, ils ont un métier, ils ont ce qu’on nomme grossièrement une « vie » par extension, comme si la vie n’était pas par essence multiple, variée, et totalement hétérogène.
Comment font-ils, tous les gens, tout le monde, pour savoir ce qu’ils veulent, ces quelques buts qui, par leur simplicité ou la diminution de leur nombre, se trouvent atteints avec une déconcertante facilité ?
Est-ce qu’il y a une étape que j’ai manquée, quelque chose d’indéfinissable, mais d’une importance capitale, que j’ai omis de faire ?
Je demeure moi.
Il y a d’un côté le « nous », sur l’autre rive le « je », et malgré la similitude de ces premières personnes, l’une est au singulier, l’autre au pluriel.
Cette minuscule différence se creuse de part et d’autres en tranchées savamment agencées, et personne n’y peut rien.
Je ne m’en plains pas, parce qu’on ne peut pas pleurer sur quelque chose qui n’a jamais existé, pas plus qu’on ne peut vivre dans l’illusion sans en ressentir, d’une façon ou d’une autre, le double tranchant, et la morsure sordide.

Peu à peu, autour de ce moi nombriliste dont je suis, alors que j’écris cet article, bien consciente de parsemer ma prose comme si je le revendiquais toutes les trente secondes, des immeubles se bâtissent.
Mon petit jardin fait, dans leur ombre, bien triste et pâle figure.

La vérité, c’est que j’ai envie de faire plein de choses, mais que je contiens tout.
Sous les fleurs à moitié fanées à force d’attendre, désespérément, un peu de lumière ou la caresse clémente d’un rayon de soleil fragile, ça bouillonne, cela ne cesse de bouillonner, et il y a tellement, tellement, de ronces entremêlées, de choses que je voudrais faire, de rêves que je nourris scrupuleusement au détriment de tout, et même, parfois, au détriment de moi…
La vérité, c’est que je suis loin, très loin, d’être cette adulte que je pensais un jour voir, dans mon miroir, remplacer le brouillon d’enfant que j’ai été.
Alors, non, je ne suis pas très équilibrée : parce que je ne cesse pas, une seule seconde, de muer ; je butine à chaque songe  et en prends forcément la teinte de base, tout comme, lorsque j’étais plus jeune, j’alternais les couleurs de cheveux et le maquillage.

Et parfois, je me réveille en pleurant, parce que, dans ce sommeil trompeur où l’esprit s’exprime au travers des tiges pourries de quelques plantes retardataires, j’ai rêvé que je passais toute ma vie à faire semblant.

 

02.06.2009

Le grand n'importe quoi

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Vous connaissez ces moments dans la vie où, paradoxalement, alors que tout s’accélère, on a de moins en moins envie, de plus en plus envie, de plein de choses et de rien à la fois ? Ces moments où, lorsque le réveil sonne, on en a la nausée, comme si la sonnerie induisait aussitôt dans notre subconscient embrumé par quelques heures d’une inertie béate, un réflexe pavlovien, du genre »fin du rêve-bonjour l’angoisse » ?
C’est dans ces moments qu’on ne sait jamais trop quel temps il va faire, et qu’en désespoir de cause et en dépit des choix possibles, on mixe sa tenue de tout un tas de frusques mi été, mi printemps, qui ne ressemblent à rien une fois déposées les unes sur les autres.
Un de ces moments où il y a tellement à faire, tellement à rédiger, réviser, comprendre, intégrer, qu’on a juste un besoin pressant de se coucher sur un fauteuil, maintenant, tout de suite. La flemme.
Un de ces moments où on oscille entre le visionnage frénétique des Tudors et les gloussements hystériques devant « How I met your Mother », où on a envie de se dire que, quand même, ça le ferait si on jouait dans la première série, en costume de princesse si possible (même avec l’option coiffe de dentelle), et que, bon sang, quand Barney va-t-il se décider à avouer à Robin qu’il est fou d’elle, non mais ?
Même si, ce faisant, il casserait d’emblée la moitié de notre intérêt pour l’émission.

 

C’est dans ces moments qu’on est prêt à pleurer d’épuisement, à demander grâce et à se faire un road movie perso en plein milieu de la Sibérie.
Où on est écœuré de voir le temps passer à une telle vitesse, et de s’y sentir piégé, englué, un manège infernal où les chevaux de bois ressemblent à des ultimatums (ou tu restes accroché avec tes ongles, ou tu te fais piétiner), la musique à un remix de Lady Gaga,  où la vie est une succession d’émotions noyées dans un surplus de tout.
Qu’il fait à la fois chaud, et trop froid.

Et bien, ces moments-là, c’est un peu le résumé fort succinct de mon existence de ces derniers mois.

28.04.2009

FIN

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                                                                           Image by Sepia-club (Deviantart)

Je sens qu'il est temps que je m'en aille.
Pourtant, je ne me lasse pas d'écrire, et de vous écrire.
Je ne regrette rien, j'ai aimé chacune des journées, chacune des heures passées ici.
J'ai aimé parler de moi, de vous, de ciné, de bouquins, de froufrous, de tout.
Je sais, c'est paradoxal, et je sais aussi que ça n'a pas de sens.
C'est juste comme la vie, parfois il n'y a pas de raison particulière, ni d'explication.

Comme le au-revoir n'est pas mon fort,tout comme l'attendrissement des départs, je vous dirais juste que j'ai été ravie de vous rencontrer, que ma boîte mail vous reste ouverte, et que mon téléphone sera toujours aussi "bavard".
Il n'y a plus les mots, mais je me plais à penser qu'il reste les liens, et les rencontres.

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